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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2210874

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210874

vendredi 26 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2210874
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGUELTAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 3 et 17 août 2022, M. A B, représenté par Me Gueltas, avocate désignée d'office, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a décidé son transfert aux autorités autrichiennes en tant que responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait été définitivement statué sur sa demande d'asile, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Gueltas en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas formellement demandé l'asile en Autriche ;

- sa mauvaise maîtrise de la langue française ne lui a pas permis d'expliquer clairement les raisons pour lesquelles il sollicite l'asile ;

- il a entamé une relation avec une jeune fille avec laquelle il projette de se marier ;

- à défaut de lui avoir été traduite dans une langue qu'il comprend, l'arrêté attaqué ne lui a été pas été régulièrement notifié et ne lui est donc pas opposable en application de l'article

L. 221-8 du code des relations entre le public et l'administration.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 août 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et transmet les pièces constitutives du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Riedinger, magistrate désignée ;

- les observations de Me Gueltas, avocate désignée d'office, qui reprend les conclusions et moyens développés dans les écritures et ajoute que l'arrêté attaqué n'a pas été notifié à

M. B dans les conditions prévues à l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les observations de M. B, assisté de Mme C, interprète en langue ourdou ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant pakistanais né le 1er mars 1999, est entré irrégulièrement sur le territoire français et a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine le 17 juin 2022. La consultation du fichier Eurodac a fait apparaître que, préalablement à cette demande, l'intéressé avait sollicité l'asile en Autriche. Consécutivement à leur saisine le 6 juillet 2022, les autorités autrichiennes ont explicitement accepté de reprendre en charge l'intéressé, le 7 juillet 2022. Par un arrêté du 20 juillet 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a décidé de transférer l'intéressé aux autorités autrichiennes.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".

3. D'une part, aucun élément du dossier ne permet d'établir que l'entretien individuel prévu par les dispositions citées au point précédent n'aurait pas eu lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. D'autre part, il ne ressort d'aucun principe ni d'aucune disposition que l'identité de l'agent ayant mené l'entretien doive être mentionnée sur le résumé de l'entretien. En outre, le requérant, en faisant valoir que le tampon apposé sur le résumé est illisible, ne conteste pas sérieusement que l'entretien s'est déroulé au sein de la préfecture des Hauts-de-Seine, comme cela est d'ailleurs mentionné dans le résumé qu'il a lui-même signé. Enfin, en vertu de l'arrêté du 10 mai 2019 désignant les préfets compétents pour enregistrer les demandes d'asile et déterminer l'État responsable de leur traitement, le préfet des Hauts-de-Seine était compétent pour enregistrer la demande d'asile de M. B et procéder à la détermination de l'État membre responsable de l'examen de cette demande. Dans ces conditions, les agents de la préfecture des Hauts-de-Seine qui reçoivent les étrangers doivent être regardés comme ayant la qualité, au sens des dispositions mentionnées au point précédent, de " personne qualifiée en vertu du droit national " pour mener l'entretien individuel, sans qu'il soit nécessaire de connaître leur identité. Au demeurant, le résumé de l'entretien individuel mentionne que celui-ci a été " conduit par un agent qualifié de la préfecture des Hauts-de-Seine ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013 doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute personne a le droit de connaître le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administratives de l'agent chargé d'instruire sa demande ou de traiter l'affaire qui la concerne; ces éléments figurent sur les correspondances qui lui sont adressées. Si des motifs intéressant la sécurité publique ou la sécurité des personnes le justifient, l'anonymat de l'agent est respecté ".

5. Ces dispositions qui garantissent à toute personne, dans ses relations avec une autorité administrative, le droit de connaître le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administratives de l'agent chargé d'instruire sa demande ou de traiter l'affaire qui la concerne, sont applicables à toutes les procédures dans le cadre desquelles un agent est chargé du traitement d'une affaire. Toutefois, la méconnaissance de ces dispositions est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision prise, au terme de la procédure, par l'autorité administrative compétente. M. B ne peut donc utilement se prévaloir de la circonstance que les prénom, nom et qualité de l'agent ayant conduit l'entretien n'ont pas été portés à sa connaissance.

6. En troisième lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour estimer que l'examen de sa demande de protection internationale relevait de la responsabilité des autorités autrichiennes. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a sollicité l'asile auprès des autorités autrichiennes le 7 juin 2022. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur de fait en fondant son arrêté sur cette circonstance, à le supposer soulevé, doit donc être écarté.

8. En cinquième lieu, dès lors que l'arrêté attaqué n'emporte pas le rejet de sa demande d'asile mais a seulement pour objet son transfert auprès des autorités autrichiennes, responsables de l'examen de cette demande, M. B ne peut utilement faire valoir qu'il n'a pas été en mesure d'exposer les raisons pour lesquelles il sollicite l'asile.

9. En sixième lieu, en soutenant qu'il a entamé une relation avec une jeune fille, M. B doit être regardé comme faisant valoir que l'examen de sa demande d'asile doit être effectué en France, au titre du droit souverain des autorités françaises d'accorder l'asile sur leur territoire, y compris lorsque cet examen relève de la compétence d'un autre Etat, eu égard à sa situation personnelle, par l'application de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Toutefois, il n'apporte aucun élément de nature à étayer ses allégations. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Toute décision de transfert () mentionne les voies et délais de recours ainsi que le droit d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. Lorsque l'intéressé n'est pas assisté d'un conseil, les principaux éléments de la décision lui sont communiqués dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend ". Aux termes de l'article L. 221-8 du code des relations entre le public et l'administration : " Sauf dispositions législatives ou réglementaires contraires ou instituant d'autres formalités préalables, une décision individuelle expresse est opposable à la personne qui en fait l'objet au moment où elle est notifiée ".

11. M. B ne peut utilement soutenir que les principaux éléments de l'arrêté attaqué ne lui ont pas été communiqués dans une langue qu'il comprend dès lors que les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés à l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 août 2022.

La magistrate désignée,

signé

V. DLe greffier,

signé

M. E

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2210874

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