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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2210440

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210440

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2210440
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDAHMANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

F une requête enregistrée le 21 juillet 2022, M. A C, représenté F Me Dahmani, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2022 F lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de 15 jours, sous astreinte de 100 euros F jour de retard, à compter de la notification du présent jugement ; à défaut, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même condition d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice.

M. C soutient que :

Sur l'ensemble des décisions :

-l'arrêté contesté lui a été notifié de façon irrégulière ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- l'arrêté contesté a été pris F une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreurs matérielles, plusieurs propos, lui ayant été prêtés à tort lors de son audition F les services de police, résultent en effet d'un défaut de traduction adéquate ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré F les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- l'arrêté contesté est entaché d'erreurs matérielles, plusieurs propos, lui ayant été prêtés à tort lors de son audition F les services de police, résultent en effet d'un défaut de traduction adéquate ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- l'arrêté contesté a été pris F une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré F les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

F un mémoire en défense enregistré le 13 septembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et fait valoir que ses moyens sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique du 15 septembre 2022.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant marocain né le 2 février 1996 est entré sur le territoire français le 27 novembre 2019 sous couvert d'un visa court séjour. Il s'est maintenu depuis sur le territoire français. A l'issue d'un contrôle des police effectué le 19 juillet 2022, où a été constaté le caractère irrégulier de son séjour, le préfet de Hauts-de-Seine, F un arrêté en date du 19 juillet 2022, dont M. C demande l'annulation, a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de un an, en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit F le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit F la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la présente requête de M. C, il y a lieu d'admettre l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin d'annulation

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions contestées :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé F Mme D E, adjointe à la cheffe du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui bénéficiait d'une délégation de signature à cette fin, en vertu d'un arrêté n° PCI N° 2022-057 du 1er juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 2 juin 2022. F suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise les textes dont il est fait application, notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour fixer le pays de renvoi et pour lui interdire le retour sur le territoire français pour une durée de un an. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. En outre, contrairement à ce que soutient M. C, le préfet n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments de fait à raison desquels il a estimé que ces décisions ne méconnaissaient pas les textes qu'il a visés. F suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation ne peuvent qu'être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français est également informé qu'il peut recevoir communication des principaux éléments, traduits dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de supposer qu'il la comprend, des décisions qui lui sont notifiées en application des chapitres I et II. "

6. Pour contester l'édiction F le préfet des Hauts-de-Seine de l'arrêté contesté, M. C soutient qu'il ne lui a pas été notifiée de manière régulière. Or d'une part, en signant la décision en litige, remise à lui en main propre le 19 juillet 2022, M. C n'a été nullement privée des garanties posées F l'article précitées. D'autre part, s'il allègue que la traduction des termes de la décision attaquée, comme des échanges avec les services de police ayant effectué son contrôle, n'a pas été conduite dans un dialecte arabe qu'il comprend, cette allégation n'est nullement établie F une pièce ou un élément versé au dossier qui aurait permis d'en apprécier le bien-fondé. Dans ces conditions, l'irrégularité de la notification de la décision attaquée ne saurait être démontrée, et le moyen qui en est tiré ne saurait qu'être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, et ainsi qu'il ressort du point précédent, la défaillance ou l'insuffisance de la traduction lors de l'audition de M. C F les services de police de Bois-Colombes n'est nullement démontrée F le requérant. Dès lors, les procès-verbaux établis font foi jusqu'à preuve du contraire, et M. C n'est pas fondé à soutenir que les propos qui lui sont prêtés l'ont été à tort. Dès lors, l'affirmation, versée au procès-verbal, selon laquelle il ne souhaite pas se conformer à une mesure d'éloignement, et F suite entend se soustraire à une telle mesure si elle devait être prononcée à son encontre, constitue un fondement suffisant, conformément à l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour l'édiction F le préfet de la décision contestée. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.

8. En deuxième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue F la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. C est célibataire, sans charge de famille, et qu'il ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans. S'il allègue avoir entamé une relation amoureuse depuis trois ans en France, il n'assortit pas cette affirmation des précisions qui permettraient d'en apprécier le bien-fondé, et en tout état de cause, il ne justifie pas de liens privés et familiaux intenses, stables et constants sur le territoire français. Dans ces circonstances, le préfet des Hauts-de-Seine ne saurait être regardé comme ayant porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant à vivre une vie privée et familiale F l'édiction de l'arrêté contesté, ni que ce dernier aurait F suite des conséquences disproportionnées sur sa situation personnelle. Dès lors le moyen tiré des stipulations précitées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

10.Ainsi qu'il a été dit au point 6, l'allégation suivant laquelle la traduction a été défaillante lors de l'audition de M. C F les services de police ne suffit pas à démontrer que des propos lui ont été prêté à tort, et qu'il n'a pas manifesté sa volonté de se soustraire à une mesure d'éloignement. F suite, le refus d'accorder un délai de départ volontaire est conforme aux dispositions de l'article L.612-2, et le moyen tiré de l'erreur de droit doit être également écarté ici.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. Pour justifier l'adoption de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. C pendant une durée d'un an, le préfet des Hauts-de-Seine a visé les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et a tenu compte de ce que le requérant ne démontre pas l'intensité de ses liens avec la France. F ailleurs, la décision en litige mentionne que M. C n'atteste pas de circonstances humanitaires qui justifieraient que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. Le préfet des Hauts-de-Seine a ainsi pris en compte les critères énoncés F les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a indiqué les considérations de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée. F suite, le moyen tiré d'une erreur de droit relative à ces dispositions doit être écarté.

12. F ailleurs, et pour les raisons évoquées au point 8, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ne saurait être regardée comme portant une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti F l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être ici également écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées F M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 19 juillet 2022 doivent être rejetées, ainsi que, F voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public F mise à disposition F le greffe le 22 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

F. B La greffière,

signé

K. DIENG

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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