mercredi 7 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2210463 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 11ème Chambre |
| Avocat requérant | DE SEZE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 juillet 2022, M. D A, représenté par Me Seze, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions en date du 13 juin 2022, par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard et ce jusqu'à ce que sa demande de titre de séjour soit instruite, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes délai et condition d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à Me Seze qui sera autorisé à en poursuivre directement le recouvrement.
M. A soutient que :
* La décision portant refus de titre de séjour :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est entachée d'une erreur de droit et méconnait les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la demande de régularisation n'est pas tardive ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que le requérant remplit les critères posés par l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* La décision l'obligeant à quitter le territoire français :
- est illégale, en raison de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;
- est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa conséquence sur sa situation personnelle ;
* La décision lui interdisant le retour sur le territoire français :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au non-lieu à statuer.
Il soutient que, postérieurement à l'enregistrement de cette requête, il a remis une autorisation provisoire de séjour au requérant, valable du 22 août 2022 au 21 février 2023, qui a nécessairement abrogé l'arrêté attaqué.
M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 11 juillet 2022 enregistrée sous le n°2022/006995 au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de C.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Bertoncini, président, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant ivoirien né le 9 mai 2003, M. A déclare être entré en France en février 2020 et a fait l'objet d'une ordonnance de placement provisoire du procureur de la République près le parquet des mineurs de C en date du 16 juillet 2020. Il a été pris en charge, à compter du 18 août 2020, en tant que mineur non accompagné par les services de l'aide sociale à l'enfance du département des Hauts-de-Seine, qui a par la suite renouvelé cette prise en charge jusqu'au 31 octobre 2022. Le 1er mars 2022, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 juin 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A demande notamment l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur le non-lieu à statuer :
4. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi ; il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.
5. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'enregistrement de la requête, le préfet des Hauts-de-Seine a délivré au requérant une autorisation provisoire de séjour le 22 août 2022 valable jusqu'au 21 février 2023. Ce document a implicitement, mais nécessairement, abrogé l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour sur le territoire français prononcées par l'arrêté du 13 juin 2022. Dès lors que cette décision n'a reçu aucun commencement d'exécution et que son abrogation est devenue définitive, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à son annulation. En revanche, les conclusions dirigées contre cet arrêté en tant qu'il rejette la demande de titre de séjour de M. A conservent leur objet.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
6. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".
7. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'il a portée.
8. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour refuser la demande de délivrance d'un titre de séjour présentée par M. A sur le fondement des dispositions précitées, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur le fait que, lorsqu'il a présenté sa demande, l'intéressé était âgé de 19 ans et quatre jours, et que, n'étant ainsi plus dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, il ne remplissait pas les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A produit toutefois un courriel d'une évaluatrice - référente parcours jeunes - du département des Hauts-de-Seine en date du 27 avril 2022 lui indiquant que la préfecture lui a " enfin " fixé un rendez-vous le 12 mai 2022 pour déposer sa demande de titre de séjour, ainsi qu'un courriel d'un cadre d'appui de la cellule mineur non accompagné du département des Hauts-de-Seine en date du 22 avril 2022 adressé aux services de la préfecture leur indiquant que M. A n'a jamais été convoqué en vue du dépôt de sa première demande de titre de séjour et demandant, en urgence, qu'un rendez-vous lui soit fixé avant la date de son dix-neuvième anniversaire, le 9 mai 2022. Par ailleurs, il ressort des termes de l'arrêté contesté que l'intéressé a demandé en date du 1er mars 2022 son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement du même article. Dans ces conditions, alors que les services de la préfecture reconnaissent avoir été sollicités, deux mois avant la date de son dix-neuvième anniversaire pour qu'un rendez-vous lui soit fixé afin de déposer sa demande de titre de séjour avant cette date, et que le préfet des Hauts-de-Seine ne fait état d'aucune circonstance qui, le 27 avril 2022 lorsqu'il a fixé la date du rendez-vous, aurait rendu impossible l'octroi d'un rendez-vous avant le 9 mai suivant, l'intéressé doit être regardé comme ayant effectué les diligences nécessaires pour déposer sa requête dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire. Par suite, M. A est fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que sa demande avait été présentée tardivement.
9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 juin 2022, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
10. Compte tenu du motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de deux mois et, dans l'attente de la délivrance de ce titre, une autorisation provisoire de séjour et de travail dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. M. A a été admis au point 3 du présent jugement, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Seze, conseil de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Seze de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.
D É C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur l'arrêté du 13 juin 2022, en tant qu'il oblige M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixe son pays de renvoi et prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Article 3 : L'arrêté du 13 juin 2022 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé en tant qu'il rejette la demande de titre de séjour de M. A.
Article 4 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer un titre de séjour à M. A, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et une autorisation provisoire de séjour et de travail, dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Seze renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, l'État versera à Me Seze, avocat de M. A, la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Seze et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 24 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
M. Robert, premier conseiller,
M. Dupin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.
Le président-rapporteur,
signé
T. BertonciniL'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
signé
D. RobertLa greffière,
signé
M. B
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2210463
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026