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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2208872

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2208872

mercredi 3 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2208872
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2212198 du 14 juin 2022, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, sur le fondement des articles R. 312-8 et R. 351-3 du code de justice administrative, le dossier de la requête de M. B A, enregistrée le 3 juin 2022.

Par cette requête, enregistrée sous le n° 2208872, et des mémoires, enregistrés le 23 juin et le 14 juillet 2022, M. A, représenté par Me Funck, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juin 2022 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er juin 2022 par lequel la même autorité a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale ", ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elles ont été prises en violation des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions, en l'absence de risque de fuite et de menace à l'ordre public ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait concernant sa vie privée et familiale ;

- elles ont été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, eu égard à ses attaches personnelles et à ses perspectives professionnelles sur le territoire français ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;

- elle est inappropriée au regard du contexte de reprise de la pandémie du virus Covid-19, dès lors que le renvoi vers son pays d'origine lui ferait courir le risque de contracter ce virus et favoriserait sa propagation ; en outre, il lui serait matériellement difficile de quitter le territoire ;

- il n'a plus d'attache familiale dans son pays d'origine.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est disproportionnée et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, au regard des critères posés par le III de l'article L. 511 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de sa situation personnelle, familiale et professionnelle.

S'agissant de la décision portant signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- elle est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2022, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Dutertre, magistrate désignée, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision portant signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, qui n'est qu'une information ne faisant pas grief.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 23 juillet 1991, demande l'annulation de l'arrêté du 1er juin 2022 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit, ainsi que l'annulation de l'arrêté du même jour par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions à fin d'annulation du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

2. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ".

3. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français ou prolonge l'interdiction de retour dont cet étranger fait l'objet, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet en tant que telle d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision de signalement aux fins de non admission de l'intéressé dans le système d'information Schengen sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". Selon l'article L. 613-2 de ce code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". L'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Enfin, aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. D'une part, l'arrêté du 1er juin 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixation du pays de renvoi vise les textes dont il fait application, notamment le 1° de l'article L. 611-1 et les articles L. 612-2, L. 612-3, et L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, cet arrêté mentionne l'entrée irrégulière de M. A sur le territoire français, précise la situation personnelle et familiale de l'intéressé, célibataire sans charge de famille et expose, notamment, les motifs pour lesquels la mesure d'éloignement édictée à son encontre ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Ainsi, alors même qu'elle n'exposerait pas l'ensemble des éléments de fait relatifs à la situation personnelle du requérant, la décision portant obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée. Par ailleurs, l'arrêté attaqué, qui refuse d'accorder un délai de départ volontaire, indique les raisons pour lesquelles il existe un risque que M. A se soustraie à son éloignement et les faits pour lesquels son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Enfin, il précise que l'intéressé, de nationalité marocaine, n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, cet arrêté, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, expose de manière suffisante les considérations de droit et de fait sur lesquels reposent les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et fixation du pays de destination.

6. D'autre part, l'arrêté du 1er juin 2022 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois, pris au visa, notamment, de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, indique que M. A, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, précise que l'intéressé, célibataire sans enfant, entré en France en 2017 selon ses déclarations, a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il s'est soustrait, et mentionne les faits pour lesquels son comportement représente une menace pour l'ordre public. Dès lors, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui la fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions contestées doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes des arrêtés attaqués, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de police de Paris n'aurait pas, avant de prendre les décisions contestées, procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de M. A au regard des éléments portés à sa connaissance.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

