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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2209389

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2209389

vendredi 13 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2209389
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantSELARL GOUTAL ALIBERT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 juin et le 24 octobre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 février 2022 par laquelle le maire de la commune de Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine) a fait opposition à sa déclaration préalable n° DP09207821E0058 pour l'implantation d'une station relais de téléphonie mobile sur un bâtiment situé 59, avenue de Verdun, ensemble la décision par laquelle le maire de la commune de Villeneuve-la-Garenne a implicitement rejeté son recours gracieux du 28 mars 2022 dirigé contre cette décision ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Villeneuve-la-Garenne de lui délivrer une décision de non-opposition dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Villeneuve-la-Garenne la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- le motif sur lequel cette décision est fondée, selon lequel le projet en cause ne respecte pas l'article UF 11 du plan local d'urbanisme de la commune de Villeneuve-la-Garenne, est entaché d'une erreur de droit, dès lors que d'une part, cette disposition n'impose pas aux opérateurs de téléphonie mobile de regrouper leurs installations sur des sites collectifs et que d'autre part, cette disposition n'est pas applicable au projet puisqu'il présente l'aspect extérieur de cheminées et non d'antennes ;

- le motif de la décision attaquée selon lequel le projet méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la substitution de motifs demandée par la commune n'est pas fondée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 septembre et le 17 octobre 2022, la commune de Villeneuve-la-Garenne, représentée par Me Peynet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SAS Free Mobile au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la requête est irrecevable, dès lors que la requérante n'apporte pas la preuve que la personne désignée dans la requête comme " président " exerce effectivement cette fonction au sein de la société requérante ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé ;

- si tel était néanmoins le cas, il appartiendra au juge de neutraliser les éventuels motifs illégaux de la décision attaquée ;

- en tout état de cause, la décision en litige est justifiée dès lors que le projet refusé aurait pu être rejeté sur le fondement de l'article UA11 du plan local d'urbanisme ; or, ce fondement seul justifie la décision en litige et peut se substituer à ses motifs, sans priver la requérante d'une garantie.

En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que la décision du tribunal était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de l'article UF11 du règlement du plan local d'urbanisme de Villeneuve-la-Garenne.

Vu :

- l'ordonnance du juge des référés du tribunal n°2209201 du 13 juillet 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de commerce ;

- le code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme de la commune de Villeneuve-la-Garenne ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A

- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique ;

- et les observations orales de Me Alibay, représentant la commune de Villeneuve-la-Garenne.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) Free Mobile a déposé, le 16 décembre 2021, une déclaration préalable n° DP09207821E0058 portant sur l'installation d'une station relais de téléphonie mobile composée d'antennes camouflées dans trois fausses cheminées et d'installations techniques de petite taille en pied, sur le toit d'un bâtiment situé 59, avenue de Verdun à Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine). Par décision du 7 février 2022, le maire de cette commune a fait opposition à cette déclaration préalable. Par la présente requête, la SAS Free Mobile demande au tribunal d'annuler cette décision, ensemble celle par laquelle le maire de la commune de Villeneuve-la-Garenne a implicitement rejeté son recours gracieux du 28 mars 2022.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Villeneuve-la-Garenne :

2. La commune de Villeneuve-la-Garenne fait valoir que la société Free Mobile ne justifie pas de ce que la personne désignée dans la requête comme étant son président aurait cette qualité et pouvait ester en justice en son nom. Il résulte toutefois des dispositions de la section 2 du chapitre V du titre II du livre II de la partie législative du code de commerce, rendues applicables aux sociétés par actions simplifiées par application du troisième alinéa de l'article L. 227-1 du même code, que ces sociétés sont représentées de plein droit en justice par leurs dirigeants. Or, la requête est présentée par la société requérante, prise en la personne de M. B, dont l'extrait Kbis qu'elle produit confirme que l'intéressé a la qualité le président de cette société. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Villeneuve-la-Garenne ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 8 juillet 2020 transmis à la préfecture le même jour, le maire de Villeneuve-la-Garenne a donné délégation à M. D, adjoint au maire, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer l'ensemble des documents se rapportant aux fonctions de maire adjoint en charge de l'urbanisme, de l'habitat, du logement et de la mobilité. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes du titre I du plan local d'urbanisme de Villeneuve-la-Garenne : " Les règles et servitudes définies par le plan local d'urbanisme (PLU) s'appliquent sur la totalité du territoire de la commune, en fonction d'un découpage en plusieurs zones urbaines et une zone naturelle, éventuellement précisées par des sous-zones. /1. Les zones urbaines sont : /- la zone UA : elle correspond au centre-ville. [] / - la zone UF : il s'agit de zones d'activités secondaires et tertiaires dédiées à l'emploi. [] Le numéro de l'article est précédé du sigle de la zone où il s'applique [] ".

5. L'arrêté attaqué fait opposition à la déclaration préalable n°DP09207821E0058, au motif que le projet n'est pas conforme aux prescriptions de l'article UF 11 du plan local d'urbanisme de Villeneuve-la-Garenne. Or, il est constant que le terrain concerné, situé 59, avenue de Verdun, est situé en zone UA et non UF. Il s'ensuit que l'article UF 11 précité n'était pas applicable à la déclaration préalable ayant fait l'objet d'une opposition par la décision litigieuse et que c'est à tort que le maire de la Villeneuve-la-Garenne s'est fondé sur la méconnaissance des dispositions de l'article UF 11.

6. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Pour établir que la décision contestée est légale, la commune de Villeneuve-la-Garenne invoque, dans son mémoire du 17 octobre 2022 qui a été communiqué à la société Free Mobile, que son projet méconnaît les dispositions de l'article UA 11 du plan local d'urbanisme.

