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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2208874

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2208874

mardi 2 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2208874
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBEN REHOUMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juin 2022, M. D B, représenté par Me Ben Rehouma, avocate désignée d'office, doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 juin 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Il soutient que :

- il a déposé un dossier en préfecture ;

- il a été contraint de quitter son pays d'origine en raison de ses conditions de vie difficiles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et transmet au tribunal les pièces utiles du dossier en sa possession.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dutertre, magistrate désignée ;

- les observations de Me Ben Rehouma, avocate désignée d'office pour représenter M. B, qui maintient les conclusions à fin d'annulation de la requête et demande en outre au tribunal d'enjoindre au préfet compétent de réexaminer la situation de M. B et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Elle précise les moyens de la requête et soutient en outre que :

* l'arrêté en litige est entaché d'incompétence ;

* il est insuffisamment motivé ;

* il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, faute de respect du principe du contradictoire ;

* il entaché d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de M. B au regard, notamment, de sa demande de titre de séjour en cours d'instruction ;

* il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, eu égard aux attaches familiales de l'intéressé en France ;

* il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, au vu des conditions de vie difficiles en Algérie ;

* la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est infondée, en l'absence de risque de fuite ;

* la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, outre qu'elle est insuffisant motivée, n'est pas justifiée au regard de la situation personnelle de M. B ;

- et les observations de M. B lui-même, assisté de Mme A, interprète en langue arabe, qui précise qu'il a une relation sentimentale avec une jeune femme de nationalité française, que plusieurs de ses oncles, tantes et cousins résident sur le territoire national et que ses frères vivent en Algérie.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 16 septembre 1997, demande l'annulation de l'arrêté du 19 juin 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Pascal Gauci, secrétaire général de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet consentie par l'arrêté PCI n° 2022-063 du 10 juin 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". Selon l'article L. 613-2 de ce code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". L'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Enfin, aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment le 1° de l'article L. 611-1 et les articles L. 612-2, L. 612-3, L. 612-6 ; L. 612-10 et L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, cet arrêté mentionne l'entrée irrégulière de M. B sur le territoire français, précise la situation personnelle et familiale de l'intéressé, célibataire sans charge de famille et expose, notamment, les motifs pour lesquels la mesure d'éloignement édictée à son encontre ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Ainsi, alors même qu'elle n'exposerait pas l'ensemble des éléments de fait relatifs à la situation personnelle du requérant, la décision portant obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée. Par ailleurs, l'arrêté attaqué, qui refuse d'accorder un délai de départ volontaire, indique les raisons pour lesquelles il existe un risque que M. B se soustraie à son éloignement, énonce qu'aucune circonstance humanitaire ne s'oppose au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français, dont la durée d'un an est motivée au regard de la durée de séjour et de la situation familiale de l'intéressé, et précise, enfin, qu'il ne contrevient pas à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cet arrêté comporte ainsi également les considérations de fait sur lesquels reposent les décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions contestées manque en fait et doit être écarté.

5. En troisième lieu, le droit d'être entendu, en tant qu'il fait partie intégrante des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union européenne, implique que, préalablement à l'adoption d'une mesure d'éloignement, l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur la décision le plaçant en rétention dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

6. M. B invoque la violation de son droit d'être entendu au motif qu'il n'a pas pu présenter d'observations sur son droit au séjour avant l'édiction de l'arrêté litigieux. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, en particulier du procès-verbal d'audition du 19 juin 2022, que le requérant a pu présenter de manière effective ses observations aux services de police, dans le cadre de sa retenue aux fins de vérification de sa situation administrative. L'intéressé a ainsi fourni des éléments précis et détaillés sur les circonstances de son entrée en France, sur sa situation de famille, et sur ses conditions d'existence sur le territoire national. A cet égard, il n'est ni établi, ni même allégué, que M. B aurait disposé d'autres informations tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prises les décisions contestées et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de la mesure d'éloignement et des autres décisions prises à son encontre. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine aurait, en prenant l'arrêté attaqué, méconnu son droit d'être entendu.

7. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier, que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas, avant de prendre les décisions contestées, procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de M. B au regard des éléments portés à sa connaissance. A cet égard, si l'intéressé se prévaut de ce que le préfet n'aurait pas tenu compte de la demande d'admission exceptionnelle au séjour qu'il a déposée, il ressort des pièces du dossier, en particulier du courrier du 9 septembre 2021 du préfet de Meurthe-et-Moselle, réceptionné par le requérant le 14 septembre suivant, et de l'extrait du fichier FNE produits en défense, qu'aucune demande de titre de séjour n'a été enregistrée au profit de M. B, faute pour celui-ci d'avoir produit les pièces nécessaires. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation du requérant doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

9. Si M. B se prévaut de ses attaches personnelles et familiales en France, il est célibataire, sans enfant à charge, et ne justifie pas de sa relation sentimentale alléguée avec une jeune femme de nationalité française. En outre, l'intéressé, entré en France en 2020 selon ses déclarations, a indiqué lors de son audition par les services de police ne pas connaître les membres de sa famille qui résident en France. Enfin, M. B n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans au moins et où réside, notamment, sa fratrie. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet, en édictant l'arrêté contesté, aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En dernier lieu, si M. B fait état des conditions de vie difficile en Algérie, une telle circonstance, à la supposer même établie, n'est pas de nature à caractériser une erreur manifeste d'appréciation que le préfet aurait commise en prenant l'arrêté en litige.

Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () ".

12. Si M. B se prévaut de ce qu'il ne présente pas un risque de fuite, il ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français ni davantage avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour, ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement. En outre, il a déclaré lors de son audition par les services de police le 19 juin 2022 qu'il n'exécuterait pas une éventuelle obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine a pu légalement refuser de lui accorder un délai de départ volontaire sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

14. Eu égard à la situation personnelle et familiale de M. B exposée au point 9, c'est sans méconnaitre les dispositions précitées ni commettre d'erreur d'appréciation que le préfet des Hauts-de-Seine, qui a pris en compte l'ensemble des critères posés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a pu prononcer à l'encontre du requérant, obligé de quitter le territoire français sans délai, une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Ben Rehouma, conseil de M. B, et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 2022.

La magistrate désignée,

Signé

S. C

La greffière,

Signé

C. PHU La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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