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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2209938

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2209938

mardi 2 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2209938
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET DAMY RAYNAL HERVE-LANCIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 11 et 20 juillet 2022, M. C A, représenté par Me Damy, avocate désignée d'office, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2022, le préfet des Hauts-de-Seine fait part de ses observations sur la requête et conclut à son rejet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dutertre, magistrate désignée ;

- les observations de Me Damy, avocate désignée d'office pour représenter M. A, qui maintient les conclusions à fin d'annulation de la requête et demande en outre au tribunal d'enjoindre au préfet de réexaminer la situation de M. A et de lui restituer sa carte nationale d'identité. Elle soutient que :

* l'arrêté en litige a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, faute de respect du droit d'être entendu ;

* la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

* elle n'est pas justifiée au regard de la situation personnelle de M. A, et notamment de l'ancienneté de son séjour et de son insertion professionnelle ;

* elle est illégale dès lors qu'il n'a pas été informé de son signalement dans le système d'information Schengen ;

- et les observations de M. A lui-même, qui précise qu'il est entré pour la dernière fois en France en 2017, qu'il était hébergé avant son incarcération par une association d'aide aux détenus et que ses enfants, majeurs, résident en Roumanie, de même que leur mère dont il est divorcé et que ses frères.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant roumain né le 5 février 1977, a été incarcéré au centre pénitentiaire de Nanterre le 19 janvier 2022 à la suite de sa condamnation à une peine d'un an d'emprisonnement. Il demande l'annulation de l'arrêté du 8 juillet 2022 par lequel le préfet des

Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans.

2. En premier lieu, le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Une atteinte au droit d'être entendu n'est toutefois susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, en particulier du formulaire d'observations signé le 8 juillet 2022 par M. A, qu'il a été mis à même de formuler ses observations sur la mesure d'éloignement envisagée à son encontre. En outre, l'intéressé ne conteste pas avoir été entendu par des fonctionnaires de police de l'unité contrôle de l'immigration le 14 mars 2022, comme indiqué dans l'arrêté en litige. Enfin, le requérant ne fait pas état d'informations tenant à sa situation personnelle qu'il n'aurait pas été mis à même de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement contestée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à influer sur les décisions prises à son encontre. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ". Aux termes de l'article L. 251-4 du même code : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ". Aux termes de l'article L. 251-6 de ce code : " Le [dernier] alinéa de l'article L. 251-1 et les articles L. 251-3, L. 251-7 et L. 261-1 sont applicables à l'interdiction de circulation sur le territoire français. ".

5. La décision portant interdiction de circulation sur le territoire français, prise en visa, notamment, de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise en particulier que M. A, obligé de quitter le territoire français au motif que son comportement constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, est célibataire sans enfant à charge et que ses liens personnels et familiaux en France ne peuvent être regardés comme suffisamment anciens, intenses et stables. Elle comporte ainsi l'exposé suffisant des considérations de droit et de fait sur lesquels elle se fonde.

6. En troisième lieu, si M. A se prévaut de l'ancienneté de son séjour et de ses efforts d'intégration professionnelle, il est entré en France pour la dernière fois, selon ses déclarations à l'audience, en 2017, et ne justifie pas d'une insertion professionnelle aboutie par la seule réalisation, entre octobre 2018 et février 2020, d'un parcours de réinsertion en tant qu'agent d'environnement sous couvert de contrats à durée déterminée à temps partiel conclus avec une association d'aide aux personnes éloignées de l'emploi. Sans domicile personnel depuis son arrivée en France, il ne justifie pas davantage d'une insertion sociale notable dans la société française. En outre, il est constant que M. A est célibataire, sans enfant à charge, et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident, notamment, ses enfants majeurs et sa fratrie. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a fait l'objet de deux précédentes obligations de quitter le territoire français assorties d'une interdiction de circulation, édictées à son encontre le 24 janvier 2017 et le 5 aout 2018, qu'il a été condamné le 21 novembre 2016 à une peine d'emprisonnement de six mois pour des faits de vol en réunion et d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, puis le 19 janvier 2022 à une peine d'un an d'emprisonnement pour des faits, notamment, de vol aggravé et destruction de bien d'autrui en récidive, et qu'il est de plus défavorablement connu des services de police eu égard à ses nombreux signalements pour des faits de vols depuis 2011. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les dispositions précitées des articles L. 251-1 et L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commettre d'erreur d'appréciation, que le préfet des Hauts-de-Seine a pu prononcer à l'encontre de M. A une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans.

7. En dernier lieu, la circonstance alléguée que le requérant n'aurait pas été informé de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen, à la supposer établie, est sans incidence sur la légalité de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Damy, conseil de M. A, et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 2022.

La magistrate désignée,

Signé

S. B

La greffière,

Signé

C. PHU La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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