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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2210057

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210057

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2210057
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTRUGNAN BATTIKH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 14 juillet 2022 et le 12 septembre 2022, Mme. Irène H, représenté par Me Trugnan Battikh, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant qu'elle fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ; ou à défaut de réexaminer sa situation administrative.

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme. H soutient que :

Sur l'ensemble des décisions contestées :

- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;

sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'erreurs de faits ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L.612-2 et L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est illégale en ce qu'elle tient son fondement de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, elle-même illégale ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense enregistré le 9 septembre 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et fait valoir que ses moyens sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 septembre 2022 :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Peter, substituant Me Trugnan Battikh, représentant Mme. H, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme. H, ressortissante camerounaise née le 18 février 1984 est entrée sur le territoire français en novembre 2021. Elle s'est maintenue depuis sur le territoire français. A l'issue d'un contrôle de police effectué le 12 juillet 2022, où a été constaté le caractère irrégulier de son séjour, le préfet du Val-d'Oise, par un arrêté en date du 12 juillet 2022, dont Mme. H demande l'annulation, a fait obligation à l'intéressée de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :

3. La décision attaquée a été signée par M. F A, chef de la section éloignement/Comex de la préfecture du Val-d'Oise, qui avait reçu du préfet de ce département une délégation, pour signer notamment " toute obligation de quitter le territoire français avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire ", consentie par arrêté n°22-073 du 28 mars 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'Etat. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige, qui manque en fait, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français

4. Pour contester l'arrêté édicté par le préfet du Val-d'Oise, Mme H allègue plusieurs erreurs de faits. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et il n'est du reste pas contesté par la requérante, qu'elle est entrée très récemment, et de manière irrégulière, sur le territoire français en novembre 2021, et a exercé un travail dans un salon de coiffure à Cergy-Pontoise tout en étant démunie des autorisations nécessaires. Il n'est pas davantage contesté qu'elle est célibataire, et non dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où résident ses trois enfants. Dans ces circonstances, le préfet n'a commis nulle erreur de fait en regardant la situation de la requérante comme conforme aux dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en prononçant en conséquence une obligation de quitter le territoire français. Le moyen qui en est tiré ne peut donc qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

5.Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ". Aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

6. Mme. H soutient que le préfet a commis des erreurs de fait en estimant qu'elle présentait un risque de se soustraire à la mesure d'obligation de quitter le territoire faute de garantie adéquate de représentation et de documents d'identité valides. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressée justifie avoir en sa possession un document d'identité en cours de validité, en produisant la copie d'un passeport camerounais valide jusqu'au 30 mai 2024, et une résidence effective, par la production d'une attestation d'hébergement en date du 8 juillet 2022, chez M. E G, ressortissant camerounais. A ce double égard, la décision refusant de fixer un délai de départ volontaire attaquée comporte bien des erreurs de faits et le moyen qui en est tiré doit être accueilli.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

9. Compte tenu de ce qui a été dit au point 4, le préfet du Val d'Oise, en décidant de prononcer à l'encontre de Mme. H une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, n'a en l'espèce pas commis d'erreur d'appréciation.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme. H est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du 12 juillet 2022 refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11.Le présent jugement, qui rejette les conclusions présentées par Mme. H tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution autre que celle découlant de l'annulation de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire. Il y a dès lors seulement lieu d'ordonner au préfet de procéder au réexamen de la situation de l'intéressé à ce titre et de fixer un délai de départ volontaire approprié à sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante pour l'essentiel, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme. H est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 12 juillet 2022 du préfet du Val-d'Oise refusant d'accorder à Mme. H un délai de départ volontaire est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme. H, à Me Trugnan Battikh et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition par le greffe le 22 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

F. C La greffière,

signé

K. DIENG

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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