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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2209549

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2209549

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2209549
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre (JU)
Avocat requérantCABINET BOT-NORMAND-CREN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juin 2022, Voies navigables de France (VNF) demande au tribunal :

1°) de condamner la SA Compagnie française de négociation et de gestion, occupant sans droit ni titre du domaine public fluvial, au paiement d'une amende de 150 euros sur le fondement de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques ;

2°) d'enjoindre à la SA Compagnie française de négociation et de gestion de libérer le domaine public fluvial, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de l'autoriser, à défaut, à recourir au concours de la force publique, aux frais et risques du contrevenant ;

3°) de mettre à la charge de la SA Compagnie française de négociation et de gestion la somme de 250 euros au titre des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- un procès-verbal de contravention de grande voirie a été dressé le 29 avril 2022, à l'encontre de la SA Compagnie française de négociation et de gestion, dès lors qu'elle est propriétaire du bateau " Nieuport ", immatriculé P009416F et stationné sans autorisation en rivière de Seine, rive gauche, au point kilométrique PK 27,400, sur le territoire de la commune d'Asnières-sur-Seine, qui constitue une dépendance du domaine public fluvial ;

- l'occupation sans autorisation du domaine public fluvial constitue un empêchement au sens de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques et une contravention de grande voirie qui doit faire l'objet d'une sanction.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er mars 2023, la SA Compagnie française de négociation et de gestion, représentée par Me Normand, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Voies navigables de France au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article L. 774-1 du code de justice administrative.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience dans les conditions prévues à l'article L. 774-4 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SA Compagnie française de négociation et de gestion est propriétaire du bateau " Nieuport ", immatriculé P009416F et stationné sans autorisation en rivière de Seine, rive gauche, au point kilométrique PK 27,400, sur le territoire de la commune d'Asnières-sur-Seine, qui constitue une dépendance du domaine public fluvial. Il en a été régulièrement dressé procès-verbal le 29 avril 2022, sur le fondement de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques. Ce fait est constitutif d'une contravention de grande voirie.

Sur l'action publique :

2. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique () ". L'article L. 2132-9 du même code dispose que : " Les riverains, les mariniers et autres personnes sont tenus de faire enlever les pierres, terres, bois, pieux, débris de bateaux et autres empêchements qui, de leur fait ou du fait de personnes ou de choses à leur charge, se trouveraient sur le domaine public fluvial. Le contrevenant sera passible d'une amende de 150 à 12 000 euros, de la confiscation de l'objet constituant l'obstacle et du remboursement des frais d'enlèvement d'office par l'autorité administrative compétente ".

3. Il est constant que le bateau dénommé " Nieuport " qui appartient à la SA Compagnie française de négociation et de gestion stationne en rive gauche de Seine à Asnières-sur-Seine, PK 27,400 sans droits ni titres. Le stationnement sans autorisation d'un bateau sur le domaine public fluvial, alors même que sa présence ne ferait pas obstacle à l'usage de la voie navigable, constitue un empêchement au sens des dispositions précitées de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques. Ce fait est constitutif d'une contravention de grande voirie qui a été constatée par un procès-verbal, porté à la connaissance du défendeur le 30 avril 2022, sur le fondement de l'article L. 2132-9 précité du code général de la propriété des personnes publiques.

4. L'auteur d'une contravention de grande voirie ne peut être relaxé des fins de la poursuite exercée contre lui que s'il établit soit un cas de force majeure, soit une faute de l'administration assimilable par sa gravité à un cas de force majeure.

