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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2211187

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2211187

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2211187
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMAILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 août et le 8 septembre 2022, M. B, représenté par Me Maillet, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit à l'issue de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour temporaire, ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la somme de l'Etat 1 800 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- L'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ; que cet arrêté est en tout état de cause illégal du fait de l'illégalité de l'arrêté de délégation de signature du préfet ;

- Il est insuffisamment motivé et révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- Il est dépourvu de base légale ;

- Il méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- Il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- Il est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L.542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- Il est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L.431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- L'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;

- Il est insuffisamment motivé ;

- Il est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine à communiqué les pièces du dossier

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C, premier vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 octobre 2022 :

- le rapport de M. Beaufaÿs, magistrat désigné ;

- les observations de Me Maillet, avocat désigné d'office représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre qu'il n'y avait pas de délégation de signature auprès de l'auteur de l'arrêté litigieux et que celui-ci a été pris par une autorité incompétente à ce titre, il ajoute qu'il y a une erreur de droit en ce que la demande d'asile du requérant est pendante devant la Cour nationale du droit d'asile.

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bangladais né le 7 novembre 1991, est entré sur le territoire français le 20 août 2019, et a sollicité l'asile, le 3 septembre 2019, auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) qui a rejeté sa première demande par décision du 4 février 2021, rejet confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 1er décembre 2021. L'intéressé ayant sollicité le réexamen de sa demande d'asile, s'est vu rejeter sa demande pour irrecevabilité par une décision de l'OFPRA du 15 avril 2022. Il a formé, le 23 mai 2022, un recours contre cette dernière décision toujours pendant devant la CNDA. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 8 août 2022, notifié le 8 août 2022, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être reconduit.

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, par arrêté n° PCI-2022-0036 du 14 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 15 avril 2022 de la préfecture des Hauts-de-Seine, le préfet des Hauts-de-Seine a donné à Mme D A, responsable asile, délégation de signature aux fins de signer notamment la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence dont serait entachée la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, qui n'avaient pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, visent les textes dont il est fait application et mentionnent les faits qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres éléments du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen circonstancié de la situation personnelle de M. B.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Selon les dispositions de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / () 2° Lorsque le demandeur : / () b/ a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'Office en application du 4° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ".

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et en particulier des mentions de la fiche concernant le requérant issue du système d'information des étrangers " Telemofpra " produites par le préfet des Hauts-de-Seine en défense, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, que M. B a présenté une première demande de réexamen de sa demande d'asile le 18 février 2022 qui a été rejetée pour irrecevabilité par l'OFPRA le 15 avril 2022 et que cette décision a été confirmée par la CNDA par décision du 2 août 2022, notifiée le 10 août 2022. Dès lors, à la date de la décision attaquée, le requérant ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire. Par suite, le préfet pouvait, pour ce motif et sans commettre d'erreur de droit, faire obligation à M. B de quitter le territoire. Pour le même motif la décision attaquée n'est pas dépourvue de base légale.

7. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Ces dispositions font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de destination d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire qu'il s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'État de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.

8. Le requérant soutient qu'il craint de subir des persécutions en cas de retour dans son pays. Toutefois, alors que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 4 février 2021 confirmée par une décision de la CNDA du 1er décembre 2021, et que sa demande de réexamen a été rejetée par l'office le 15 avril 2022, le requérant, qui ne produit aucune pièce ni aucun autre élément à l'appui de ses allégations, ne démontre pas la réalité des risques actuels et personnels auxquels il serait directement exposé en cas de retour au Bangladesh. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. M. B, ne conteste pas les termes de l'arrêté attaqué selon lesquels il est entré en France le 20 août 2019, qu'il est célibataire et sans enfants à charge. Dans ces conditions, et dès lors en outre qu'il ne justifie d'aucune intégration particulière en France, il n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour ".

12. La circonstance, à la supposer avérée, que l'administration n'ait pas délivré à M. B l'information prévue par les dispositions précitées de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui se bornent à encadrer la possibilité pour les demandeurs d'asile de déposer des demandes d'admission au séjour à un autre titre, est sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement prise sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la méconnaissance de ces dispositions, a seulement pour conséquence de rendre inopposable aux demandeurs d'asile, lorsqu'ils n'ont pas été régulièrement informés, le délai pour demander un titre de séjour sur un autre fondement que l'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

13. Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

14. En l'espèce, pour justifier l'adoption de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. B pendant une durée d'un an, le préfet des Hauts-de-Seine a visé les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et a tenu compte de ce que le requérant est entré irrégulièrement et qu'il ne démontre pas l'intensité de ses liens avec la France. Par ailleurs, la décision en litige mentionne que M. B n'atteste pas de circonstances humanitaires qui justifieraient que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. Le préfet des Hauts-de-Seine a ainsi pris en compte les critères énoncés par les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a indiqué les considérations de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de droit doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais du litige, sans qu'il y ait lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

D E C I D E :

Article 1er : M. E B n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. E B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendue publique pat mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

F. C Le greffier,

signé

K. Dieng

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0

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