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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2208873

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2208873

jeudi 28 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2208873
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCOLNARD-WUJCZAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 et 27 juin 2022, M. K F demande au Tribunal d'annuler l'arrêté, en date du 3 juin 2022, par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

M. F soutient que l'arrêté attaqué :

- a été signé par une autorité incompétente ;

- n'est pas suffisamment motivé ;

- est entaché d'un défaut d'examen attentif et personnalisé de sa situation ;

- est intervenu en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- est entaché d'une erreur de droit ;

- méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2022 à 7 heures 26, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Le préfet du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par M. F ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Kelfani, vice-président, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 juillet 2022 à 9 heures, tenue en présence de Mme Soulier, greffière :

- le rapport de M. Kelfani, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Colnard-Wujczak, avocate désignée d'office, pour M. F, de M. F, assisté de M. D, interprète en langue soninké, qui produit le titre de séjour de son hébergeur, M. G F, ainsi que des attestations sur l'honneur ainsi qu'une attestation d'adhésion au rassemblement malien pour la fraternité et le progrès.

Considérant ce qui suit :

1. La demande de M. F, qui est de nationalité malienne, tendant à se voir reconnaître la qualité de réfugié a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 15 décembre 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 1er avril 2022. Par l'arrêté contesté, en date du 3 juin 2022, le préfet du Val-d'Oise a obligé M. F, sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Le même arrêté prévoit que M. F pourra, s'il ne quitte pas volontairement le territoire français avant l'expiration de ce délai, être reconduit d'office à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays non membre de l'Union européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'acquis de Schengen où il est légalement admissible.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. L'arrêté contesté est revêtu de la signature de Mme I E, chef du bureau de l'intégration et des naturalisations à la direction des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui avait reçu du préfet de ce département une délégation, par l'arrêté n° 22-121 du 13 mai 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le Val-d'Oise, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. B A, directeur des migrations et de l'intégration, et de Mme H J, adjointe à ce directeur, " toute obligation de quitter le territoire français () avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire, toute décision fixant le pays de destination ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A et Mme J n'étaient pas absents ou empêchés lorsque l'arrêté contesté a été signé. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. L'arrêté contesté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, dès lors, suffisamment motivé.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas, avant de faire obligation à M. F de quitter le territoire français, procédé à un examen attentif et personnalisé de sa situation.

5. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / le droit de toute personne d'être entendu avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la même charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union () ". Si l'article 41 de la charte s'adresse non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, aux organes et aux organismes de l'Union, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union.

6. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles est assuré le respect de ce droit, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

7. Ayant demandé son admission au séjour au titre de l'asile, M. F ne pouvait ignorer qu'en cas de refus, il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il a ainsi été mise en mesure de produire tous les éléments utiles au soutien de sa demande. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait demandé en vain un entretien avec les services préfectoraux, ou qu'il aurait été empêché de présenter spontanément des observations avant que ne soit prise la décision d'éloignement, voire qu'il disposait d'éléments pertinents tenant à sa situation personnelle susceptibles d'influer sur le sens de la décision. Dès lors le requérant n'est pas fondé à soutenir que son droit d'être entendu aurait été méconnu.

8. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui dispose que : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

9. M. F verse au dossier une attestation éditée le 28 septembre 2018 et validée par un médecin du département de virologie de l'hôpital Saint-Antoine, qui indique qu'il a été déclaré positif au virus de l'hépatite B, ainsi qu'un document en date du 10 octobre 2018 faisant référence à la même pathologie. Toutefois, ces documents, s'ils font état d'un suivi et d'une prise en charge médicale, ne démontrent ni que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni que l'intéressé ne pourrait pas bénéficier au Mali du suivi et de la prise en charge que nécessite son état de santé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. Il est constant que M. F, né, au Mali, le 20 octobre 1994, et qui est entré sur le territoire français le 14 juillet 2018, dispose d'attaches familiales au Mali où résident notamment ses enfants mineurs. Dans ces conditions, et alors même qu'il est hébergé par un oncle et compatriote, titulaire d'une carte de résident, M. F n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée aurait porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont les stipulations sont rappelées ci-dessus, doit être écarté.

12. Aux termes du paragraphe 1. de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

13. En se bornant à se prévaloir des stipulations précitées, le requérant n'établit pas que celles-ci auraient été méconnues par l'arrêté attaqué, dès lors que les deux enfants de

M. F, ainsi qu'il l'a d'ailleurs lui-même rappelé au cours de l'audience publique, résident au Mali.

14. Le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de droit, n'est pas assorti des précisions qui permettraient d'en apprécier le bien-fondé et ne peut, par suite, qu'être écarté.

15. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise aurait en prenant l'arrêté contesté entaché son appréciation des conséquences de cet arrêté sur la situation personnelle de M. F d'une erreur manifeste.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. F doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. K F et au préfet du

Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

signé

K. Kelfani

La greffière,

signé

M. CLa République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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