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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2210100

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210100

lundi 1 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2210100
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGOEAU-BRISSONNIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Goeau-Brissonière, demande à la juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°)de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°)de prononcer la suspension de l'exécution de la décision du 5 juillet 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Montrouge a mis totalement fin à ses conditions matérielles d'accueil et ce, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°)d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de huit jours à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 000 euros à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou, à lui-même dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision contestée le place dans une situation d'extrême précarité, le laissant sans hébergement ni ressources ;

- il existe un moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- cette décision est entachée d'une erreur de fait dès lors que la réalité des manquements reprochés n'est pas établie. Il n'a, en effet, pas abandonné son lieu d'hébergement le 1er février 2022 mais a été contraint de quitter celui-ci le 27 janvier 2022, en exécution d'une précédente décision du 17 novembre 2021 de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Montrouge suspendant son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors d'une part, que le requérant n'est pas dépourvu de ressources étant bénéficiaire de l'allocation pour demandeur d'asile majorée, en l'absence de place disponible au sein du dispositif national d'accueil et d'autre part, qu'après réexamen de sa situation à la suite du courriel de son conseil du 5 juillet 2022, le bénéfice des conditions matérielles a été rétabli le 20 juillet 2022 et, l'OFII a procédé au retrait de la décision contestée du 5 juillet 2022 par une décision du 28 juillet 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n°2210264, enregistrée le 17 juillet 2022, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Poupineau, vice-présidente, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 1er août 2022 à 9 heures 30.

Le rapport de Mme Poupineau, juge des référés, a été entendu au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant afghan, est entré en France pour y solliciter la protection internationale. Sa demande d'asile a été enregistrée en procédure dite " Dublin " le 26 février 2021 et il a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil le même jour. Par une décision du 17 novembre 2021, la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil et lui a enjoint de quitter son lieu d'hébergement, au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter à ces autorités. Par une ordonnance du 27 janvier 2022, le juge des référés du tribunal de Cergy-Pontoise a suspendu l'exécution de cette décision et a enjoint au directeur général de l'OFII de rétablir provisoirement M. A dans son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 4 mars 2022, la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge a, de nouveau, mis fin aux conditions matérielles d'accueil de l'intéressé, au motif qu'il avait abandonné son lieu d'hébergement depuis le 1er février 2022. Par une ordonnance du 27 avril 2022, le juge des référés du tribunal a suspendu l'exécution de cette décision et enjoint au directeur général de l'OFII de rétablir provisoirement M. A dans son droit au bénéfice des conditions matérielles. Par une décision du 5 juillet 2022, notifiée à M. A le jour même, la directrice territoriale de l'OFII a mis totalement fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait, au motif qu'il avait abandonné son lieu d'hébergement depuis le 1er février 2022. Par la présente requête, M. A demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. () ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce et aux délais dans lesquels le juge des référés doit se prononcer, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction de la requête :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

5. Il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'enregistrement de la requête, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Montrouge a, par une décision du 28 juillet 2022, procédé au retrait de la décision contestée du 5 juillet 2022 mettant fin aux conditions matérielles d'accueil de M. A et que celles-ci ont été rétablies dès le 20 juillet 2022. Dans ces conditions, les conclusions aux fins de suspension et d'injonction de la requête de M. A sont devenues sans objet. Dès lors, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les frais liés à l'instance :

6. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me Goeau-Brissonnière d'une somme de 1 000 euros dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, et sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction sous astreinte de la requête de M. A.

Article 3 :L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Goeau-Brissonnière une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Goeau-Brissonnière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Goeau-Brissonnière et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Cergy, le 1er août 2022.

La juge des référés,

Signé

V. Poupineau

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2210100

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