mardi 16 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2210372 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MARIENNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 22 juillet et 10 août 2022, M. A B, représentée par Me Marienne, avocate désignée d'office, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2022 du préfet des Hauts-de-Seine en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français sans délai et prononce à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle et familiale sur le territoire français ;
- elle a été prise en méconnaissance des articles L. 251-2 et L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant du refus de lui accorder un délai de départ volontaire :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle porte atteinte au respect de ses droits de la défense ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne présente aucun risque de fuite ;
S'agissant de l'interdiction de circulation sur le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur le fondement de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 août 2022 :
- le rapport de Mme D,
- les observations de Me Marienne, avocate désignée d'office pour M. B, présent, qui reprend les conclusions et les moyens développés dans les écritures, en précisant que le requérant est entré en France en 2015, qu'il travaillait avant son incarcération en tant qu'intérimaire sur des chantiers, qu'il travaille actuellement à la maison d'arrêt de Nanterre et qu'il a un frère et deux sœurs en situation régulière sur le territoire français ;
- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant portugais né le 8 janvier 1980, est incarcéré au centre pénitentiaire de Nanterre depuis le 13 août 2021. Par un arrêté du 22 juillet 2022, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français sans délai et prononce à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans.
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".
3. Me Marienne, avocate désignée d'office pour assister le requérant, sollicite expressément le bénéfice de l'aide juridictionnelle pour son client. Dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () ".
5. En premier lieu, la décision en litige vise notamment les dispositions du 2° de l'article L. 251-1 dont il est fait application et mentionne les faits qui en constituent le fondement. En particulier, elle relève que le comportement personnel de M. B constitue, du point de vue de l'ordre public et de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société dès lors qu'il a été condamné en octobre 2016 à quatre mois d'emprisonnement pour des faits d'" exhibition sexuelle et agression sexuelle par une personne en état d'ivresse manifeste " et de " violence par une personne en état d'ivresse manifeste sans incapacité " ainsi qu'à quinze mois d'emprisonnement en août 2021 pour des faits d'" exhibition sexuelle, récidive et non justification de son adresse par une personne enregistrée dans le fichier des auteurs d'infractions sexuelles " ainsi que " rébellion et outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique ". La décision précise également que le requérant est connu défavorablement des services de police pour des faits, notamment, d'atteintes et de harcèlement sexuels, de vol à l'étalage, de port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D ou encore de coups et blessures volontaires criminels ou correctionnels. Elle indique par ailleurs que M. B, se déclare célibataire et sans enfant et qu'il n'établit pas être démuni d'attache personnelle et familiale dans son pays d'origine, où réside toujours sa famille. La décision portant obligation de quitter le territoire français énonce ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
6. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'autres éléments du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à un examen attentif et personnalisé de la situation personnelle et familiale de M. B avant de l'obliger à quitter le territoire français.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1. ". Aux termes de l'article L. 234-1 de ce code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. / () ". Enfin, aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3°. ".
8. M. B soutient qu'il remplit les conditions de résidence prévues à l'article L. 234-1 précité et qu'il bénéficie ainsi d'un droit au séjour permanent, faisant obstacle au prononcé d'une mesure d'éloignement à son encontre. Toutefois, d'une part, s'il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné à une première peine d'emprisonnement de quatre mois par le tribunal judiciaire de Pontoise en octobre 2016, il ne produit aucune pièce permettant d'établir qu'il aurait résidé de manière ininterrompue en France jusqu'à sa seconde condamnation, sur comparution immédiate, le 13 août 2021. D'autre part, s'il soutient à l'audience avoir travaillé plusieurs années en tant qu'intérimaire sur des chantiers sur le territoire français, et y avoir rejoint un frère et deux sœurs en situation régulière, il ne produit aucune pièce pour en justifier. Ainsi, en l'état du dossier, le requérant ne démontre pas qu'il satisferait à l'une des conditions mentionnées à l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile depuis plus de cinq ans. Dès lors, M. B n'est pas fondé à se prévaloir d'un droit au séjour permanent en application de l'article L. 234-1 de ce code. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit, par suite, être écarté. Il en est de même, en l'absence d'argumentation distincte, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation commise par le préfet.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
9. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision.
L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".
10. En premier lieu, la décision refusant un délai de départ volontaire, qui vise l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique qu'il y a urgence à éloigner M. B sans délai du territoire français compte tenu de la nature des faits commis par l'intéressé et du risque de récidive ainsi que de la circonstance qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement. La décision en litige comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit, par suite, être écarté.
11. En deuxième lieu, en se bornant à soutenir que le refus d'accorder un délai de départ volontaire porte une atteinte démesurée au droit dont il dispose pour préparer sa défense, le requérant n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
12. En dernier lieu, en se bornant à faire valoir qu'il ne présente aucun risque de fuite dès lors qu'il n'est pas libérable avant plusieurs mois, M. B ne conteste pas sérieusement l'urgence à prendre une telle mesure au sens de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qui entacherait, pour ce motif, la décision contestée ne peut ainsi qu'être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de circulation sur le territoire français :
13. Au terme de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ". Aux termes de l'article L. 251-6 de ce code, les dispositions du sixième alinéa de l'article L. 251-1, aux termes desquelles " [l]'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ", sont applicables à l'interdiction de circulation sur le territoire français.
14. La décision portant interdiction de circulation sur le territoire français, qui vise les dispositions des articles L. 251-4 à L. 251-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que l'intéressé se déclare célibataire et sans charge de famille te qu'il n'établit pas ni même n'allègue être démuni de toute attache personnelle et familiale dans son pays d'origine, où réside toujours sa famille. Elle comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquels elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
15. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".
16. Si M. B soutient qu'il dispose d'un cercle amical important sur le territoire français où il réside depuis de nombreuses années, il ne produit aucune pièce établissant non seulement l'ancienneté de son séjour en France mais également la réalité des liens qu'il prétend avoir tissés sur ce territoire. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé doivent être écartés.
17. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Marienne et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 août 2022.
La magistrate désignée,
signé
L. DLe greffier,
signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°221037
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026