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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2209452

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2209452

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2209452
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET DAMY RAYNAL HERVE-LANCIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juillet 2022, M. C B, représenté par Me Damy, avocate commise d'office, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 juin 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a prononcé son transfert aux autorités belges.

Il soutient que :

- il a déposé une demande d'asile en France qui a été rejetée avant de déposer une autre demande en Belgique ;

- il ne peut retourner au Pakistan où sa sécurité est menacée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, le préfet du Val-d'Oise informe le tribunal qu'il confirme l'arrêté attaqué et produit les pièces constitutives du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme A pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lorin, magistrat désigné ;

- les observations de Me Damy, représentant M. B, qui maintient les conclusions et moyens de la requête en précisant qu'à la suite du dépôt de sa demande d'asile en Belgique, il a fait l'objet d'une décision de transfert vers la France, sa demande de protection internationale risquant de ne pas être examinée compte tenu des refus successifs de la Belgique et désormais de la France de ne pas la prendre en charge examen. Elle soutient, en outre, que la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, en l'absence de démonstration que l'entretien réalisé en préfecture a été conduit par un agent qualifié ;

- et les observations de M. B, en présence de Zamin, interprète en langue ourdou, qui précise que sa première demande d'asile introduite en France a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent, ni représenté ;

En application des articles R. 777-3-6 et R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant pakistanais né le 17 avril 1993, a déposé le 23 mai 2022 une demande d'asile en France. La consultation du fichier " Eurodac " a révélé que ses empreintes avaient été préalablement enregistrées par les autorités belges, qui ont donné leur accord le 3 juin 2022 à la demande de reprise en charge qui leur avait été adressée le 24 mai 2022. Par l'arrêté attaqué du 17 juin 2022, le préfet du Val-d'Oise a décidé du transfert de M. B vers la Belgique.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 5 du règlement n° 604/2013 susvisé : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les Etats membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ". Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou s'il a privé l'intéressé d'une garantie.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié d'un entretien individuel réalisé à la préfecture du Val-d'Oise le 23 mai 2022. Au cours de cet entretien, le requérant a bénéficié de l'assistance d'un interprète en langue ourdou assurée par l'association ISM interprétariat, organisme agréé. Aucun élément du dossier ne permet d'établir que cet entretien individuel aurait été mené par un agent non qualifié en vertu du droit national, le résumé de cet entretien mentionnant au contraire que celui-ci a été " conduit par un agent qualifié de la préfecture du Val-d'Oise ", sans que l'intéressé ne présente d'élément de nature à contredire ces mentions. Aucune disposition du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 n'exige d'ailleurs que cet agent mentionne son nom, ses initiales ou sa qualité sur le document résumant l'entretien, ni qu'il signe ce document. Il ne ressort donc pas des pièces du dossier que M. B, qui a signé le compte-rendu de cet entretien individuel sans réserve, aurait été privé d'une garantie prévue par les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des Etat membres par un ressortissant de pays tiers ou apatride : " Les Etats membres examinent toute demande de protection internationale par un ressortissant de pays tiers ou apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul Etat membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable () ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Lorsque aucun Etat membre responsable ne peut être désigné sur la base des critères énumérés dans le présent règlement, le premier Etat membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite est responsable de l'examen ". Aux termes de l'article 18 du même règlement : " 1. L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : () / b) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre ; () ".

5. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que l'Etat membre responsable de l'examen de la demande de protection internationale est en principe l'Etat membre qui, à l'issue de l'examen des critères énoncés au chapitre III du règlement, est désigné sur le fondement de l'article 3 paragraphe 1 ou, à défaut, en application de l'article 3 paragraphe 2, le premier Etat membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite. Toutefois, lorsqu'un Etat membre décide, par dérogation aux règles citées ci-dessus, de ne pas faire usage des procédures applicables aux requêtes aux fins de reprise en charge définie à la section III du présent règlement et d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers, cet Etat devient l'Etat membre responsable de cette demande, et assume ainsi les obligations liées à cette responsabilité dans les conditions prévues à l'article 18 du règlement.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment du relevé de consultation du fichier " Eurodac ", que les empreintes de M. B ont été relevées successivement en Grèce en 2018, en France le 27 février 2019 puis en Belgique le 12 juillet 2021. Ses empreintes ont systématiquement été relevées en catégorie 1, soit en qualité de demandeur d'asile, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ayant d'ailleurs examiné sa première demande qui a été rejetée, ainsi que M. B l'a précisé au cours de l'audience. Si l'intéressé soutient que sa seconde demande d'asile n'a pas été enregistrée par les autorités belges qui ont pris à son encontre une décision de transfert vers le France, il n'en justifie pas, en l'absence de toute pièce justificative. Les autorités belges ont explicitement accepté le 3 juin 2022 de reprendre en charge M. B sur le fondement du b) du paragraphe 1 de l'article 18 du règlement, révélant une demande d'asile en cours d'examen. En décidant d'examiner cette seconde demande d'asile, alors qu'il avait antérieurement sollicité l'asile en France, les autorités belges ont ainsi reconnu leur responsabilité pour examiner cette demande, mettant fin au processus de détermination de l'État membre responsable de l'examen de la demande prévu par le règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, et à le supposer soulevé, le moyen tiré de l'erreur de droit tenant à la détermination du critère de détermination de l'Etat responsable de l'examen de la demande de l'intéressé, doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. Si M. B fait état de ses craintes en cas de retour au Pakistan, la décision attaquée n'a pas pour objet de l'éloigner à destination de son pays d'origine mais seulement de permettre l'examen de sa demande d'asile par les autorités qui en sont responsables. Ce moyen ne peut en conséquence qu'être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

signé

C. A

Le greffier,

signé

K. Dieng

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°220945

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