lundi 25 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2209475 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | PEYRICAL & SABATTIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2022, Mme E et M. D A, représentés par Me le Foyer de Costil, demandent à la juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le maire de la commune de Sèvres a refusé l'inscription de leur fille en petite section à l'école maternelle publique de Croix Bosset pour l'année 2022-2023, ainsi que la décision du 13 mai 2022 rejetant leur recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Sèvres d'inscrire leur fille C en petite section de maternelle dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Sèvres la somme de 3 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision contestée est dommageable pour le développement social et émotionnel de leur fille C qui risque d'être séparée de son cercle social de confiance et de perdre également un an de scolarisation ; en outre, la proximité de la rentrée scolaire les oblige à anticiper la scolarisation de C pour faire de cette année une réussite ;
- il existe plusieurs moyens propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 113-1 du code de l'éducation, en ce qu'elle interdit aux enfants nés en 2020, sans autre considération tenant en particulier à la capacité d'accueil de l'établissement scolaire, d'être inscrits à l'école maternelle alors qu'il existe, en outre, une classe ouverte à Sèvres prête à accueillir les enfants de moins de trois ans au jour de la rentrée scolaire et dont la capacité d'accueil n'est pas atteinte ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article
3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant en ce que l'école maternelle publique Croix-Bosset de Sèvres dispose encore de places disponibles pour accueillir des enfants et que les décisions en litige nuisent à l'épanouissement scolaire et personnel de leur fille, dont il est établi par le rapport d'une psychologue clinicienne qu'elle est apte à intégrer une classe de petite section.
Par un mémoire, enregistré le 18 juillet 2022, la commune de Sèvres, représentée par Me Sabattier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge des requérants.
Elle soutient que :
- la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie dès lors que la fille des requérants, qui n'est pas soumise à une obligation de scolarisation, est inscrite dans une crèche, structure adaptée pour l'encadrement et le développement des enfants jusqu'à leur entrée à l'école à l'âge de trois ans, et qu'elle ne sera pas privée d'instruction ni ne connaîtra de retard de sociabilisation ; une rentrée précoce pourrait nuire au développement personnelle de l'enfant alors que l'école maternelle de la ville ne comporte pas de classe de très petite section et n'est donc pas adaptée à l'accueil des enfants de moins de trois ans ;
- aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé. En effet, les enfants de deux ans ne disposent d'aucun droit acquis à être inscrit à l'école et l'école maternelle de la commune ne dispose pas de classe de très petite section pouvant accueillir des enfants de moins ; l'école de dispose pas d'un espace, d'un projet éducatif et pédagogique, du matériel et du personnel adaptés à la prise en charge de très jeunes enfants alors que la commune envisage au contraire la mise en place de classes à double niveau et que l'enseignant en charge d'une telle classe ne disposera pas du temps nécessaire pour se consacrer à l'enfant des requérants, qui doit faire l'objet d'un programmé adapté lié à son âge ; l'intérêt de cet enfant commande au contraire qu'elle reste au sein d'une structure adaptée à son âge.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2210121, enregistrée le 4 juillet 2022, par laquelle Mme E et M. D A demandent l'annulation de la décision contestée.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Poupineau, vice-présidente, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 20 juillet 2022 à 9 heures 30.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Poupineau, juge des référés ;
- les observations de Me Fouret, substituant Me le Foyer de Costil, avocat des requérants, qui reprend et précise ses conclusions et moyens et fait, en outre, valoir qu'ils demandent l'inscription de leur enfant en classe de petite section et non de très petite section. Le maire a commis une erreur de droit en leur opposant une condition qui n'est pas fixée par la loi, celle-ci n'excluant pas l'inscription en maternelle des enfants de moins de trois ans. Les camarades de leur enfant sont inscrits à l'école maternelle de Sèvres, qui accueillera à la rentrée de septembre des enfants qui n'auront pas encore trois ans, comme leur fille. Il y a une classe de petite section qui n'est pas à double niveau, et dont les effectifs ne sont pas complets ;
- et les observations de Me Corlouer, substituant Me Sabattier, représentant la commune de Sèvres, qui fait valoir qu'il y a une violation du contradictoire dès lors que les requérants se fondent sur des éléments qui ne lui ont pas été communiqués. Il n'est pas démontré que les camarades de l'enfant des requérants seront scolarisés dans l'école maternelle de Sèvres, ni qu'elle sera coupée de son cercle social. Même s'il reste des places dans les classes de petite section, l'intégration de cette enfant risque de désorganiser le fonctionnement de ces classes de double niveau. Les enfants qui ont été admis en petite section de maternelle sont tous nés en 2019.
La clôture de l'instruction a été reportée au 21 juillet 2022 à 17 heures.
