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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2210078

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210078

mardi 13 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2210078
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantNAMIGOHAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2204881/11 du 15 juillet 2022, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise le dossier de la requête M. C B, enregistré le 17 juin 2022.

Par cette requête et un mémoire enregistré le 7 septembre 2022, M. B, représenté par Me Namigohar demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 juin 2022 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'ordonner la production de l'entier dossier ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;

5°) de condamner l'Etat à verser au requérant une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

- le signataire de la décision ne justifie pas de sa compétence ;

- son droit d'être entendu a été méconnu ;

- elle est insuffisamment motivée en droit ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen en ce que le préfet de l'Essonne n'a pas tenu compte des précédents titres de séjour de l'intéressé, délivrés par les préfets des Hauts-de-Seine et du Val-d'Oise ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3, 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il réside en France depuis l'âge de 9 ans, et qu'il a été titulaires de titres de séjour entre 2008 et 2017 ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il justifie résider en France depuis plus de dix ans ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il réside en France depuis 2001, qu'il procure une assistance quotidienne à son frère handicapé, qu'il dispose de ressources stables et qu'il est dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est fondée sur une décision illégale ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- il n'a pas pu présenter d'observations préalables ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est fondée sur une décision illégale ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

- elle est fondée sur une décision illégale ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est dépourvue des mentions prévues par l'article R. 511-4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête et produit les pièces constitutives du dossier du requérant.

Vu :

- le jugement n° 2103373 du 28 juin 2021 du tribunal administratif de Versailles ;

les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 septembre 2022 :

- le rapport de Mme Bories, magistrate désignée ;

- les observations de Me Gabory, substituant Me Namigohar, représentant M. B, qui maintient ses écritures ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 9 juin 2022, le préfet de l'Essonne a obligé M. B, ressortissant marocain, né le 31 mai 1991 à Oujda, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. B en demande l'annulation.

Sur la demande de production de l'entier dossier de M. B :

2. Aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise () ".

3. Le préfet de l'Essonne a communiqué, le 31 août 2022, les pièces utiles du dossier en sa possession, lesquelles ont été communiquées à M. B. Dans ces conditions, il n'y pas lieu de donner suite à la demande du requérant de communication de son entier dossier.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour obliger M. B à quitter le territoire français, le préfet de l'Essonne s'est fondé sur les circonstances que l'intéressé est entré en France à une date inconnue et dans des conditions inconnues, qu'il a refusé, le 5 mars 2022, d'être auditionné par la police aux frontières (PAF), qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes en ce qu'il a dissimulé des éléments de son identité en utilisant un alias, n'a pas présenté de passeport valide et qu'il se maintient sur le territoire en situation irrégulière. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en septembre 2001, à l'âge de 9 ans, qu'il y a effectué une scolarité de 2001 à 2007, comme en attestent les certificats de scolarité versés au dossier. Par ailleurs, l'intéressé justifie, par la production de divers titres de séjour et récépissés, avoir séjourné en France en situation régulière, quoique de manière discontinue, entre 2008 et 2017. En outre, par un jugement n° 2103373 du 28 juin 2021, le tribunal administratif de Versailles a annulé l'arrêté du préfet de police du 27 mars 2021 obligeant M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination, et a enjoint au préfet compétent de procéder au réexamen de la situation du requérant dans un délai de trois mois. Enfin, le requérant justifie de fortes attaches sur le territoire français, où résident sa mère, titulaire d'une carte de résident, ses frères, titulaires de cartes de séjour, sa grand-mère, titulaire d'une carte de séjour et sa tante, ressortissante française. En l'espèce, il ne ressort ni des mentions de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que le préfet de l'Essonne, qui ne conteste pas que ces éléments avaient été portés à sa connaissance, aurait examiné ces éléments avant de prendre la décision attaquée. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.

5. Il en résulte, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 9 juin 2022 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, doit être annulé en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifié une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 20/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 613-7 du même code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010, au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. ". Aux termes de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription () ".

7. Le présent jugement, qui prononce l'annulation de l'arrêté contesté, implique l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen qui en résultait. Il est donc enjoint au préfet de l'Essonne de faire procéder sans délai à la suppression, par les services compétents, du signalement du requérant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen compte tenu de cette annulation.

8. Il y a également lieu d'enjoindre au préfet de l'Essonne de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Essonne du 9 juin 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2022.

La magistrate désignée,

signé

C. ALa greffière,

signé

K. Dieng

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, ou au préfet territorialement compétent, en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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