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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2210188

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210188

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2210188
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET ADDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 27 juin 2022, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de la société Encoreformation, enregistrée le 23 avril 2022.

Par cette requête la société Encoreformation, représentée par Me Ulucan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 février 2022 par laquelle la Caisse des dépôts et consignations (CDC) a prononcé à son encontre les sanctions de non-paiement des actions en cours, de recouvrement intégral des sommes déjà versées et de déréférencement pour une durée de douze mois à compter de la notification de cette décision ;

2°) d'annuler la décision du 30 décembre 2021 portant ouverture de la procédure contradictoire prévue à l'article 13 des conditions générales d'utilisation de mon compte formation ;

3°) d'enjoindre à la Caisse des dépôts et consignations de rétablir son référencement sur la plateforme " Mon Compte Formation " et de procéder au paiement de l'intégralité des formations achevées dont le paiement a été sollicité, dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 350 euros par jour de retard, à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de condamner la Caisse des dépôts et consignations à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

6°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- la décision du 23 février 2022 est entachée d'une incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier dès lors que la CDC n'a pas examiné les éléments qu'elle a produits dans le délai prévu par le courrier du 30 décembre 2021 ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission ad hoc ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la qualification des manquements reprochés ;

- l'illégalité fautive commise par la CDC lui a causé un préjudice financier qu'elle évalue à 50 000 euros.

Par un mémoire enregistré le 11 mai 2023, la Caisse des dépôts et des consignations, représentée par Me Nahmias, conclut à l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires, au rejet du surplus des conclusions de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Encoreformation la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Elle fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables en l'absence de liaison du contentieux ;

- les autres moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Goudenèche, rapporteure,

- les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public,

- et les observations de Me Monfront, substituant Me Nahmias, représentant la CDC.

Considérant ce qui suit :

1. La société Encoreformation propose des formations sur la plateforme " moncompteformation " en langues étrangères et aide à la création et à la reprise d'entreprise. Par un courrier du 30 décembre 2021, la Caisse des dépôts et des consignations (CDC) l'a informée de l'ouverture d'une procédure contradictoire dans le cadre des dispositions de l'article 13 des conditions générales d'utilisation de la plateforme et de la suspension provisoire des paiements de ses formations et de son référencement. Par une décision du 23 février 2022, le directeur des politiques sociales, de la formation professionnelle et des compétences de la CDC a prononcé le déréférencement de la société Encoreformation pour une durée de douze mois, le recouvrement des sommes versées et le non-paiement des sommes concernant les dossiers de formation engagés. La société requérante demande l'annulation des décisions des 30 décembre 2021 et 23 février 2022, ainsi que l'indemnisation de son préjudice financier à hauteur de 50 000 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 30 décembre 2021 :

2. Si la société requérante demande l'annulation de la décision du 30 décembre 2021 elle ne soulève aucun moyen au soutien de ses conclusions. Par suite, celles-ci doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 23 février 2022 :

3. Aux termes de l'article 13.1 des conditions générales d'utilisation de la plateforme " moncompteformation " : " () A la réception de la lettre d'observations, le titulaire du compte ou l'organisme de formation concerné bénéficie d'une période d'échange et de dialogue pour discuter des constats et observations adressés. Cette période est dite " période contradictoire ". Durant cette période contradictoire, le titulaire du compte ou l'organisme de formation peut, dans un délai précisé par la CDC dans la lettre d'observation qui ne peut être inférieure à 8 (huit) jours calendaires, formuler ses observations écrites, apporter les précisions nécessaires, faire part d'un éventuel désaccord, ou bien fournir tout document utile. () Lorsque l'organisme de formation ou le titulaire de compte adresse les observations ou pièces justificatives demandées après la fin du délai imparti (soit après le délai initial soit après le délai accordé dans le cadre de la prolongation), la CDC se réserve le droit de statuer indépendamment des éléments adressés. ".

4. Par un courrier du 30 décembre 2021 réceptionné le 5 janvier 2023, la CDC a informé la société requérante de l'ouverture d'une procédure contradictoire dans le cadre des dispositions de l'article 13 des conditions générales d'utilisation de la plateforme précitées au point 3 et de ce qu'elle disposait d'un délai d'un mois à compter de la réception de ce courrier pour envoyer les justificatifs demandés et formuler ses observations écrites. Il ressort des pièces du dossier que la société requérante a adressé les pièces justificatives qu'elle estimait nécessaires par colis postal le 4 février 2023 et que ce colis a été réceptionné par la CDC le 11 février suivant. Or il résulte des dispositions précitées que si la CDC dispose d'un droit à statuer indépendamment des éléments réceptionnés à l'expiration du délai imparti elle doit, en revanche, prendre en compte les pièces envoyées dans ce délai. Ainsi, dès lors que les pièces litigieuses ont été envoyées dans le délai imparti d'un mois et réceptionnées avant la tenue de la commission d'arbitrage, la CDC ne pouvait refuser de les prendre en compte. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux et particulier doit être accueilli.

5. Il résulte de ce qui précède que la décision du 23 février 2022 doit être annulée.

Sur les conclusions indemnitaires :

6. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ". La condition tenant à l'existence d'une décision de l'administration doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle, régularisant ce faisant la requête.

7. En dépit de la fin de non-recevoir opposée en défense par la Caisse des dépôts, la société Encoreformation ne justifie ni d'une décision refusant de lui verser la somme de 50 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis, ni de la preuve de dépôt d'une demande tendant à la réparation de ces préjudices. Par suite, en l'absence de liaison du contentieux, les conclusions indemnitaires présentées par la société Encoreformation sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et des consignations, qui succombe à l'instance, la somme de 1 500 euros à verser à la société requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les conclusions présentées par la Caisse des dépôts et des consignations sur ce fondement doivent être rejetées.

Par ces motifs, le tribunal décide:

Article 1er : La décision du 23 février 2022 de la Caisse des dépôts et consignations est annulée.

Article 2 : La Caisse des dépôts et des consignations versera à la société Encoreformation la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la Caisse des dépôts et consignations au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Encoreformation et à la caisse des dépôts et des consignations.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La rapporteure,

signé

C. Goudenèche

La présidente,

signé

C. Bories

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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