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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2209368

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2209368

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2209368
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 juin 2022, M. A, représenté par Me Angliviel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- en estimant qu'il ne justifiait pas de son état civil, le préfet des Hauts-de-Seine à méconnu les articles R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 47 du code civil ;

- cette décision a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'interdiction de retour en France pour une durée d'un an :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne lui permet pas de vérifier que le préfet des Hauts-de-Seine a bien pris en compte les différents critères prévus par les dispositions de l'article au regard des quatre critères fixés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et communique les pièces constitutive du dossier de M. A.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né en 2002, expose être entré en France en novembre 2018. Le 10 mars 2021, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour en France des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 8 février 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France pour une durée d'un an. M. A demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions, à l'exception de celle fixant son pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiant de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; () La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ".

3. D'autre part, aux termes de L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. " Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité () ".

4. Il résulte de ces dispositions que s'il existe une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère, la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

5. Pour rejeter la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. A, le préfet des Hauts-de-Seine a estimé que les actes d'état civil présentés par l'intéressé n'étaient pas probants et qu'il ne remplissait donc pas les conditions prescrites par l'article R. 431-10 cité au point 2 du présent jugement. Le préfet des Hauts-de-Seine s'est notamment fondé sur la circonstance que les documents d'état civil produit par M. A au soutient de sa demande de titre de séjour ont fait l'objet d'un avis défavorable de la direction centrale de la Police aux Frontières au motif que " l'acte de naissance B volet 3 présente de nombreuses irrégularités " et plus particulièrement, qu'" il existe une incohérence entre le numéro du registre et le numéro de l'acte, la mention du jugement supplétif devrait être portée au verso de l'acte en qualité de mention marginale et l'absence du numéro NINA ". Par ailleurs " la copie littérale d'acte de naissance B est classée défavorable en raison du numéro d'acte qui ne correspond pas à celui de l'acte initial et les abréviations ne sont pas autorisées sur les actes d'état civils B. ".

6. Toutefois, il ressort des pièces produites à l'instance par M. A, et notamment de la copie du rapport simplifié d'analyse documentaire établie par la division de l'expertise en fraude documentaire et à l'identité de la direction générale de la police nationale, daté du 11 juin 2019, que les documents listés au point 5 du présent jugement ne présentaient aucune incohérence et que l'absence de mention d'un numéro d'identification nationale (NINA) est justifiée par la circonstance que la loi n°06-040 du 11 août 2006 qui porte institution de ce numéro à la naissance ou lors de l'adoption de l'intéressé n'était pas en vigueur en 2002, date à laquelle M. A est né. En outre, M. A produit la copie du volet n° 3 de son acte de naissance ainsi que celle de sa carte consulaire, valable du 30 octobre 2019 au 30 octobre 2022. Ce dernier document, dont la valeur probante n'est pas sérieusement contestée par le préfet des Hauts-de-Seine dans son mémoire en défense, comporte les indications relatives à l'état civil de M. A et permet également de justifier de sa nationalité. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait, au motif qu'il ne justifiait pas de son état civil, le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, entré en France en novembre 2018, à l'âge de seize ans et cinq mois, a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance dès le 9 mai 2019. Il a par ailleurs bénéficié d'un accueil temporaire jeune majeur entre le 30 octobre 2020 au 30 juillet 2021, en vu de lui permettre d'obtenir dans le cadre du contrat d'apprentissage débuté le 17 août 2020, le diplôme du " titre professionnel d'agent de restauration de niveau 3 " qui lui a effectivement été délivré le 4 août 2021. Contrairement à ce que mentionne le préfet dans son arrêté, la formation qu'il a suivie au sein de la faculté des métiers de l'Essonne pour se voir délivrer ce diplôme, ne délivre aucun bulletin scolaire, ainsi qu'en atteste la responsable de la filière, dans le courrier produit par M. A à l'instance. Par ailleurs, à la date de la décision attaquée, M. A suivait une formation en certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " cuisine " au sein de l'école de Paris des métiers de la table, en alternance avec une activité au sein du restaurant " Les Cuistots Migrateurs " du 1er novembre 2021 au 31 août 2023. Différentes attestations, établies par l'employeur de M. A, le directeur de l'école de Paris des métiers de la table, décrivent ce dernier comme un apprenti " assidu ", " investi ", " sérieux " " appliqué " et " motivé ", avec " un parcours méritant " et sont ainsi de nature à établir le caractère réel et sérieux tant du suivi de sa formation que de sa volonté de poursuivre son activité d'agent de restauration. Dans ces conditions, alors même qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, M. A est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet des Hauts-de-Seine a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et professionnelle.

8. Il résulte de ce qui précède que la décision du 8 février 2022 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A doit être annulée, ainsi que par voie de conséquence, les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et interdiction de retour en France pour une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Eu égard au motif d'annulation de la décision contestée et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que des éléments de droit ou de fait nouveaux justifient que l'autorité administrative oppose une décision de refus d'octroi d'un titre de séjour, le présent jugement implique nécessairement que cette autorité délivre à M. A, un titre de séjour portant la mention " salarié ". Il y a lieu par suite, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent de délivrer ce titre, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur l'application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme demandée par M. A sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 février 2022 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé en tant qu'il porte refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et interdiction de retour en France pour une durée d'un an.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Baude, premier conseiller,

Mme Zaccaron Guérin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

La rapporteure,

signé

C. Zaccaron Guérin Le président,

signé

P. Thierry

La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 22093682

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