7. Aux termes de l'article UA 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Villeneuve-la-Garenne intitulé " Aspect extérieur des constructions et aménagement de leurs abords - protection des éléments de paysage " : " [] Ouvrages, constructions et dispositifs techniques / [] 3) Les antennes d'émission ou de réception (radios, téléphones, télévisions), y compris les paraboles, doivent être intégrées dans la conception des constructions et être installées, le cas échéant, dans le cadre d'antennes collectives. Leur installation devra s'accompagner de dispositions visant à les rendre le moins visibles possible depuis la rue. / [] ".

8. La commune de Villeneuve-la-Garenne fait valoir que le projet de la SAS Free Mobile ne respecte pas les dispositions précitées du règlement du plan local d'urbanisme dès lors, d'une part, qu'il porte sur des antennes isolées qui auraient pu s'intégrer dans le dispositif d'antennes relais déjà existant sur le bâtiment voisin et, d'autre part, que les antennes en cause, bien que couvertes de cheminées, mesurent trois mètres de hauteur et représentent plus de 11 % de la hauteur totale du bâtiment, de sorte qu'elles sont très visibles depuis l'espace public, dans des rues de surcroît très empruntées. Toutefois, les dispositions précitées de l'article UA 11 n'imposent pas une implantation du projet dans le cadre d'antennes collectives. Au surplus, une telle implantation est en l'espèce impossible en raison du refus non contesté du propriétaire du bâtiment voisin d'accueillir une nouvelle station relais. En outre, il ressort des pièces du dossier, en particulier des photomontages produits par la société requérante, que les antennes relais litigieuses, en retrait de la rue et intégrées dans trois fausses cheminées s'assimilant à celles existantes, doivent être regardées comme étant intégrées dans la conception des constructions existantes. Dans ces conditions, la commune de Villeneuve-la-Garenne n'est pas fondée à soutenir que le projet méconnaît les dispositions de l'article UA 11 du plan local d'urbanisme et la substitution de base légale qu'elle demande entre l'article UF 11 et l'article UA du plan local d'urbanisme ne peut être accueillie.

9. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".

10. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte aux paysages naturels ou urbains avoisinants, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé dans le second temps du raisonnement, pour apprécier la légalité des permis de construire délivrés, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux visés à l'article R. 111-27 cité ci-dessus.

11. Pour édicter la décision contestée, le maire de la commune de Villeneuve-la-Garenne s'est fondé sur ce que le projet de la SAS Free Mobile, de par ses dimensions et son implantation, portait atteinte au bâtiment et n'était par conséquent pas conforme aux dispositions précitées de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme. Toutefois, en se bornant à considérer que le projet portait atteinte au bâtiment sans apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel l'installation était projetée, le maire de la commune de Villeneuve-la-Garenne a fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'implantation du projet, composé notamment de trois cheminées factices dissimulant des équipements de télécommunication, et prévue sur le toit d'un immeuble collectif de plusieurs étages dans une zone de constructions hétérogènes, majoritairement résidentielle, composée d'immeubles collectifs, sans qualité architecturale ou paysagère particulière, serait susceptible de porter atteinte à son site d'implantation, au caractère ou à l'intérêt des lieux, au paysage urbain ou naturel ou encore à une perspective monumentale. Dans ces conditions, l'arrêté du 7 février 2022 est également entaché d'une erreur d'appréciation.

12. Il résulte de ce qui précède que la SAS Free Mobile est fondée à demander l'annulation de la décision du 7 février 2022 par laquelle le maire de la commune de Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine) a fait opposition à sa déclaration préalable n° DP09207821E0058 pour l'implantation d'une station relais de téléphonie mobile sur un bâtiment situé 59, avenue de Verdun, ensemble la décision par laquelle le maire de la commune de Villeneuve-la-Garenne a implicitement rejeté le recours gracieux de la société du 28 mars 2022 dirigé contre cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

13. Aux termes de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme : " En cas de permis tacite ou de non-opposition à un projet ayant fait l'objet d'une déclaration, l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande du demandeur, du déclarant ou de ses ayants droit () ".

14. Eu égard aux motifs d'annulation de la décision contestée du maire de Villeneuve-la-Garenne en date du 5 mai 2021 et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que des éléments de droit ou de fait nouveaux justifieraient que l'autorité administrative s'oppose aux travaux en litige, le présent jugement implique nécessairement que le maire de la commune de Villeneuve-la-Garenne délivre à la société Free Mobile le certificat prévu par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme attestant de la naissance, à son bénéfice, d'une décision tacite de non-opposition. Il y a lieu, par suite, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au maire de la commune de Villeneuve-la-Garenne de délivrer ce certificat, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

15. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Villeneuve-la-Garenne la somme de 1 500 euros à verser à la SAS Free Mobile sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les conclusions de la commune de Villeneuve-la-Garenne présentées sur le même fondement ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :La décision du 7 février 2022 d'opposition à la déclaration préalable n°DP 09207821E0058 prise par le maire de la commune de Villeneuve-la-Garenne est annulée.

Article 2 :Il est enjoint au maire de la commune de Villeneuve-la-Garenne de délivrer à la SAS Free Mobile le certificat prévu par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme attestant que la société est titulaire d'une décision tacite de non-opposition à sa déclaration préalable de travaux n°DP09207821E0058, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 :La commune de Villeneuve-la-Garenne versera à la SAS Free Mobile une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à la SAS Free Mobile et à la commune de Villeneuve-la-Garenne.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. C et M. E, premiers conseillers, assistés de Mme Khalfaoui, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2023.

Le président,

signé

R. A

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

signé

S. C

La greffière,

signé

M. F

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation

Le Greffier

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