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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2209207

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2209207

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2209207
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBENZEKRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 juin 2022, M. A B, représenté par Me Benzekri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 juin 2022 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a accordé le concours de la force publique pour procéder à son expulsion du logement qu'il occupe 56, rue Aristide Briand à Levallois-Perret, à compter du 6 juillet 2022 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beauvironnet,

- et les conclusions de Mme Garona, rapporteure publique.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, locataire d'un appartement situé au 56, rue Aristide Briand à Levallois-Perret a été assigné par ses bailleurs, à la suite d'un arriéré de loyers, devant le juge des contentieux de la protection de Courbevoie. Par un jugement du 16 septembre 2021, ce dernier a ordonné son expulsion à défaut de départ volontaire dans les deux mois à compter de la délivrance d'un commandement de quitter les lieux, qui lui a été notifié le 13 octobre 2021. L'intéressé a sollicité l'octroi d'un logement social le 31 décembre 2021, puis a saisi, le 16 mai 2022, le juge de l'exécution du tribunal judiciaire de Nanterre d'une demande de délai supplémentaire et de suspension des mesures d'exécution prises à son encontre. L'audience devant le juge de l'exécution s'est tenue le 7 octobre 2022. Le 7 juin 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a octroyé au président du conseil départemental des Hauts-de-Seine le concours de la force publique aux fins d'expulser le requérant de son logement. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires ".

3. Toute décision de justice ayant force exécutoire peut donner lieu à une exécution forcée, la force publique devant, si elle est requise, prêter main forte à cette exécution. Toutefois, des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou à la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire d'expulsion telles que l'exécution de celle-ci serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. En cas d'octroi de la force publique, il appartient au juge de rechercher si l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration sur la nature et l'ampleur des troubles à l'ordre public susceptibles d'être engendrés par sa décision ou sur les conséquences de l'expulsion des occupants, compte tenu de la survenance de circonstances postérieures à la décision de justice l'ayant ordonné ou ayant statué sur la demande de délai pour quitter les lieux, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

4. En l'espèce, M. B soutient que, du fait de son état de santé dégradé, de la faiblesse de ses ressources et de son âge, étant âgé de soixante-dix ans à la date de la décision préfectorale attaquée, son expulsion est attentatoire à la dignité de la personne humaine. Toutefois, ces éléments, qui sont antérieurs au jugement du juge judiciaire ayant ordonné son expulsion, le 16 septembre 2021, sont insuffisants pour établir que la décision du 7 juin 2022 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a accordé le concours de la force publique pour procéder à son expulsion du logement qu'il occupe serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de la requête doivent être rejetées y compris les conclusions aux fins d'annulation et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur. Copie en sera délivré au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

Mme Chaufaux, première conseillère,

Mme Beauvironnet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

La rapporteure,

E. Beauvironnet

La présidente,

S. Edert

La greffière,

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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