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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2210145

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210145

lundi 16 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2210145
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMOSER ABREU RIBEIRO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2022, et un mémoire, enregistré le 24 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Guedj-Douchevsky, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2022 par lequel la commune de Colombes a procédé au retrait de son autorisation de travaux ;

2°) d'annuler la décision du 4 mai 2022 par laquelle la commune de Colombes a rejeté son recours gracieux ;

3°) d'enjoindre au maire de la commune de Colombes de rétablir sans délai l'autorisation de travaux, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Colombes la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'un vice de forme, tiré du défaut de motivation ;

- est entachée d'un vice de procédure, dès lors que la décision portant retrait de son autorisation de travaux méconnaît la procédure contradictoire préalable ;

- est entachée d'une erreur de droit, en méconnaissance des dispositions des articles R. 111-5 du code de l'urbanisme et du second alinéa de l'article R. 111-6 du même code ;

- méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 29 septembre 2023 et le 15 novembre 2024 (non communiqué), la commune de Colombes conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Buisson, président-rapporteur ;

- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public ;

- et les observations de Me Guedj-Douchevsky, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B a déposé, auprès de la commune de Colombes, une déclaration préalable le 13 décembre 2021 en vue de réaliser des travaux consistant en la création d'un portillon d'accès piéton sur l'avenue Heurtault. Le 23 décembre 2021, le maire de la commune de Colombes a édicté un arrêté de non-opposition à la déclaration préalable. Par un courrier du 6 février 2022, les copropriétaires de l'avenue Heurtault ont contesté l'arrêté portant non-opposition à la déclaration préalable et le 3 mars 2022, la commune de Colombes a adressé à Mme B un courrier indiquant son intention de retirer l'arrêté de non-opposition. Par un arrêté du 21 mars 2022, le maire de Colombes a procédé au retrait de l'arrêté portant non-opposition à la déclaration préalable n° DP 092 025 21 00594 et s'est opposé à cette déclaration. le 4 mai 2022. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de l'arrêté du 21 mars 2022, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux du 4 mai 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne régularité de l'arrêté du 21 mars 2022 :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué du 21 mars 2022, que le maire de la commune de Colombes a précisé les éléments de faits qui l'ont conduit à procéder au retrait de la décision de non-opposition à la déclaration préalable, notamment en ce que le projet porte atteinte à la sécurité publique et ne bénéficie pas de l'accord de l'ensemble des copropriétaires de l'avenue Heurtault. Toutefois, en visant les dispositions des articles L. 421-1 et suivants et R. 111-2 du code de l'urbanisme et non les dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme, il n'énonce pas les considérations de droit pertinentes qui constituent le fondement et les conditions d'édiction de la décision portant retrait de la décision de non-opposition à la déclaration préalable. En conséquence, la décision de retrait, qui ne mentionne pas les éléments de droit pertinents, est insuffisamment motivée.

En ce qui concerne le bienfondé des décisions attaquées :

4. Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. ".

5. Pour prononcer par l'arrêté attaqué du 21 mars 2022 le retrait, en application des dispositions citées au point précédent, de l'arrêté portant non-opposition à déclaration préalable au bénéfice de Mme B, le maire de la commune de Colombes s'est fondé sur deux motifs d'illégalité de ladite décision de non-opposition à déclaration préalable, tirés, d'une part, de ce que le projet de création de portillon ne bénéficie pas de l'accord de l'ensemble des copropriétaires de l'avenue Heurtault, laquelle est une voie privée ouverte en copropriété de passage et, d'autre part, de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme eu égard au caractère restreint de la largeur de la voie à laquelle le portillon projeté donne accès et à la fréquentation importante de l'avenue Heurtault.

S'agissant du motif tiré du défaut d'accord des copropriétaires s'opposant à la création du portillon de l'accès piéton projeté :

6. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur.

7. En l'espèce, la commune ne pouvait légalement retirer la décision portant non-opposition à déclaration préalable en considérant que Mme B ne bénéficie pas de l'accord de l'ensemble des copropriétaires pour construire le portillon d'accès piéton de l'avenue Heurtault, dès lors qu'il ne lui appartenait pas de vérifier si l'intéressée justifiait d'un titre créant servitude de passage à son bénéfice ou de vérifier la validité de celui-ci. Par suite, en opposant ce motif à la requérante le maire de la commune de Colombes a entaché sa décision d'illégalité.

S'agissant du motif tiré de ce que la création du portillon de l'accès piéton projeté porte atteinte à la sécurité publique :

8. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

9. Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent. Les considérations relatives à la commodité du voisinage ne relèvent pas de la salubrité publique au sens de ces dispositions.

10. Si pour prononcer le retrait de la décision de non-opposition à la déclaration préalable en litige, le maire de la commune de Colombes a estimé que le portillon projeté donne accès à une voie privée étroite de 2, 80 mètres de large, que cette voie est utilisée fréquemment par des véhicules motorisés, notamment par des camions de ramassage des déchets, et que le risque d'accident est important, il ressort toutefois des pièces du dossier que, d'une part, la voie avenue Heurtault n'est pas en tout point de la même largeur, dès lors qu'au sein de la zone où la création du portillon est projetée, la voie est d'une largeur de 3, 65 mètres et que, d'autre part, si l'accès souhaité à l'avenue Heurtault depuis la parcelle de Mme B est très proche d'un poteau électrique, l'ouverture du portillon sera coulissante et implantée à l'intérieur de la parcelle. Dans ces conditions, au regard de sa situation, de ses caractéristiques et de son implantation à proximité d'autres installations, le projet n'est pas de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

11. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen de la requête n'est susceptible de fonder l'annulation des décisions contestées.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée, d'une part, à soutenir que l'arrêté du 23 décembre 2021 de non-opposition à sa déclaration préalable n'était pas illégal et, d'autre part, à demander l'annulation de la décision du maire de la commune de Colombes du 21 mars 2022 retirant cet arrêté et s'opposant à sa déclaration préalable, ensemble la décision du 4 mai 2022 portant rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ".

14. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que, s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée qui, eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme, demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

15. Eu égard aux motifs d'annulation retenus et dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions d'urbanisme opposables à la demande de Mme B interdiraient de prononcer une injonction ou que la situation de fait existant à la date du présent jugement y ferait obstacle, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Colombes de délivrer à Mme B l'autorisation de travaux sollicitée, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions relatives aux frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de Mme B qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Colombes le versement de la somme de 2 000 euros à la requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 21 mars 2022 par lequel le maire de la commune de Colombes a procédé au retrait de l'arrêté portant non-opposition à la déclaration préalable n° DP 092 025 21 0059 et la décision du 4 mai 2022 portant rejet de son recours gracieux sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Colombes de délivrer l'autorisation de travaux sollicitée à Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Colombes versera à Mme B la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Colombes.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Buisson, président,

Mme Mettetal-Maxant, première conseillère,

M. Ausseil, conseiller,

Assistés de Mme Pradeau, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

L. Buisson

L'assesseur le plus ancien,

signé

A. Mettetal-MaxantLa greffière,

signé

A. Pradeau

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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