Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210571
vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2210571 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | PACHECO |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2022, M. A, représenté par Me Pacheco, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 16 juin 2022, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Montrouge a refusé de rétablir à son égard le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de le rétablir rétroactivement dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ou à lui-même en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 20.1 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, dès lors qu'il n'a commis aucun manquement aux exigences des autorités chargées de l'asile ; en tout état de cause, à supposer qu'il ait manqué un rendez-vous, cette absence isolée n'entre pas dans l'hypothèse visée au 9° de l'article L. 751-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 551-16, L. 522-1, L. 522-8 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de sa vulnérabilité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2022, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une décision en date du 9 mai 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu :
- l'ordonnance n° 2210561 du 12 août 2022 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant gambien, a présenté une demande d'asile le 26 septembre 2019 et a alors bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Le 25 octobre 2019, il a fait l'objet d'un arrêté de transfert vers l'Allemagne, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile, transfert auquel il n'a pas déféré. Par une décision du 29 septembre 2020, la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge a suspendu à son égard le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. Le 15 avril 2022, sa demande d'asile a été enregistrée en procédure accélérée par les services de la préfecture des Hauts-de-Seine. Il a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil, demande qui a été rejetée par une décision du 16 juin 2022 de la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.
2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () 3° Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête ; () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; () / 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. () ".
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Par une décision du 9 mai 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, les conclusions du requérant tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 et l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle que les conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. A ont été suspendues au motif que l'intéressé n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile et relève que les motifs qu'il a présentés ne permettent pas de justifier des raisons pour lesquelles il s'est soustrait à ses obligations. Elle ajoute qu'un examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale effectué n'a pas fait apparaître de motifs de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Ainsi, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée, peu importe à cet égard le bien-fondé des motifs retenus par l'administration. Par suite, le moyen tiré de ce qu'elle serait insuffisamment motivée est manifestement infondé.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ".
6. Il ressort clairement des pièces produites par l'OFII en défense que M. A, qui, du reste, a, par écrit, expressément refusé son transfert aux autorités allemandes, ne s'est pas présenté le 20 janvier 2020 à un rendez-vous à la préfecture des Hauts-de-Seine dans le cadre de cette procédure de transfert, et ce alors qu'il est constant qu'il a été avisé, dans une langue qu'il comprend, des conséquences d'une telle absence, notamment en ce qui concerne les conditions matérielles d'accueil. Par ailleurs, il n'apporte aucun motif pour justifier ce manquement. Dans ces conditions, en se bornant à des dénégations de principe exposées en termes très généraux, M. A n'invoque aucun fait manifestement susceptible de venir au soutien du moyen tiré de la méconnaissance du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 20 de la directive du 26 juin 2013. Ce moyen ne peut donc qu'être écarté.
7. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 751-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a trait aux mesures applicables par l'autorité préfectorale en vue de l'exécution d'une décision de transfert, est inopérant dans le présent litige.
8. En dernier lieu, si M. A fait valoir qu'il présente une vulnérabilité particulière, il se borne, à cet égard, à des propos généraux dépourvus d'éléments circonstanciés. Dans ces conditions, l'intéressé n'apporte manifestement pas de précisions au soutien de l'allégation selon laquelle l'administration n'aurait pas tenu compte de sa vulnérabilité et ce, alors qu'il a fait l'objet d'un entretien de vulnérabilité le 15 avril 2022.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire de M. A.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Pacheco, conseil de M. A, et au directeur général de l'OFII.
Fait à Cergy-Pontoise, le 25 octobre 2024.
Le président de la 2ème chambre,
signé
C. Huon
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.