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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2210094

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210094

vendredi 12 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2210094
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantFAZOLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2022, Mme A B, représentée par Me Fazolo, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous afin de lui remettre sa carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Fazolo sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou, à défaut, si sa demande d'aide juridictionnelle était rejetée, de lui verser directement cette somme.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est présumée remplie dès lors qu'elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et que l'absence de délivrance de ce titre la place dans une situation irrégulière ; elle fait l'objet avec son enfant d'une procédure d'expulsion et ne peut déposer de demande de logement social ; elle n'est pas autorisée à travailler et ne peut ainsi subvenir aux besoins de son enfant, et ne bénéficie d'aucune prestation sociale ;

- la mesure sollicitée est utile, dès lors qu'il s'agit de l'unique moyen pour elle de se voir remettre sa carte de séjour.

Par un mémoire, enregistré le 27 juillet 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au non-lieu à statuer sur la requête en faisant valoir que Mme B a été convoquée en préfecture le 1er août 2022 pour la remise de son titre de séjour.

Par un mémoire, enregistré le 27 juillet 2022, Mme B conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

Elle soutient, en outre, que sa demande, qui tend à la remise de son titre de séjour, n'est pas privée d'objet par la seule délivrance d'une convocation.

Par un mémoire, enregistré le 29 juillet 2022, Mme B conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens. Elle demande, en outre, au tribunal d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler jusqu'à la remise de sa carte de séjour temporaire, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Elle soutient, en outre, que les services de la préfecture l'ont informée que son titre de séjour, valable du 17 décembre 2021 au 16 décembre 2022, avait été égaré et lui ont délivré une autorisation provisoire de séjour valable du 29 juillet au 28 octobre 2022. Cette autorisation, qui ne figure pas dans la liste fixée par l'article R. 441-1 du code de la construction et de l'habitation, ne lui permet pas de faire une demande de logement social, ce qu'elle aurait pu faire avec un récépissé de demande de titre de séjour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- l'arrêté du 20 avril 2022 fixant la liste des titres de séjour prévue au 1° de l'article R. 441-1 du code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président par intérim du tribunal a désigné Mme Poupineau, vice-présidente, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante sénégalaise entrée en France au cours de l'année 2015, a déposé une demande de titre de séjour, le 1er novembre 2020, par le bais de la plateforme " démarches simplifiées ", en qualité de mère d'un enfant de nationalité française. Sa demande a été acceptée et elle a reçu, le 22 février 2022, un message électronique l'informant que son titre de séjour était disponible. En dépit de ses demandes réitérées, elle est toujours dans l'attente d'une convocation de la préfecture en vue de la remise de son titre de séjour. Par la présente requête, Mme B demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous afin de lui remettre sa carte de séjour temporaire.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce et aux délais dans lesquels la juge des référés doit se prononcer, il y a lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet des Hauts-de Seine :

4. Si le préfet des Hauts-de Seine fait valoir que la requérante a été convoquée le 1er août 2022 à la préfecture afin de lui remettre son titre de séjour, il résulte de l'instruction que c'est finalement une autorisation provisoire de séjour, expirant le 28 octobre 2022, qui lui a été délivrée, les services de la préfecture ayant égaré son titre de séjour d'une durée d'un an, valable jusqu'au 16 décembre 2022. Dans ces conditions, alors que Mme B n'a pas obtenu la délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " qu'elle sollicitait, et que l'autorisation provisoire de séjour qui lui a été accordée ne lui confère pas les mêmes droits que ceux attachés au titre de séjour auquel elle était en droit de prétendre, le préfet des Hauts-de-Seine n'est pas fondé à soutenir que la requête de l'intéressée est devenue sans objet.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

6. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". L'article R. 300-2 de ce code dispose : " Remplissent les conditions de permanence de la résidence en France mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1 les étrangers autres que ceux visés à l'article R. 300-1 titulaires: / 1° Soit d'un titre de séjour d'une durée égale ou supérieure à un an, sous réserve que celui-ci ne soit pas périmé ; / 2° Soit d'un titre de séjour d'une durée inférieure à un an autorisant son titulaire à exercer une activité professionnelle ; / 3° Soit d'un visa d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à un titre de séjour. / Un arrêté conjoint du ministre de l'intérieur et du ministre en charge du logement fixe la liste des titres de séjour concernés ". Aux termes de l'article R. 441-1 du même code : " Les organismes d'habitations à loyer modéré attribuent les logements visés à l'article L. 441-1 aux bénéficiaires suivants : 1° Les personnes physiques séjournant régulièrement sur le territoire français dans des conditions de permanence définies par un arrêté conjoint du ministre chargé de l'immigration, du ministre chargé des affaires sociales et du ministre chargé du logement, () ". Enfin, aux termes de l'article 2 de l'arrêté susvisé du 20 avril 2022 : " Remplissent les conditions de permanence mentionnées à l'article R. 441-1 (1°) du code de la construction et de l'habitation les personnes physiques de nationalité étrangère autres que celles visées à l'article 1er, qui sont titulaires de l'un des titres de séjour suivants ou documents suivants en cours de validité : 1. Carte de résident ;2. Carte de résident permanent ; 3. Carte de résident portant la mention " résident de longue durée - UE " ;4. Carte de séjour pluriannuelle ; 5. Carte de séjour portant la mention " passeport talent " ; 6. Carte de séjour temporaire ; 7. Certificat de résidence de ressortissant algérien ; 8. Récépissé de demande de renouvellement de l'un des titres numérotés de 1 à 7 ; () 15. Autorisation provisoire de séjour prévue à l'article L. 425-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; 16. Autorisation provisoire de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire " délivrée en application des articles L. 581-3 et R. 581-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. ".

8. Il résulte de l'instruction que Mme B a déposé, le 1er novembre 2020, par le bais de la plateforme " démarches simplifiées ", une demande de carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", en qualité de parent d'un enfant français, qui a été acceptée, et qu'elle a reçu, le 22 février 2022, un message électronique l'informant que son titre de séjour était disponible. Si elle a été destinataire, postérieurement à l'enregistrement de la présente requête, d'une convocation afin de retirer ce titre de séjour, il résulte de l'instruction qu'elle a été mise en possession seulement d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 28 octobre 2022. Or, ce document de séjour, s'il autorise expressément Mme B à résider en France et à y exercer une activité professionnelle, n'est pas au nombre des titres de séjour permettant de considérer la condition de permanence et de régularité du séjour fixée par l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation comme étant satisfaite et ne lui permet pas ainsi de prétendre à l'attribution d'un logement au titre du droit au logement opposable prévu par ces dispositions alors qu'elle est menacée d'expulsion avec son enfant, le préfet des Hauts-de-Seine ayant, le 23 juin 2022, informé l'intéressée de ce qu'il avait accordé le concours de la force publique pour procéder à son expulsion. Dans ces conditions, la demande de Mme B présente un caractère urgent et utile.

9. La mesure demandée ne se heurte également à aucune contestation sérieuse et ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à Mme B une convocation à un rendez-vous afin qu'elle puisse retirer sa carte de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros qui sera versée à Me Fazolo, conseil de Mme B, dans les conditions prévues à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de convoquer Mme B en préfecture pour lui remettre son titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à Me Fazolo une somme de 1 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et de l'admission définitive de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Fazolo et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 12 août 2022.

La juge des référés,

Signé

V. Poupineau

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou a` tous commissaires de justice a` ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir a` l'exécution de la présente décision.

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