jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2210401 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SEBAN ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 juillet et 13 octobre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine demande au tribunal, en application de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, d'annuler d'une part, la décision n° 2022/68 du 19 mai 2022 par laquelle la maire de la commune de Malakoff a approuvé la convention signée avec l'association " Union des Musulmans de Malakoff " (UMM) relative à la mise à disposition à titre précaire et onéreux du local situé 1 rue Avaulée, ainsi que tous les actes administratifs en découlant et d'autre part, " par extension ", la convention de mise à disposition.
Le préfet des Hauts-de-Seine soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée en fait, dès lors qu'elle ne fait pas mention d'éléments de comparaison pertinents permettant d'apprécier la valeur du loyer fixé par la convention ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le loyer fixé est nettement inférieur à l'estimation effectuée par le pôle " évaluation domaniale " de la direction départementale des finances publiques des Hauts-de-Seine dans son avis du 28 juin 2022, et qu'ainsi la mise à disposition du local a été consentie à vil prix ;
- la minoration de loyer en découlant présente le caractère d'une aide apportée par la commune à une association cultuelle pour l'exercice d'une activité cultuelle méconnaissant l'article 2 de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l'État ;
- la décision contestée méconnait les dispositions de l'article L. 2121-29 du code général des collectivités territoriales, en ce que ce financement, qui ne concerne qu'une partie de la commune, ne présente pas un intérêt public communal ;
- elle méconnait les dispositions combinées des articles 10 de la loi n°2000-321 du 12 avril 2000 et 1er du décret n°2001-495 du 6 juin 2001 dès lors qu'aucune convention de subvention n'a été signée entre la commune et l'association UMM alors que le montant de la libéralité allouée excède le seuil réglementaire de 23 000 euros ;
- elle est illégale en ce qu'elle entend laisser à l'association UMM l'usage exclusif et pérenne de locaux appartenant au domaine public communal, ce qui confère au local loué le caractère d'un édifice cultuel.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 26 septembre et 3 novembre 2022, la commune de Malakoff, représentée par sa maire en exercice, par Me Seban, conclut au rejet de la requête et, demande en outre, à ce qu'il soit mise à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative est incompétente pour connaître des conclusions relatives à la convention qui concernent une dépendance du domaine privé ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
L'association " Union des musulmans de Malakoff ", à qui la requête a été communiquée en qualité d'intervenante en défense, n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l'État ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendues au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Van Muylder, présidente-rapporteure,
- les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public,
- et les observations de Mme B A, sous-préfète, et de M. C représentant le préfet des Hauts-de-Seine et celles de Me Aderno, représentant la commune de Malakoff.
Considérant ce qui suit :
1. Par convention signée le 3 avril 2019, la commune de Malakoff a mis à la disposition de l'association " Union des musulmans de Malakoff " pour un montant mensuel de 300 euros, un immeuble de 220 m2 situé 1 rue de l'Avaulée, acquis par l'établissement foncier des Hauts-de-Seine, auquel s'est substitué l'établissement public foncier d'Ile-de-France en vue de créer une réserve foncière aux fins de réaliser une construction d'environ 300 logements et dont la commune a la gestion. Par une décision du 19 mai 2022, la maire de Malakoff a décidé de signer la convention de mise à disposition à titre précaire et onéreux du local pour un montant de 350 euros mensuel. Le préfet des Hauts-de-Seine, sur le fondement des dispositions de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, demande l'annulation de cette décision et de la convention.
Sur l'exception d'incompétence de la juridiction administrative :
2. Aux termes de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public. ". L'article L. 2211-1 du même code prévoit que : " Font partie du domaine privé les biens des personnes publiques mentionnées à l'article L. 1, qui ne relèvent pas du domaine public par application des dispositions du titre Ier du livre Ier. Il en va notamment ainsi des réserves foncières et des biens immobiliers à usage de bureaux, à l'exclusion de ceux formant un ensemble indivisible avec des biens immobiliers appartenant au domaine public. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que les locaux mis à la disposition de l'association " Union des musulmans de Malakoff ", constitués d'anciens bureaux et ateliers et n'ayant pas fait l'objet d'une affectation à l'usage direct du public, ni à un service public, appartiennent au domaine privé de l'établissement public foncier d'Ile-de-France dont la commune de Malakoff assure la gestion.