9. M. A se prévaut de ses attaches personnelles et familiales en France, où il déclare résider depuis 2017, ainsi que de ses perspectives d'insertion professionnelle. Toutefois, il est célibataire sans enfant à charge. En outre, il ne justifie pas d'une insertion professionnelle effective, ni même au demeurant d'une perspective d'activité professionnelle, par la seule production de deux bulletins de salaire pour les mois de novembre et décembre 2018. Il ne justifie pas davantage de sa résidence habituelle en France depuis 2017, en l'absence de production de toute pièce de nature à établir sa résidence sur le territoire avant novembre 2018 et de justificatifs suffisants pour attester de la continuité de son séjour depuis cette dernière date. Enfin, M. A n'établit pas être dépourvu de toutes attaches au Maroc, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans au moins. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet, en édictant les arrêtés contestés, aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels ils ont été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, si M. A se prévaut de ce que le préfet de police a commis une erreur de fait concernant sa situation personnelle et familiale, il ne conteste pas que, comme indiqué dans les décisions contestées, il est célibataire sans enfant à charge. En outre, s'il fait valoir que le préfet n'a pas fait mention de ses perspectives d'insertion professionnelle, au regard de la promesse d'embauche dont il dispose, ni de la durée de son séjour, il ne justifie ni d'une quelconque perspective d'embauche ni de l'ancienneté de son séjour, comme exposé précédemment. Il n'établit pas davantage l'absence alléguée de toutes attaches dans son pays d'origine. Par suite, le moyen soulevé doit être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; 8 ° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

12. M. A soutient qu'il ne présente aucun risque de fuite et que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public, dès lors qu'il n'a fait l'objet que d'un signalement pour des faits délictueux, non établis. Toutefois, alors qu'il ne conteste pas être entré irrégulièrement sur le territoire français, il n'apporte aucune pièce de nature à attester du dépôt allégué d'une demande de titre de séjour pour motifs professionnels en 2020. En outre, s'il prétend que la précédente mesure d'éloignement édictée à son encontre ne lui a pas été notifiée, il ressort de l'arrêté du 30 juin 2021 du préfet de Hauts-de-Seine portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an, produit en défense par le préfet de police, que cette précédente mesure d'éloignement lui a été notifiée le jour même de son édiction, ainsi qu'en atteste sa signature apposée sur ledit document. Dans ces conditions, le préfet de police a pu, à bon droit, refuser d'octroyer à M. A un délai de départ volontaire au seul motif de l'existence d'un risque que l'intéressé se soustraie à son obligation de quitter le territoire français, établi par les éléments susmentionnés nonobstant les circonstances, à la supposer même établies, qu'il justifierait de garanties de représentation suffisantes et n'aurait jamais fait part de son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait méconnu les dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni davantage qu'il aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard de ces dispositions.

13. En dernier lieu, eu égard aux conditions de séjour et à la situation personnelle et familiale de M. A exposées précédemment, le moyen tiré de l'erreur manifeste commise par le préfet dans l'appréciation des conséquences de ses décisions sur la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi doit être écartée.

15. En deuxième lieu, M. A ne peut utilement contester la décision fixant le pays de renvoi aux motifs qu'il lui serait difficile de quitter le territoire et que son renvoi vers un autre état lui ferait courir le risque de contracter le virus de la Covid-19 et favoriser la propagation dudit virus.

16. En dernier lieu, si le requérant soutient qu'il n'a plus d'attache dans son pays d'origine, il ne produit aucun élément de nature à établir la réalité de cette allégation alors qu'il y a vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans au moins, ainsi qu'il a été dit précédemment. Le moyen soulevé doit dès lors, et en tout état de cause, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

17. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ".

18. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire pour demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français. Pour les mêmes motifs, et en l'absence de toute circonstance humanitaire invoquée, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

19. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

20. A supposer même que les faits pour lesquels M. A a été signalé ne caractérisent pas une menace pour l'ordre public, c'est sans méconnaitre les dispositions précitées ni commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de police de Paris, qui a pris en compte l'ensemble des critères posés par l'article L. 612-10 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a pu prononcer à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, eu égard à sa situation personnelle et familiale exposée au point 9 et à la circonstance qu'il a fait l'objet le 30 juin 2021 d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il ne s'est pas conformé.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2022.

La magistrate désignée,

Signé

S. C

La greffière,

Signé

C. PHU La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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