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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2209009

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2209009

jeudi 28 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2209009
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDIAWARA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 juin 2022 au greffe du Tribunal administratif de Versailles, M. B A, représenté par Me Diawara, avocat, demande à ce Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté, en date du 1er juin 2022, par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, ou au préfet territorialement compétent, de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, durant cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- porte atteinte au droit d'être entendu ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

la décision portant fixation du pays de renvoi :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par une ordonnance en date du 10 juin 2022, la présidente du Tribunal administratif de Versailles a transmis au Tribunal administratif de Cergy-Pontoise le dossier de la requête de M. A.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Le préfet de l'Essonne fait valoir que les moyens invoqués par M. A et tirés de l'incompétence de la signataire de la décision contestée, de son insuffisante motivation et de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Kelfani, vice-président, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Aucune partie n'était présente ou représentée à l'audience publique du

22 juillet 2022 à 9 heures, tenue en présence de Mme Soulier, greffière.

Considérant ce qui suit :

1. La demande de M. A, qui est de nationalité nigériane, tendant à se voir reconnaître la qualité de réfugié a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 8 juillet 2020, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 4 décembre 2020, notifiée le 14 décembre 2020. Par l'arrêté contesté, en date du 1er juin 2022, le préfet de l'Essonne a obligé M. A, sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à quitter le territoire français sans délai. Le même arrêté prévoit que M. A pourra être reconduit d'office à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays où il est légalement admissible.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. L'arrêté contesté est revêtu de la signature de Mme E I, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement du territoire à la direction des migrations et de l'intégration de la préfecture de l'Essonne, qui tenait, en vertu de l'arrêté référencé 2022-PREF-DCPPAT-BCA-028 du 17 février 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Essonne, le pouvoir de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de

M. H F, directeur des migrations et de l'intégration, et de Mme C D, cheffe du bureau de l'éloignement, " les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français y compris ceux portant interdiction de retour " ainsi que " les arrêtés fixant le pays de renvoi ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F et Mme D n'étaient pas absents ou empêchés lorsque l'arrêté contesté a été signé. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. L'arrêté contesté, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivé.

4. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / le droit de toute personne d'être entendu avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la même charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union () ". Si l'article 41 de la charte s'adresse non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, aux organes et aux organismes de l'Union, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union.

5. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles est assuré le respect de ce droit, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

6. Ayant demandé son admission au séjour au titre de l'asile, M. A ne pouvait ignorer qu'en cas de refus, il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il a ainsi été mise en mesure de produire tous les éléments utiles au soutien de sa demande. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait demandé en vain, postérieurement au rejet de sa demande d'asile, un entretien avec les services préfectoraux, ou qu'il aurait été empêché de présenter spontanément des observations avant que ne soit prise la décision d'éloignement, voire qu'il disposait d'éléments pertinents tenant à sa situation personnelle susceptibles d'influer sur le sens de la décision. Au surplus et en tout état de cause, il ressort des pièces versées au dossier par le préfet de l'Essonne que M. A a été entendu, le 1er juin 2022, à la suite de son interpellation à la gare de La Ferté-Alais, par les services de la gendarmerie nationale, et qu'il a pu alors s'exprimer, assisté d'une interprète en langue anglaise, dans le cadre de la procédure prévue à l'article L. 813-1 et aux articles suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur la perspective de son éloignement à destination du Nigéria. Dès lors le requérant n'est pas fondé à soutenir que son droit d'être entendu aurait été méconnu.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A, né, au Nigéria, le 24 août 1986, ne séjourne habituellement en France que depuis le 26 décembre 2016. En se bornant à joindre à sa requête la copie d'un récépissé d'une demande de carte de séjour délivrée à une ressortissante nigériane par le préfet de police le 23 mai 2022, le requérant ne justifie ni de la réalité de la relation maritale dont il se prévaut avec cette personne, dont au demeurant l'intéressé n'indique pas l'identité dans ses écritures, ni de l'état de grossesse de cette dernière. Le requérant ne justifie pas davantage de la présence en France de ses deux sœurs. Enfin, M. A ne conteste pas disposer d'attaches familiales au Nigéria, ou résident son père ainsi que l'une de ses sœurs. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Essonne aurait, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont les stipulations sont rappelées ci-dessus, doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes du dernier alinéa de l'article

L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

10. Ces stipulations et dispositions font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de destination d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire qu'il s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'État de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.

11. M. A fait valoir qu'il est exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Nigéria. Toutefois et ainsi qu'il a été dit au point 1, l'Office français de protection des réfugiés et la Cour nationale du droit d'asile ont refusé de reconnaître au requérant la qualité de réfugié. En outre, M. A ne produit devant le Tribunal aucun élément de nature à établir que sa vie ou sa liberté seraient menacées ou qu'il risquerait d'être personnellement exposé à des peines ou traitements prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans le pays dont il a la nationalité. Il suit de là que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations et dispositions rappelées au point 10, qui ne sont opérants qu'à l'encontre de la décision portant fixation du pays de destination, ne peuvent qu'être écartés.

12. Pour les mêmes motifs que ceux invoqués précédemment, le moyen invoqué par M. A et tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle dont serait entachée la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté, la circonstance que le préfet de l'Essonne ne justifierait pas de l'appartenance du Nigéria à la liste des pays sûrs étant sans incidence sur la légalité de la décision contestée.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent jugement n'appelant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête de M. A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Les dispositions susmentionnées font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par M. A, doivent, par suite, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

signé

K. KelfaniLa greffière,

signé

M. G

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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