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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2209954

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2209954

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2209954
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème Chambre
Avocat requérantCOULAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juillet 2022, Mme B C, représentée par Me Coulaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 mars 2022, portant reprise de ses fonctions en présentiel, la décision du 25 avril 2022 portant affectation, à compter du 16 mai 2022, à la direction des services départementaux de l'Éducation nationale des Hauts-de-Seine, la décision du 11 mai 2022 confirmant les décisions précédentes et la décision implicite de rejet opposée à son recours gracieux du 6 mai 2022 ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Versailles, à titre principal, de la réaffecter dans un emploi dans lequel les conditions de service seront de nature à lui permettre d'assurer les fonctions correspondant à son grade, de manière compatible avec son état de santé et en télétravail exclusivement ou, à titre subsidiaire, de lui proposer une période de préparation au reclassement en application de l'article L. 826-2 du code général de la fonction publique, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

- les décisions du 8 mars 2022 et 25 avril 2022 ont été signées par des autorités incompétentes ;

- l'administration a commis une erreur de droit et une erreur de fait, en l'affectant sur un poste à temps plein, en présentiel, à la direction des services départementaux de l'Éducation nationale des Hauts-de-Seine, incompatible avec son état de santé ;

- les décisions attaquées sont illégales, dès lors qu'elles sont fondées sur l'arrêté du 13 mai 2019 lui-même illégal.

La requête a été communiquée à la rectrice de l'académie de Versailles qui n'a produit aucune observation en défense, malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 2 mars 2023.

Par un courrier du 3 janvier 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre la décision implicite de rejet opposée à son recours gracieux en date du 6 mai 2022 sont irrecevables, dès lors qu'elles sont dirigées à l'encontre d'une décision inexistante, une décision expresse ayant été prise le 11 mai 2022.

Mme C a produit des observations au moyen relevé d'office, enregistrées le 7 janvier 2025, qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret no84-1051 du 30 novembre 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Prost, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Charlery, rapporteure publique ;

- les observations de Me Coulaud, représentant Mme C ;

- et les observations de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, adjointe administrative de 2ème classe, a été placée en disponibilité d'office pour raison de santé du 1er janvier 2019 au 1er mars 2021. Elle a demandé, le 11 mars 2021, à la rectrice de l'académie de Versailles la régularisation de sa situation. Le 16 novembre 2021, le comité médical a émis un avis d'" aptitude aux fonctions en télétravail uniquement ". Le 8 mars 2022, la rectrice de l'académie de Versailles lui a notifié que sa réintégration interviendrait sur un poste à temps plein et en présentiel. Le 25 avril 2022, le rectorat de l'académie de Versailles lui a notifié une décision portant affectation, à compter du 16 mai 2022, à la direction des services départementaux de l'Éducation nationale des Hauts-de-Seine. Mme C a contesté, par un courrier du 6 mai 2022, les décisions des 8 mars 2022 et 25 avril 2022. Le 11 mai 2022, le responsable de la division des personnels administratifs, techniques, sociaux et santé (DPATS 2) lui a répondu que l'administration maintenait ses décisions. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler les décisions des 8 mars 2022, 25 avril 2022 et 11 mai 2022, ensemble la décision implicite de rejet opposée à son recours gracieux du 6 mai 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision implicite de rejet du 9 juillet 2022 :

2. Il ressort des pièces du dossier que l'administration doit être regardée comme ayant rejeté le recours gracieux de Mme C du 6 mai 2022 par une décision expresse en date du 11 mai 2022, par laquelle elle a confirmé les décisions contestées des 8 mars 2022 et 25 avril 2022. Dans ces conditions, les conclusions aux fins d'annulation présentées à l'encontre de la décision implicite de rejet du 9 juillet 2022 sont dirigées contre une décision inexistante et sont irrecevables.

