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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2210930

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210930

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2210930
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 août 2022, M. B A, représenté par Me David, avocat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision, en date du 29 mars 2021, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a prononcé la suspension de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de reprendre le versement de ses conditions matérielles d'accueil à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 2 400 euros à verser, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à Me David.

M. A soutient que la décision contestée :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- est intervenue sans que l'Office français de l'immigration et de l'intégration procède préalablement à l'examen de sa vulnérabilité ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il se trouve dans une situation de particulière vulnérabilité ;

- porte atteinte au droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle est incompatible avec les objectifs définis par la directive 2013/33/UE.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par M. A n'est fondé.

Par une décision en date du 25 janvier 2022, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Versailles a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, demandeur d'asile de nationalité soudanaise, conteste la décision, en date du 29 mars 2021, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a prononcé la suspension de ses conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / 1° À l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil () ".

3. La décision dont l'annulation est demandée comporte l'énoncé des considérations de droit - notamment le visa de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile - et de fait - la circonstance que M. A a refusé une orientation vers une région de résidence - qui en constituent le fondement et est donc suffisamment motivée.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge n'aurait pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la situation du requérant avant de prendre la décision contestée.

5. Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision contestée : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. / Lors de l'entretien, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale () ".

6. Lorsqu'il prononce une décision de suspension des conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas tenu de procéder d'office à un nouvel entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité avec le demandeur d'asile. En vertu de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont le premier alinéa a été repris à compter du 1er mai 2021, par l'article L. 522-1 du même code, c'est lors du premier enregistrement de sa demande d'asile, que le demandeur d'asile doit bénéficier d'un tel entretien. Il ressort des pièces jointes au mémoire en défense que, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique, le 17 février 2022, M. A a pu bénéficier d'un entretien personnel au cours duquel sa situation a été évaluée. À cette occasion, il a indiqué, comme l'établit la fiche d'évaluation jointe au mémoire en défense qu'il était malade sans autre précision, mais le requérant, au vu du même document, n'a pas remis de documents médicaux et aucun certificat médical vierge pour avis " Medzo " ne lui a été remis. Si M. A soutient qu'il " a souffert d'une grande situation de détresse psychologique et affective du fait de son parcours d'exil, ne disposant plus d'hébergement à compter du 29 mars 2021, isolé avec une famille à charge ", il n'a joint à sa requête aucun document médical. En outre, ni la décision contestée ni les pièces versées au dossier ne permettent de tenir pour établi que le requérant a une famille à charge sur le territoire français. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait intervenue sur une procédure irrégulière ou qu'il n'aurait pas été procédé à l'évaluation de sa vulnérabilité avant l'intervention de la décision contestée.

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A, qui né le 1er mai 2023, se trouvait lorsque la décision attaquée a été prise dans une situation d'une particulière vulnérabilité. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge aurait, en prenant la décision attaquée, commis une erreur d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle du requérant, doit être écarté.

8. Alors même que sa demande d'asile a été enregistrée le 17 février 2021 en " procédure normale ", M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée " porte atteinte au droit d'asile ".

9. Le moyen tiré de l'incompatibilité de la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil en date du 29 mars 2021 avec les objectifs définis par la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale n'est pas assorti des précisions qui permettraient d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, les dispositions du 1° de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement desquelles la décision attaquée a été prise, ne sont pas incompatibles avec les objectifs poursuivis par la directive du 26 juin 2013, dont l'article 20 autorise une limitation des conditions matérielles d'accueil pouvant aller jusqu'à leur retrait.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête de M. A ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

12. Les dispositions législatives visées ci-dessus font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me David et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.

Le rapporteur,

signé

K. KELFANI

La conseillère,

signé

M. LOUAZEL

Le greffier,

signé

D. HAUDE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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