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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2209044

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2209044

mercredi 10 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2209044
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation10ème Chambre
Avocat requérantCHAYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 23 juin 2022 et le 9 septembre 2022, M. F H, représenté par Me Chayé, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Chayé de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Poyet, premier conseiller ;

- et les observations de Me Chayé, représentant M. H.

Une note en délibéré a été produite pour M. H, le 14 avril 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. F H, ressortissant algérien, né le 14 juin 2002 à Akbou en Algérie, est entré en France le 5 janvier 2019 sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles. Il a sollicité le 1er janvier 2022 son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 25 mai 2022, dont il demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté cette demande, a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose que : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux délais dans lesquels le tribunal doit se prononcer, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. H au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par un arrêté PCI n° 2022-050 du 29 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine du 4 mai 2022, M. J G, attaché d'administration de l'État, adjoint au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement, disposait d'une délégation de signature à cette fin, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme I D, directrice des migrations et de l'intégration et de Mme E B, chef du bureau pour signer les décisions portant refus de titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français et lui interdisant de retourner sur le territoire français. En outre, il n'est ni établi ni même allégué que celles-ci n'étaient ni absentes, ni empêchées à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui manque en fait, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

5. En application des dispositions précitées, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte dès lors que la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée. En l'espèce, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, notamment, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celui des relations entre le public et l'administration. Il mentionne également les circonstances de faits propres à la situation professionnelle et familiale de M. H et indique que l'intéressé a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Dès lors, la décision portant refus de titre de séjour comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire français, qui n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte, doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres éléments du dossier que le préfet aurait procédé à un examen insuffisamment circonstancié de la situation personnelle de M. H. Dès lors, le moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, M. H ne peut se prévaloir des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inapplicables aux ressortissants algériens. Dès lors, les moyens doivent être écartés comme inopérants.

8. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. H est célibataire, sans charge de famille, et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et ses frères et sœurs. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris la décision portant obligation de quitter le territoire français et a ainsi méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou a entaché sa décision d'une erreur de droit au regard de ces stipulations. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. " L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

11. En l'espèce, M. H n'a pas fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français et il ne ressort pas des pièces du dossier que sa présence en France représenterait une menace pour l'ordre public. En revanche, à la date de la décision attaquée, il y résidait depuis plus de trois ans et y démontre avoir poursuivi ses études. En outre, il se prévaut d'une promesse d'embauche, en date du 2 mai 2022, de la société Amce dans le cadre d'un contrat d'apprentissage, et de la présence de ses grands-parents sur le territoire français. Dans ces conditions, l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an prise à son encontre est entachée d'erreur d'appréciation et doit, pour ce motif, être annulée.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. H est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 25 mai 2022 en tant qu'il lui interdit le retour sur le territoire pour une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. L'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. H présentées sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :M. H est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision du préfet des Hauts-de-Seine du 25 mai 2022 faisant interdiction à M. H de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F H, à Me Chayé et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. C et M. A, premiers conseillers,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2023

Le rapporteur,

signé

M. C

La présidente,

signé

C. Bories

La greffière,

signé

S. Lefebvre

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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