4. Si la contestation de l'acte, délibération ou décision du maire, par lequel une commune ou son représentant, gestionnaire du domaine privé, initie avec cette personne, conduit ou termine une relation contractuelle dont l'objet est la valorisation ou la protection de ce domaine et qui n'affecte ni son périmètre ni sa consistance relève de la compétence du juge judiciaire, la juridiction administrative est compétente pour connaître de demande d'annulation de la délibération d'un conseil municipal autorisant la conclusion d'une convention ayant pour objet la mise à disposition d'une dépendance du domaine privé communal et de la décision du maire de la signer. Il en résulte que, d'une part, la juridiction administrative est compétente pour connaître des conclusions tendant à l'annulation de la décision de la maire de Malakoff de signer la convention et, d'autre part, qu'elle est incompétente pour connaître des conclusions relatives à la convention relative à l'occupation d'une dépendance du domaine privé de l'établissement public foncier géré par la commune, ne comportant pas de clauses exorbitantes du droit commun.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 19 mai 2022 :
5. Aux termes de l'article 1er de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l'État : " La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public ". L'article 2 de cette loi dispose : " La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l'État, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l'exercice des cultes ". Aux termes du dernier alinéa de l'article 19 de cette même loi, les associations formées pour subvenir aux frais, à l'entretien et à l'exercice d'un culte " ne pourront, sous quelque forme que ce soit, recevoir des subventions de l'État, des départements et des communes. Ne sont pas considérées comme subventions les sommes allouées pour réparations aux édifices affectés au culte public, qu'ils soient ou non classés monuments historiques ".
6. Les collectivités territoriales peuvent donner à bail, et ainsi pour un usage exclusif et pérenne, à une association cultuelle un local existant de leur domaine privé sans méconnaître les dispositions précitées de la loi du 9 décembre 1905 dès lors que les conditions, notamment financières, de cette location excluent toute libéralité.
7. Il ressort des pièces du dossier que le service des domaines de la direction départementale des finances publiques des Hauts-de-Seine a émis, le 28 juin 2022, un avis sur la valeur locative de l'immeuble mis à disposition de l'association Union des musulmans de Malakoff, à usage de bureau, édifié en 1950 à proximité relative du centre-ville, desservi en transports en commune, et retenu un montant de 130 euros par mètre carré par an hors taxe et charges, soit pour une surface utile de 220 m2, une valeur locative annuelle de 28 600 euros, justifiant un loyer mensuel de 2 383 euros par mois.
8. La commune de Malakoff fait valoir d'une part, que cette estimation ne prend pas en considération le caractère précaire de la mise à disposition dont le terme est lié à l'avancement du projet de maîtrise foncière du secteur Avaulée par l'établissement public foncier d'Ile-de-France et, d'autre part, que l'état des locaux a nécessité des travaux de la part de l'association, occupante depuis 2019, pour un montant de 7 000 euros. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces circonstances justifient un loyer mensuel d'un montant plus de six fois inférieur à l'évaluation du service des domaines, alors au demeurant que la commune en défense invoque sa volonté de faciliter l'exercice d'un culte sur son territoire sur lequel le foncier est peu disponible et à un coût élevé pour les associations cultuelles. Les conditions de mise à disposition de l'immeuble à l'association " Union des musulmans de Malakoff " constituent donc une libéralité. La décision de la maire de Malakoff de signer la convention d'occupation méconnait, dès lors, les dispositions précitées de loi du 9 décembre 1905 et doit, par suite, être annulée.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Malakoff demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : Les conclusions tendant à l'annulation de la convention signée entre la commune de Malakoff et l'association " Union des musulmans de Malakoff " sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : La décision du 19 mai 2022 de la maire de Malakoff est annulée.
Article 3 : Les conclusions de la commune de Malakoff au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à la commune de Malakoff et à l'association " Union des musulmans de Malakoff ".
Copie sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Van Muylder, présidente,
Mme D et M. E, premiers conseillers,
Assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.
La rapporteure la plus ancienne,
signé
M. DLa présidente-rapporteure,
signé
C. Van Muylder La présidente,
C. Van Muylder
La greffière,
signé
S. Nimax
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026