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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2209188

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2209188

mardi 28 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2209188
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantNDIAYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juin 2022, M. A B, représenté par Me Ndiaye demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de renouvellement de son certificat de résidence de dix ans du préfet des Hauts-de-Seine, née du silence gardé par l'administration sur cette demande ;

2°) d'enjoindre audit préfet de lui délivrer un certificat de résident de dix ans dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 433-2 et L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfants ;

- elle porte atteinte à son droit de travailler.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit de mémoire.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention franco-algérienne du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Froc, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien, entré en France en 2002 selon ses déclarations, et titulaire d'une première carte de résident algérien délivrée en 2011 et qui a expiré en 2021, a sollicité auprès du préfet des Hauts-de-Seine, par une demande déposée le 14 décembre 2020, le renouvellement de sa carte de résident de dix ans et l'a considérée comme implicitement rejetée en raison du silence gardé par l'administration pendant plus de quatre mois. Par la requête susvisée, M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Si M. B se prévaut d'une motivation insuffisante de la décision implicite du préfet des Hauts-de-Seine rejetant sa demande de titre de séjour, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il en aurait sollicité la communication des motifs. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.

3. Aux termes de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve de l'absence de menace grave pour l'ordre public, de l'établissement de la résidence habituelle de l'étranger en France et des articles L. 411-5 et L. 432-3, une carte de résident est renouvelable de plein droit ". Aux termes de l'article L. 423-7 du même code : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1".

4. M. B soutient que le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les dispositions des articles L. 433-2 et L. 423-7 précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés et leur durée de validité. Il s'ensuit que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui sont relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens, lesquels relèvent des règles fixées par l'accord précité. Dans ces conditions, le moyen susanalysé est inopérant.

5. Aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des dispositions et stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. En l'espèce, si M. B soutient vivre sur le territoire français depuis l'âge de quatorze ans, y avoir noué des liens intenses et y avoir désormais le centre de ses intérêts, d'une part, il ne justifie pas d'une résidence continue en France depuis vingt ans, ni de sa vie maritale avec sa compagne, d'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il contribuerait à l'éducation et à l'entretien de ses deux enfants, ni qu'il vivrait avec eux. Par ailleurs, en se bornant à produire une promesse d'embauche non datée, il ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle notable et ne fait état d'aucune circonstance particulière qui ferait obstacle à ce qu'il poursuive sa vie dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite du préfet des Hauts-de-Seine doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.

Le rapporteur,

signé

E. FROC

Le président,

signé

C. HUON La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2209188

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