Par un mémoire, enregistré le 21 juillet 2022 à 11h59, la commune de Sèvres conclut aux mêmes fin que la requête par les mêmes moyens.
Elle entend apporter des éléments d'information sur l'organisation scolaire mise en place pour la rentrée 2022 et indique que l'école maternelle disposera de six classes dont deux accueilleront des enfants de petite section de maternelle, l'une des deux étant une classe de double niveau.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier, que Mme E et M. D A ont sollicité les 21 février 2022 et 4 mai 2022 l'inscription de leur fille C, née le 9 janvier 2020, en classe de petite section de l'école maternelle de Croix Bosset à Sèvres au titre de l'année 2022-2023. Par la présente requête, ils demandent à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite et de la décision expresse du 13 mai 2022 du maire de la commune de Sèvres refusant de procéder à cette inscription.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 131-1 du code de l'éducation : " Dès l'âge de 3 ans, un enfant doit être inscrit à l'école maternelle, sauf en cas d'instruction dans la famille ". Aux termes de l'article L. 113-1 de ce code : " Dans les classes enfantines ou les écoles maternelles, les enfants peuvent être accueillis dès l'âge de deux ans révolus dans des conditions éducatives et pédagogiques adaptées à leur âge visant leur développement moteur, sensoriel et cognitif, précisées par le ministre chargé de l'éducation nationale. Cet accueil donne lieu à un dialogue avec les familles. Il est organisé en priorité dans les écoles situées dans un environnement social défavorisé, que ce soit dans les zones urbaines, rurales ou de montagne et dans les régions d'outre-mer () ". Aux termes de l'article D. 113-1 du même code : " Les enfants qui ont atteint l'âge de deux ans au jour de la rentrée scolaire peuvent être admis dans les écoles et les classes maternelles dans la limite des places disponibles. Ils y sont scolarisés jusqu'à la rentrée scolaire de l'année civile au cours de laquelle ils atteignent l'âge de six ans. / L'accueil des enfants de moins de trois ans est assuré en priorité dans les écoles et classes maternelles situées dans un environnement social défavorisé, que ce soit dans les zones urbaines, rurales ou de montagne et dans les régions d'outre-mer, et particulièrement en zone d'éducation prioritaire ".
5. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution des décisions en litige, les requérants font valoir d'une part, que la proximité de la rentrée scolaire caractérise à
elle-seule la situation d'urgence qu'ils invoquent, d'autre part, que le refus de procéder à l'inscription de leur fille en classe de petite section de maternelle est préjudiciable à son développement social et "émotionnel" puisqu'elle va être séparée de ses camarades et privée de son cercle social au sein duquel elle s'est construite depuis sa naissance, et enfin, qu'elle perd un an de scolarisation, ce qui retarde sa prise en charge dans un cadre éducatif structuré, compromettant ainsi son intégration sociale. Toutefois, il n'est pas contesté que la fille des requérants, qui, née en 2020, aura moins de trois à la fin de l'année civile et n'est donc pas soumise à une obligation de scolarisation, est inscrite, pour la rentrée 2022/2023, dans l'une des crèches de la commune de Sèvres, qui l'a accueillie à l'âge de 8 mois. Il n'apparait pas que le maintien dans une telle structure, spécialisée dans la prise en charge des enfants de moins de trois ans, de la fille des requérants, décrite dans le bilan psychomoteur versé au dossier par les intéressés, comme présentant "un profit développemental harmonieux correspondant à celui attendu pour une enfant de son âge" et, par suite, son absence de scolarisation dès cette année, serait susceptible d'entrainer des retards dans ses apprentissages et de compromettre sa scolarité future. Il ne ressort pas davantage de ce bilan, ni d'aucune autre pièce du dossier, que la séparation d'avec trois de ses camarades de la crèche, qu'elle pourra retrouver dans un autre cadre, serait susceptible de préjudicier à son équilibre psychologique ou à son épanouissement personnel, et d'avoir des conséquences sur sa sociabilisation. Dès lors, l'existence d'un préjudice grave et immédiat qui résulterait de l'exécution des décisions litigieuses, nécessitant ainsi de prononcer à bref délai une mesure provisoire, n'est pas établie. Par suite, la condition tenant à l'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme étant remplie.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un doute sérieux entachant la légalité des décisions contestées, que les conclusions aux fins de suspension et d'injonction de la requête de Mme E et M. D A doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Sèvres, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés par eux. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Sèvres sur le fondement de ces dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme E et M. D A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Sèvres au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme F E, M. B D A et à la commune de Sèvres.
Fait à Cergy, le 25 juillet 2022.
La juge des référés,
Signé
V. Poupineau
La République mande et ordonne au ministre de l'Education nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°22094752
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026