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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2209030

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2209030

vendredi 16 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2209030
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantCHAYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 juin 2022, M. B A, représenté par Me Chaye, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a implicitement refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif à compter de la date de la décision attaquée, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'a pas été informé qu'il pouvait être privé du bénéfice des conditions matérielles d'accueil en refusant l'orientation en région qui lui était proposée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des dispositions des articles L. 522-1 et L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'OFII n'établit pas qu'il a bénéficié d'un entretien tendant à évaluer sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen de sa situation, dès lors qu'elle est motivée par son refus d'orientation en région, alors qu'il a précisé à l'OFII que sa famille réside en Ile-de-France et qu'il ne peut donc être considéré comme s'étant abstenu de se conformer aux exigences des conditions d'octroi des conditions matérielles d'accueil ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle au regard des dispositions de l'article 20.5 de la directive 2013/33/UE, dès lors que l'OFII lui a proposé une orientation en région alors que sa famille est installée en Ile-de-France ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions combinées des articles L. 551-15 et L. 551-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que sa situation personnelle et familiale n'a pas été prise en compte.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une décision du 12 juin 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Saïh a été entendu au cours de l'audience publique.

1. M. A, ressortissant sierra-léonais né le 14 novembre 1986, est entré en France selon ses déclarations dans le courant du mois de janvier 2022. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 18 janvier 2022. Par une décision du même jour, la directrice territoriale de l'OFII de Nanterre lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il a refusé l'orientation proposée en région. M. A a adressé par courriel à l'Office français de l'immigration et de l'intégration un recours administratif préalable le 14 mars 2022, lequel a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision implicite de rejet née le 14 mai 2022 du silence gardé par l'OFII à son recours administratif préalable obligatoire.

2. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. Le recours préalable de M. A ayant été rejeté par une décision explicite en date du 27 juillet 2022, cette dernière décision s'est substituée à la décision implicite du 14 mai 2022 et les conclusions aux fins d'annulation de cette dernière décision doivent être regardées comme dirigées contre celle du 27 juillet 2022.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juin 2023. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informée, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 18 janvier 2022, le requérant a été reçu en entretien par un auditeur asile de l'OFII, avec le concours d'un interprète, comme en atteste la fiche d'évaluation de vulnérabilité produite par le directeur général de l'OFII et signé par l'intéressé. Si M. A fait valoir qu'il n'a pas été informé des modalités de refus des conditions matérielles d'accueil, il produit toutefois une offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil datée du 18 janvier 2022, mentionnant que l'intéressé a été informé des conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil. Il ressort également des pièces du dossier que ces informations lui ont été communiquées dans une langue qu'il comprend. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions précitées de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. () Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. () ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ".

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié d'un entretien visant à évaluer sa vulnérabilité lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 18 janvier 2022 réalisé par un auditeur asile de l'OFII avec l'assistance d'un interprète. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions précitées des articles L. 522-1 et L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration détermine la région de résidence en fonction de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région en application du schéma national et en tenant compte des besoins et de la situation personnelle et familiale du demandeur au regard de l'évaluation prévue au chapitre II du titre II et de l'existence de structures à même de prendre en charge de façon spécifique les victimes de la traite des êtres humains ou les cas de graves violences physiques ou sexuelles. ". Aux termes de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. /La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ".

9. En l'espèce, M. A soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen de sa situation, dès lors qu'elle est motivée par son refus d'orientation en région, alors qu'il a précisé à l'OFII que sa famille réside en Ile-de-France et qu'il ne peut donc être considéré comme s'étant abstenu de se conformer aux exigences des conditions d'octroi des conditions matérielles d'accueil. Toutefois, le requérant ne verse aucune pièce au dossier de nature à établir que son épouse bénéfice du statut de réfugié, et qu'il réside avec celle-ci et leurs deux enfants scolarisés, en Ile-de-France. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écartés.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 20.5 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de la décision du 27 juillet 2022, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

M. Amazouz, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.

La rapporteure,

Z. Saïh

Le président,

T. BertonciniLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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