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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2209774

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2209774

jeudi 25 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2209774
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGRANDSIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 1er juillet 2022, le président du tribunal administratif de Paris a renvoyé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête présentée par M. A.

Par une requête enregistrée le 23 juin 2022, M. A, représenté par Me Grandsire, avocate désignée d'office, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2022 par lequel le préfet de police de Paris a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation en vue de son admission exceptionnelle au séjour.

Il soutient que la décision en litige :

- est entachée d'un défaut de base légale ;

- méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des menaces pesant sur lui au Bangladesh.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2022, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen tiré du défaut de base légale n'est pas fondé ;

- le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision en litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant aux procédures prévues à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D ;

- les observations de Me Grandsire, avocate désignée d'office, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et ajoute que l'arrêté attaqué :

* est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen ;

* méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que le requérant travaille sur les marchés et qu'il dispose d'une promesse d'embauche en date du 15 août ;

- les observations de M. A, assisté par M. C, interprète en bengali, qui indique être entré en France le 24 mai 2021, travailler deux fois par semaine sur les marchés d'Argenteuil et de Sartrouville et ne pas avoir contesté l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre ;

- le préfet de police de Paris n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais, est entré en France le 26 mai 2021 et a déposé une demande d'asile le 3 juin 2021, qui a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 19 août 2021 puis par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 2 novembre 2021. Par un arrêté du 14 avril 2022, le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé. Par un arrêté du 22 juin 2022, le préfet de police de Paris a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. M. A demande au tribunal l'annulation de ce dernier arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () "

3. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, décision prise le 14 avril 2022 par le préfet du Val-d'Oise, notifiée le 25 avril 2022, que le requérant n'a pas exécutée. Par suite, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige serait dépourvue de base légale.

4. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "

5. La décision prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois, qui vise les articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que l'intéressé déclare être entré en France le 26 mai 2021, qu'il est célibataire et sans enfant à charge et a fait l'objet d'une mesure d'éloignement en date du 14 avril 2022. Ainsi, cette décision, dont les motifs attestent de la prise en compte par l'autorité préfectorale, au vu de la situation de l'intéressé, des quatre critères énoncés à l'article L. 612-10, est suffisamment motivée.

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions de l'arrêté en litige, que le préfet de police de Paris a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de l'interdire de retour sur le territoire français. Par suite le moyen tiré du défaut d'un tel examen ne peut qu'être écarté.

7. M. A ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui n'est est inopérant qu'à l'égard de la décision fixant le pays de destination assortissant la mesure d'éloignement.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () "

9. M. A fait valoir qu'il est présent sur le territoire français depuis mai 2021, qu'il y exerce une activité professionnelle et qu'il a une promesse d'embauche en tant que cuisinier, datée du 15 août 2022. Toutefois, l'intéressé, qui est célibataire et sans enfant, n'apporte aucun élément probant établissant son activité professionnelle et sa durée de séjour en France n'est pas significative. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en l'interdisant de retour sur le territoire français et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 août 2022.

La magistrate désignée,

signé

J. D Le greffier,

signé

M. E

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2209774

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