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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2210159

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210159

vendredi 16 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2210159
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantMEKARBECH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2022, M. C A, représenté par Me Mekarbech, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à Montrouge en date du 21 juin 2022 lui refusant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, depuis leur cessation effective, dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de non-admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui verser la même somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a procédé à aucune évaluation de vulnérabilité ;

- elle est entachée d'inconventionnalité par la voie de l'exception, dès lors qu'elle a été prise en application des dispositions des articles L. 744-7, L. 744-8 et D. 744-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui contreviennent à celles de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- elle a été édictée en violation de son droit à la dignité protégé par la Déclaration universelle des droits de l'homme et garanti par la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013.

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une décision du 17 avril 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Saïh a été entendu au cours de l'audience publique.

1. M. A, ressortissant afghan né le 1er juillet 1987, conteste la décision, en date du 21 juin 2022, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a refusé de lui rétablir ses conditions matérielles d'accueil.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 avril 2023. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. () Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. () ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ". Il résulte de ces dispositions que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, ces dispositions n'imposent pas qu'un tel entretien soit à nouveau mené préalablement à la décision portant cessation des conditions matérielles d'accueil.

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du formulaire d'offre de prise en charge, produit par le directeur général de l'OFII et signé par M. A, que l'intéressé a certifié avoir été évalué par un agent de l'Office, dans une langue qu'il comprend et avec le concours d'un interprète, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, le 18 septembre 2020. En outre, l'OFII a accordé un nouvel entretien à l'intéressé, mené par un auditeur asile de l'établissement, le 18 mai 2022. Ainsi, le moyen tiré de ce que M. A n'aurait pas bénéficié d'un entretien visant à évaluer sa situation de vulnérabilité doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'un défaut d'examen de la situation particulière du requérant, lequel a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité ainsi qu'il a été dit au point précédent.

6. En troisième lieu, aux termes du 5 de l'article 20 de la directive 2013/33/UE : " 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. ".

7. Si le requérant se prévaut de son état de santé en ce qu'il souffre d'asthme, ce seul élément ne révèle pas une vulnérabilité telle que la décision contestée porterait atteinte au principe de la dignité humaine protégé par les dispositions précitées.

8. En quatrième lieu, le requérant soutient que les articles L. 744-7, L. 744-8 et D. 744-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018, sont incompatibles avec les objectifs de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013. Ce moyen est toutefois inopérant dès lors que ces dispositions n'ont pas été appliquées en l'espèce. En tout état de cause, à supposer le moyen dirigé contre les dispositions de l'article L. 551-16 du même code dont il a été fait application, il résulte de ces dispositions qu'en cas de situation justifiant qu'il soit mis fin aux conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile, l'OFII peut y procéder totalement ou partiellement, en tenant compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que ces dispositions méconnaissent les objectifs de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 en ce qu'elles permettent à l'autorité administrative de retirer à un demandeur d'asile, à titre de sanction, le bénéfice de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil, sans que ne soit garanti son accès à un niveau de vie digne.

9. En dernier lieu, l'erreur manifeste d'appréciation n'est, au vu de ce qui précède, pas établie.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 21 juin 2022. Il convient également de rejeter, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

M. Amazouz, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.

La rapporteure,

Z. Saïh

Le président,

T. BertonciniLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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