En ce qui concerne les autres décisions :

3. Aux termes de l'article L. 826-1 du code général de la fonction publique : " Lorsqu'un fonctionnaire est reconnu inapte à l'exercice de ses fonctions par suite de l'altération de son état de santé, son poste de travail fait l'objet d'une adaptation, lorsque cela est possible. ". Aux termes de l'article 1er du décret susvisé du 30 novembre 1984 : " Lorsqu'un fonctionnaire n'est plus en mesure d'exercer ses fonctions, de façon temporaire ou permanente, et si les nécessités du service ne permettent pas un aménagement des conditions de travail, l'administration, après avis du médecin de prévention, dans l'hypothèse où l'état de ce fonctionnaire n'a pas rendu nécessaire l'octroi d'un congé de maladie, ou du comité médical si un tel congé a été accordé, peut affecter ce fonctionnaire dans un emploi de son grade, dans lequel les conditions de service sont de nature à permettre à l'intéressé d'assurer les fonctions correspondantes. ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " Lorsque l'état de santé d'un fonctionnaire, sans lui interdire d'exercer toute activité, ne lui permet pas de remplir les fonctions correspondant aux emplois de son corps, l'administration, après avis du comité médical, propose à l'intéressé une période de préparation au reclassement en application de l'article 63 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. () ". Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'un fonctionnaire est reconnu, par suite de l'altération de son état physique, inapte à l'exercice de ses fonctions, il incombe à l'administration de rechercher si le poste occupé par ce fonctionnaire ne peut être adapté à son état physique ou, à défaut, de lui proposer une affectation dans un autre emploi de son grade compatible avec son état de santé. Si le poste ne peut être adapté ou si l'agent ne peut être affecté dans un autre emploi de son grade, il incombe à l'administration de l'inviter à présenter une demande de reclassement dans un emploi d'un autre corps.

4. Il est constant que Mme C, qui s'est vue reconnaître la qualité de travailleur handicapé, souffre d'une maladie rare et évolutive appelée hypersomnie idiopathique, qu'elle a été placée en disponibilité d'office pour raison de santé du 1er janvier 2019 au 1er mars 2021 et que le comité médical départemental a, au cours de sa séance du 16 novembre 2021, émis un avis " d'aptitude aux fonctions en télétravail uniquement ", confirmant ainsi un précédent avis en date du 2 février 2021. En se bornant à indiquer dans sa décision du 8 mars 2022, qu' " aucun des emplois offerts aux agents du corps des adjoints administratifs " ne permettait la mise en œuvre du télétravail à temps complet, et dans sa décision du 25 avril 2022, qu'elle serait affectée, en présentiel, à la direction des services départementaux de l'Éducation nationale des Hauts-de-Seine, située à Nanterre et à vingt kilomètres de Châtillon, lieu de son domicile, sans tenir compte des préconisations médicales tendant à la limitation de ses temps de transport, l'administration, qui n'a pas produit d'observations en défense malgré la mise en demeure qui lui a été adressée, n'établit pas qu'elle a effectivement recherché un poste adapté à l'état physique de Mme C ou, à défaut, proposé une affectation dans un autre emploi de son grade compatible avec son état de santé. Dans ces conditions, la rectrice de l'académie de Versailles a méconnu les dispositions précitées.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les décisions des 8 mars 2022 et 25 avril 2022 doivent être annulées, ainsi que, par voie de conséquence, la décision confirmative du 11 mai 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au recteur de l'académie de Versailles de procéder au réexamen de la situation de Mme C, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions susvisées des 8 mars 2022, 25 avril 2022 et 11 mai 2022 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au recteur de l'académie de Versailles de réexaminer la situation de Mme C dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : L'État versera à Mme C la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au recteur de l'académie de Versailles.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. d'Argenson, président,

M. Prost, premier conseiller,

M. Robert, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.

Le rapporteur,

signé

F.-X. ProstLe président,

signé

P.-H. d'Argenson

La greffière,

signé

M. A

La République mande et ordonne à la ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche en ce qui la concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2209954

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