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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2211193

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2211193

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2211193
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantMALIK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 11 et 24 août 2022, M. A B, représenté par Me Malik, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande tendant à la levée de l'interdiction de retour sur le territoire français dont il fait l'objet et à l'effacement de son signalement, pour ce motif, au sein du fichier " Système d'information Schengen " ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou, le cas échéant, au ministre de l'intérieur de lui indiquer par écrit s'il fait l'objet d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français ainsi que d'un signalement au sein du fichier " Système d'information Schengen " et, dans l'affirmative, de procéder au retrait de cette mesure d'interdiction ainsi qu'à l'effacement de ce signalement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles 21 et 67 du règlement (UE) n° 2018/1862 du 28 novembre 2018 ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 mars 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- l'ordonnance n° 2211184 du 29 août 2022 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Weiswald a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant pakistanais né le 1er janvier 1996, est entré en France en mars 2017 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 25 juin 2018, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 17 avril 2019. Par un arrêté du 27 mai 2021, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour. Par un courrier du 30 mai 2022, dont il a été accusé réception le 9 juin suivant, M. B, qui réside depuis 2019 en Espagne où il a obtenu un titre de séjour, a saisi le préfet des Hauts-de-Seine d'une demande tendant à la levée de la mesure d'interdiction de retour prononcée à son encontre et à l'effacement de son signalement au sein du système d'information Schengen. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande.

2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B, qui n'a pas contesté la légalité de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 27 mai 2021 l'obligeant à quitter le territoire français, aurait exécuté cette décision dans les conditions fixées aux articles R. 711-1 et R. 711-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il n'est pas fondé à se prévaloir de la méconnaissance des dispositions des articles 21 et 67 du règlement (UE) n° 2018/1862 du 28 novembre 2018 relatives à la proportionnalité des mesures de signalement au sein du système d'information Schengen ainsi qu'au droit d'accès, de rectification des données inexactes et d'effacement de données conservées de manière illicite.

3. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

4. M. B soutient qu'il a quitté la France pour s'établir en Espagne à la fin de l'année 2019 où il s'est vu délivrer un titre de séjour en raison de son union avec une ressortissante espagnole dont il attend un enfant et fait valoir que la décision en litige fait obstacle à ce qu'il voyage hors de la zone Schengen notamment vers le Pakistan où réside son père malade. Toutefois, si l'intéressé, qui, ainsi qu'il a été dit au point 2, n'a pas exécuté l'arrêté du 27 mai 2021 portant obligation de quitter le territoire français dans les conditions fixées aux articles R. 711-1 et R. 711-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, produit un certificat médical daté du 3 mai 2022 indiquant que son père a été hospitalisé pour une opération cardiaque et qu'une seconde opération est prévue prochainement, ce seul élément n'est pas de nature à établir qu'en édictant la décision litigieuse, le préfet des Hauts-de-Seine aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a, par suite, pas méconnu les stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette mesure sur sa situation personnelle doit être également écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite du préfet des Hauts-de-Seine du 9 août 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. C et M. Weiswald, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

Le rapporteur,

signé

J.-B. Weiswald

Le président,

signé

R. FéralLa greffière,

signé

N. Magen

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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