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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2209801

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2209801

mercredi 15 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2209801
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCHERMAK ELIAKIM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2022 M. C, représenté par Me Eliakim Emma, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité ;

2°) d'enjoindre à titre principal au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer à une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard,

4°) d'enjoindre à titre infiniment subsidiaire au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la situation à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant du refus de délivrance de titre de séjour :

-la décision est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

-elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

-elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet s'étant cru à tort lié par l'avis de la plate-forme interrégionale de ma main d'œuvre étrangère ;

-elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

-elle est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

-elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

-elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet s'étant cru à tort lié par l'avis de la plate-forme interrégionale de ma main d'œuvre étrangère ;

-elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2023, le préfet du val d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 12 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 2 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

-code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Baude,

-et les observations de Me Chermak Eliakim, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais né en 1980, est entré en France en 2012 selon ses déclarations. Il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 8 juin 2022, dont le requérant demande au tribunal l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus d'un titre de séjour :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

3. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en 2012, justifiant ainsi de plus de neuf ans à la date de la décision attaquée. Il est domicilié depuis cette date chez sa sœur et son beau-frère à Franconville, lesquels sont en situation régulière en France. Il a exercé une activité professionnelles de juillet 2015 à mars 2020, de manière quasiment ininterrompue comme manutentionnaire salarié pour l'agence d'intérim Start Intérim de Paris et depuis octobre 2021 de manière continue, comme préparateur de commandes salarié pour l'agence d'intérim MTI située à Vitry-sur-Seine, qu'il justifie par la production de fiches de paie et de certificats de travail dont les rémunérations, les dates et la personne de l'émetteur correspondent à celles figurant sur ses relevés bancaires des périodes considérées, ainsi que par la production d'une attestation de concordance de son employeur établie le 23 septembre 2021. Si les rémunérations versées par l'agence d'intérim Start Intérim s'avèrent fréquemment inférieures au SMIC mensuel, celles versées depuis son embauche par l'agence MTI en octobre 2021 sont toutefois égales ou supérieures au SMIC. M. B a en outre suivi du 14 septembre 2020 au 20 novembre 2020 une formation qualifiante de 266 heures dispensée par le Greta MTE 94 dans le domaine des métiers de la logistique. Le préfet fait valoir que la plate-forme interrégionale de la main d'œuvre étrangère a émis le 6 mai 2022 une avis défavorable sur sa demande de titre de séjour, résultant d'un défaut d'instruction faute d'avoir pu se procurer certaines pièces auprès de son premier employeur. Il résulte cependant des autres éléments du dossier et notamment de la durée de son séjour en France et du caractère établi de la perception de revenus salariaux de 2015 à 2020 et de 2021 à la date de la décision attaquée que M. B établi avoir fixé en France le centre de ses intérêts professionnels et personnels depuis 2015. Dès lors il est fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions précitées en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur leur fondement.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision portant refus de titre de séjour et par voie de conséquence les décisions du même jour l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité .

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. "

6. Eu égard au motif de l'annulation qu'il prononce, le présent jugement implique nécessairement que le préfet délivre au requérant un titre de séjour " salarié ". Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Elle peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

8. En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er :L'arrêté du préfet du Val-d'Oise en date du 8 juin 2022 est annulé.

Article 2 :Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à M. B un titre de séjour " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 :L'État versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5: Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

M. Baude, premier conseiller,

Mme Chaufaux, première conseillère.

Lu en audience publique le 15 novembre 2023.

Le rapporteur,

signé

F. -E. Baude

La présidente,

signé

S. Edert La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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