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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2210267

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210267

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2210267
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème Chambre
Avocat requérantTCHIAKPE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2022, Mme A B épouse C, représentée par Me Tchiakpe, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 70 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et une autorisation de travail dans l'intervalle ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

-elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet aurait du saisir la commission du titre de séjour ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise qui n'a pas produit d'observations.

Par une ordonnance du 4 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 décembre 2023.

Un mémoire présenté par Mme B a été enregistré le 27 mai 2024, postérieurement à la clôture d'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B épouse C, ressortissante arménienne, née le 4 février 1947, est entrée en France le 14 novembre 2011 muni d'un visa court séjour. Par un arrêté du 17 juin 2022, dont l'intéressée demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " doivent être motivées les décisions qui: / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police; " L'article L.211-5 du même code dispose que " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. L'arrêté du 17 juin 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B épouse C mentionne le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement duquel il a été pris et vise les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise également les circonstances relatives à la situation personnelle et familiale de la requérante, et notamment que si l'intéressée déclare séjourner en France depuis 2011, les documents produits ne sont pas de nature à justifier de façon probante sa présence habituelle en France depuis 10 ans, notamment pour les années antérieures au second semestre 2020. Il mentionne, en outre, que la requérante ne justifie d'aucune considération humanitaire ni d'aucun motif exceptionnel de nature à permettre la régularisation de sa situation au titre de la vie privée et familiale. Il relève que la requérante ne peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du code précité dès lors qu'elle n'établit pas ne pas avoir conservé de liens dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 64 ans et que son époux fait également l'objet d'un refus de séjour. Enfin, il précise que la requérante a déjà fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français notifiées les 22 aout 2013 et 20 février 2017 puis d'un refus de séjour le 19 octobre 2018, mesures qu'elle ne démontre pas avoir mises à exécution. Ainsi, cet arrêté, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivé au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

5. Si Mme B épouse C soutient qu'elle réside habituellement sur le territoire français depuis l'année 2011, les documents qu'elle produit à l'appui de cette assertion, notamment pour les années 2012 à 2022, ne permettent pas d'établir l'ancienneté et le caractère habituel de sa résidence en France. En particulier, au titre des années 2012 à 2019, l'intéressée se borne à produire une ordonnance du 13 novembre 2012 et des analyses d'examens médicaux effectués les 8 février, 30 mai, 27 juin et 22 octobre 2012, des ordonnances des 8 novembre et 5 juillet 2013 et une obligation de quitter le territoire français du 20 août 2013, des ordonnances des 30 avril et 20 novembre 2014, des ordonnances des 4 février, 27 mai, 6 octobre et 17 novembre 2015, les résultats d'un examen médical du 14 décembre 2016, une obligation de quitter le territoire du 20 février 2017, un relevé de remboursement de prestations de sécurité sociale pour les mois de février et août 2017 et des ordonnances des 20 février, 10 mars, 28 septembre et 24 octobre 2017, un refus de titre de séjour du 17 octobre 2018, les résultats d'un examen médical du 8 novembre 2018 et des ordonnances des[MN1] 23 mai, 15 et 29 juin et 11 et 31 juillet, 22 novembre et 12 décembre 2018, des ordonnances des 2 octobre, 19 mars et 23 avril 2019, un devis du 29 août 2019 et les résultats d'un examen médical du 24 juin 2019. Pour les années 2020 et 2021, elle ne produit que des ordonnances des 4 février et 21 octobre et des ordonnances des 17 février et 20 juillet 2021 et les résultats d'examens médicaux des 15 mai 2021 et 3 décembre 2021 qui ne permettent pas d'établir la continuité de sa résidence sur le territoire français pour ces deux autres années. Ainsi, elle ne justifie pas, par les pièces qu'elle produit, de sa résidence habituelle en France depuis 2011. Dès lors, l'autorité préfectorale n'était pas tenue de soumettre sa demande d'admission exceptionnelle au séjour à la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que, faute de consultation de cette commission, la décision attaquée portant refus de titre de séjour aurait été édictée au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

7. Mme B épouse C, qui se prévaut de la durée de son séjour sur le territoire français depuis l'année 2011, soutient qu'elle est pleinement intégrée en France où elle possède des attaches familiales. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 5, la requérante ne justifie pas de l'ancienneté et de la continuité de son séjour sur le territoire français depuis 2011 et a fait l'objet de décisions d'obligations de quitter le territoire français le 20 août 2013 et le 20 février 2017. En outre, elle n'apporte pas de précisions suffisantes sur les relations affectives qu'elle y aurait nouées. Si elle établit avoir un fils français, elle n'apporte aucun élément permettant d'établir les liens affectifs stables, anciens et intenses qui le lieraient à elle. Il ressort des pièces du dossier que son époux est en France en situation irrégulière et a fait l'objet d'un refus de titre de séjour. La cellule familiale peut par suite se reconstituer dans son pays d'origine où elle n'établit pas être dépourvue de toute attache et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 64 ans au moins. En outre, elle ne justifie pas d'une insertion professionnelle stable et ancienne sur le territoire. Ainsi, eu égard à l'ensemble des circonstances de l'espèce, l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, cette décision n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet du Val-d'Oise n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de Mme B épouse C.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué du 17 juin 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B épouse C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 29 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

S. Cuisinier-HeisslerLe président,

Signé

T. BertonciniLa greffière,

Signé

N. Magen

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

[MN1]Souhaitez-vous rajouter les ordonnances du 15 juin,29 juin et 31 juillet '

N°2210267

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