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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2210603

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210603

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2210603
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMAGDELAINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 juillet 2022 et le 13 octobre 2022, Mme A C, représentée par Me Magdelaine puis par Me Maillet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 13 juillet 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire, ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de condamner l'Etat aux dépens de l'instance ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant des moyens communs dirigés contre les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;

- elle méconnaissent les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont à cet égard entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont à cet égard entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles ont été prises en méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière à défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait les stipulations des articles 9 et 16 de la convention internationale des droits de l'enfant et les alinéas 10 et 11 du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946.

Par une ordonnance du 24 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 novembre 2022 à 12 heures.

Un mémoire en défense a été enregistré pour le préfet du Val-d'Oise le 1er décembre 2022. Il n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Mali sur la circulation et le séjour des personnes, signée à Bamako le 26 septembre 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante malienne née le 14 mai 1991, est entrée en France le 1er mars 2016 sous couvert d'un visa long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant ". Elle a été ultérieurement munie d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable du 17 juillet 2017 au 28 février 2018. Le 30 novembre 2021, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 13 juillet 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de faire droit à cette demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de refuser d'admettre au séjour un ressortissant étranger en situation irrégulière et de procéder à son éloignement d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels ces décisions seraient prises. La circonstance que l'étranger relèverait, à la date de cet examen, des catégories ouvrant droit au regroupement familial ne saurait, par elle-même, intervenir dans l'appréciation portée par l'administration sur la gravité de l'atteinte à la situation de l'intéressé. Cette dernière peut en revanche tenir compte le cas échéant, au titre des buts poursuivis par ces mesures, de ce que le ressortissant étranger en cause ne pouvait légalement entrer en France pour y séjourner qu'au seul bénéfice du regroupement familial et qu'il n'a pas respecté cette procédure.

4. Il est constant que Mme C, qui est entrée régulièrement en France le 1er mars 2016, y réside, à la date des décisions attaquées, avec son époux, ressortissant malien titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2025, et leurs deux enfants nés en 2017 et 2018 en France.

5. D'une part, si le préfet a retenu dans l'arrêté attaqué que la présence de l'intéressée sur le territoire en 2019 n'était pas avérée, il n'est pas contesté qu'elle y a résidé de manière continue entre 2016 et 2018 puis depuis 2020. En tout état de cause, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, qui ne fait pas état d'une nouvelle entrée en France en 2020, ni d'aucune autre pièce du dossier, que Mme C serait effectivement retournée au Mali en 2019, alors même que le préfet a relevé, de manière contradictoire, qu'elle n'avait pas mis à exécution une précédente mesure d'éloignement du 10 mars 2018 et qu'un tel voyage aurait été matériellement difficile eu égard au très jeune âge de ses enfants en 2019.

6. D'autre part, si le préfet s'est fondé, pour refuser d'admettre au séjour Mme C, sur le fait que son conjoint, avec lequel elle est mariée depuis 2013, peut demander l'introduction de son épouse au titre du regroupement familial, cette circonstance est, ainsi qu'il a été dit au point 3, sans incidence sur la gravité de l'atteinte portée à la vie privée et familiale. Au demeurant, il est constant que Mme C est entrée régulièrement en France en qualité d'étudiante et n'a donc pas contourné la procédure de regroupement familial pour séjourner sur le territoire français. Dans ces conditions, et eu égard à l'ancienneté de son séjour en France, à la régularité du séjour de son conjoint titulaire d'une carte de résident et aux enfants nés en France qui composent sa cellule familiale, et alors même que Mme C se serait soustraite à une précédente mesure d'éloignement, le préfet, en refusant de l'admettre au séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français, a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et a ainsi méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et, par voie de conséquence, de la décision fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de Mme C, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de la munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour. A ce stade, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les dépens de l'instance :

9. Les parties n'ont exposé aucun dépens dans la présente instance. Par suite, les conclusions présentées par Mme C sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Les décisions du préfet du Val-d'Oise du 13 juillet 2022 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à Mme C une carte temporaire de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de la munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Mme C la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la requête de Mme C sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente,

Mme D et M. Sitbon, conseillers,

Assistés de Mme Ricaud, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

J. B

La présidente,

Signé

C. Oriol La greffière,

Signé

V. Ricaud

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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