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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2211192

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2211192

mercredi 12 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2211192
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBAMBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 août 2022 et complété par un mémoire complémentaire en date du 27 septembre 2022, Mme E C, représenté par Me Bamba, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de 1 an, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1300 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Mme E C soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- la décision contestée est dénuée de base légale ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet ne verse pas au dossier les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile lui refusant la reconnaissance de la qualité de réfugié, qui en constituent le fondement ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 septembre 2022 :

- le rapport de M. F B,

- les observations de Me Bamba, avocate désignée d'office représentant Mme E C, assisté de Mme A, interprète en langue bengali, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que Mme C est enceinte et invoque l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- les observations de Mme C,

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante bangladaise né le 9 mars 1994, est entrée sur le territoire français le 15 novembre 2019, selon ses déclarations, et a sollicité, le 6 décembre 2019, son admission au séjour au titre des dispositions des articles L. 521-1 et L. 531-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 juillet 2022, dont Mme E C demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de délivrer un titre de séjour à l'intéressé, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de 1 an, en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui le fondent. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des mentions de l'arrêté litigieux que la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige, la décision fixant le pays de renvoi ainsi que l'interdiction de revenir sur le territoire français pendant 1 an sont explicitement fondées respectivement sur les dispositions L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment et sur l'article L. 612-10 du même code. Dès lors, et contrairement ce qui est soutenu, la décision litigieuse n'est pas dépourvue de base légale.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4o La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

5. Ainsi qu'il a été dit au point 2, il ressort des mentions de l'arrêté en litige que la décision portant obligation de quitter le territoire français a pour fondement les dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permettent à l'autorité administrative d'obliger un étranger à quitter le territoire français lorsque la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été définitivement refusé ou lorsqu'il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-1 du même code. A cet égard, il ressort des pièces du dossier, en particulier du relevé d'information de la base de données " Telemofpra " produit par le préfet en défense que la demande d'asile déposée par l'intéressée a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 9 mars 2021 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 30 mars 2022. En se bornant à faire valoir que le préfet ne produit pas ces décisions, la requérante n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause la teneur de informations contenues dans le fichier précité, qui font foi jusqu'à preuve du contraire. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige a été prise en méconnaissance du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si Mme C, qui est entrée en France en 2019, à l'âge de 25 ans dit avoir noué une relation en France avec un ressortissant bangladais bénéficiant d'une carte de résident de 10 ans et être enceinte de ses œuvres, elle ne l'établit pas par les pièces produites au dossier. Mme C a d'ailleurs déclaré lors de son audition par les services de police n'avoir aucune famille en France. Par ailleurs, ni le titre de séjour du concubin de Mme C qu'elle verse aux débats, ni la carte vitale de celui-ci ne sont de nature à établir qu'elle y aurait désormais fixé le centre de ses intérêts privés. Par suite, eu égard à la présence récente de Mme C en France et à l'absence de toute attache familiale sur le territoire, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de la décision attaquée et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

8. Aux termes du second alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". L'article 3 de cette convention stipule que " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Si Mme C soutient être l'objet de menaces de la part d'ennemis dans son pays d'origine, l'intéressée ne produit aucune pièce probante à l'appui de ses allégations et n'établit pas qu'elle ne pourrait être protégée par les autorités du pays dont elle est ressortissante contre les persécutions qu'elle allègue. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet des Hauts-de-Seine a pris la décision contestée en considération de la durée de séjour en France de l'intéressé et de son absence de liens sur le territoire français. Par ailleurs, Mme C ne conteste pas les mentions de la décision attaquée selon lesquels elle est sans enfants et que ses attaches sur le territoire français ne sont pas intenses. Si Mme C allègue être enceinte et vivre en concubinage, elle n'en apporte pas la preuve. Dans ces conditions, elle n'établit pas que l'interdiction de retour sur le territoire français qui lui est opposé porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Au regard de ces circonstances, et alors même que la requérante n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas méconnu les dispositions précitées en interdisant à l'intéressée de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 20 juillet 2022 doivent être rejetées sans qu'il soit besoin de se prononcer sur sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle, celles relatives aux frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 12 octobre 202Le Président,

signé

J-P. B La greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2211192

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