5. la SA Compagnie française de négociation et de gestion fait valoir qu'elle n'a pris aucun engagement de déplacer la barge " Nieuport " à l'expiration de la convention d'occupation, que ce déplacement est matériellement impossible en raison du poids et de l'encombrement du bateau, nécessitant de planter des ducs d'Albe pour l'amarrer en un autre lieu, ce qui constitue une opération complexe et coûteuse, et que l'emplacement du quai Aulagnier identifié par VNF pour déplacer le navire ne présente pas une profondeur d'eau suffisante. Toutefois, il résulte de l'instruction que, après l'expiration d'une précédente convention d'occupation le 31 décembre 2021, elle a été renouvelée pour une durée de trois mois, courant jusqu'au 31 mars 2022, ce dont la société a été informée le 21 janvier 2022 par courrier électronique. Il lui était également indiqué à cette occasion que la barge devrait alors rejoindre l'emplacement situé quai Aulagnier. La société n'établit ni avoir conduit de démarche en vue de chercher à libérer le domaine public malgré les difficultés qu'elle fait valoir, ni même avoir informé VNF de l'impossibilité de procéder à ce déplacement dans le délai qui lui était imparti. Dans ces conditions, aucune des circonstances qu'elle fait valoir n'est constitutive soit d'un cas de force majeure, soit d'une faute de l'administration qui y serait assimilable par sa gravité.

6. Il résulte de ce qui précède que Voies navigables de France est recevable et fondé à demander, au titre de l'action publique, que la SA Compagnie française de négociation et de gestion soit, compte tenu des circonstances de l'espèce, condamné au paiement d'une amende de 150 euros.

Sur l'action domaniale :

7. Lorsqu'il qualifie de contravention de grande voirie des faits d'occupation irrégulière d'une dépendance du domaine public, il appartient au juge administratif, saisi d'un procès-verbal accompagné ou non de conclusions de l'administration tendant à l'évacuation de cette dépendance, d'enjoindre au contrevenant de libérer sans délai le domaine public et, s'il l'estime nécessaire et au besoin d'office, de prononcer une astreinte en fixant lui-même, dans le cadre de son pouvoir d'appréciation, le point de départ de cette astreinte, sans être lié par la demande de l'administration.

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que Voies navigables de France est fondé à demander, au titre de l'action domaniale, qu'il soit enjoint à la SA Compagnie française de négociation et de gestion de procéder à l'enlèvement de son bateau du domaine public fluvial. Il n'est pas établi à la date du présent jugement que l'intéressée ait régularisé la situation. Dans ces conditions il y a lieu, pour autant qu'elle n'y ait pas déjà procédé, de lui enjoindre de libérer le domaine public fluvial dès la notification du présent jugement.

9. En second lieu, l'établissement public requérant est autorisé, s'il y a lieu, à procéder d'office avec, le cas échéant, le concours de la force publique, à l'enlèvement du bateau dénommé " Nieuport " aux frais de la SA Compagnie française de négociation et de gestion, si elle n'y a pas procédé elle-même avant l'expiration d'un délai d'un mois. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prévoir à l'expiration de ce délai une astreinte de 50 euros par jour de retard à la charge de la SA Compagnie française de négociation et de gestion.

Sur les frais de l'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 150 euros à la charge de la SA Compagnie française de négociation et de gestion au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise sur leur fondement à la charge de Voies navigables de France, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : la SA Compagnie française de négociation et de gestion est condamnée au paiement d'une amende de 150 euros.

Article 2 : Il est enjoint à la SA Compagnie française de négociation et de gestion, si elle ne l'a déjà fait, d'enlever sans délai du domaine public son bateau " Nieuport ", immatriculé P009416F et stationné sans autorisation en rivière de Seine, rive gauche, au point kilométrique PK 27,400, sur le territoire de la commune d'Asnières-sur-Seine.

Article 3 : En cas d'inexécution par la SA Compagnie française de négociation et de gestion, passé le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, Voies navigables de France est autorisé à procéder d'office, aux frais de la contrevenante, à l'évacuation du bateau dénommé " Nieuport " du domaine public fluvial et la SA Compagnie française de négociation et de gestion est soumise à une astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai.

Article 4 : La SA Compagnie française de négociation et de gestion versera à Voies navigables de France une somme de 150 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les conclusions présentées par la SA Compagnie française de négociation et de gestion au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Voies navigables de France et à la SA Compagnie française de négociation et de gestion, dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

Le magistrat désigné,

signé

G. ALa greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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