jeudi 26 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2211222 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | MCDERMOTT WILL ET EMERY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 26 juillet 2022 et le 27 novembre 2022, et un mémoire récapitulatif enregistré le 19 juillet 2023, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 mai 2021 par laquelle l'inspecteur du travail a autorisé son licenciement pour motif économique ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre du travail, du plein emploi, et de l'insertion a rejeté son recours hiérarchique.
Il soutient que :
- la société BBDO n'étant pas son véritable employeur, il se trouvait dans une situation de co-emploi ;
- le motif économique du licenciement n'est pas établi ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que, s'agissant d'un licenciement pour cessation d'activité, la cause économique doit s'apprécier au niveau de l'entreprise et non pas du secteur d'activité ;
- la recherche de reclassement n'est pas loyale et sérieuse, en raison de l'absence d'offre précise, concrète et individualisée.
La requête a été communiquée au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par des mémoires enregistrés les 24 octobre 2022, le 29 mars 2023 et le 20 juillet 2023, la société BBDO Paris, représentée par Me Maazouz, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête de M. B est tardive ;
- les autres moyens ne sont pas fondés.
Un mémoire a été produit pour la société BBDO le 24 août 2023 et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bourragué, rapporteur,
- les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public,
- et les observations de Me Mereaux , représentant la société BBDO.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a été recruté par la société BBDO Paris en contrat à durée indéterminée à compter du 5 avril 2006 et occupait le poste d'expert en digital. Il exerçait le mandat de membre élu suppléant au comité économique et social de l'entreprise (CSE). Par une demande du 2 avril 2021, reçue le 6 avril 2021, la société BBDO Paris a sollicité de l'inspection du travail l'autorisation de licencier M. B pour motif économique. Par une décision du 17 mai 2021, l'inspecteur du travail a autorisé son licenciement. Le requérant a formé un recours hiérarchique contre cette décision le 15 juillet 2021, rejeté implicitement par le ministre du travail. M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1233-3 du code du travail : " Constitue un licenciement pour motif économique le licenciement effectué par un employeur pour un ou plusieurs motifs non inhérents à la personne du salarié résultant d'une suppression ou transformation d'emploi ou d'une modification, refusée par le salarié, d'un élément essentiel du contrat de travail, consécutives notamment : () / 4° A la cessation d'activité de l'entreprise. / La matérialité de la suppression, de la transformation d'emploi ou de la modification d'un élément essentiel du contrat de travail s'apprécie au niveau de l'entreprise () ".
3. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande d'autorisation de licenciement présentée par l'employeur est fondée sur un motif de caractère économique, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si la situation de l'entreprise justifie le licenciement du salarié. A ce titre, lorsque la demande est fondée sur la cessation d'activité de l'entreprise, celle-ci n'a pas à être justifiée par l'existence de mutations technologiques, de difficultés économiques ou de menaces pesant sur la compétitivité de l'entreprise. Il appartient alors à l'autorité administrative de contrôler, outre le respect des exigences procédurales légales et des garanties conventionnelles, que la cessation d'activité de l'entreprise est totale et définitive, que l'employeur a satisfait, le cas échéant, à l'obligation de reclassement prévue par le code du travail et que la demande ne présente pas de caractère discriminatoire. Lorsque l'entreprise appartient à un groupe, la seule circonstance que d'autres entreprises du groupe aient poursuivi une activité de même nature ne fait pas, par elle-même, obstacle à ce que la cessation d'activité de l'entreprise soit regardée comme totale et définitive.
4. M. B soutient que l'inspecteur du travail a analysé la réalité du motif économique au regard de la sauvegarde de la compétitivité de l'entreprise au niveau de son secteur d'activité, et non au niveau de l'entreprise, et qu'ainsi le périmètre d'appréciation de la cause du motif économique retenu par l'inspecteur du travail ne serait pas pertinent. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'inspecteur du travail a analysé, dans sa décision, le processus ayant conduit la société BBDO à mettre en place un plan de sauvegarde de l'emploi, homologué par la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi le 27 janvier 2021, lequel a débouché sur le licenciement pour cause de cessation d'activité des cinquante-six salariés de la société. L'inspecteur du travail s'est ainsi fondé sur la cessation d'activité de l'entreprise, laquelle constituait tout à la fois le motif de la demande de licenciement de M. B et le motif inscrit sur la notification dudit licenciement. Par ailleurs, il est constant que la société BBDO Paris a cessé totalement et définitivement son activité, la circonstance qu'elle dispose d'une mention Kbis active n'étant pas de nature à établir la continuité de ses activités. Enfin, il n'incombe pas au ministre du travail d'apprécier le contexte économique ni l'éventuelle légèreté de l'entreprise, mais uniquement de se prononcer sur le caractère définitif de la cessation d'activité.
5. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation qu'aurait commises le ministre du travail en appréciant la réalité du motif économique invoqué doivent être écartés.
6. En deuxième lieu, compte tenu de de la réalité de la cessation de l'activité, qui constitue un motif économique autonome, l'inspecteur du travail a, sans entacher sa décision d'un défaut d'examen réel et sérieux, porté son contrôle sur la réalité du motif économique, à la date à laquelle il s'est prononcé, quand bien même il n'a pas mentionné une situation de co-emploi alléguée par le requérant et tirée de l'immixtion de la société mère dans la gestion de la société qui l'employait. A cet égard, le requérant n'établit pas, par les pièces versées au dossier, qu'il aurait été concerné par une telle situation. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 1233-4 du code du travail, dans sa rédaction alors applicable : " Le licenciement pour motif économique d'un salarié ne peut intervenir que lorsque tous les efforts de formation et d'adaptation ont été réalisés et que le reclassement de l'intéressé ne peut être opéré dans l'entreprise ou dans les entreprises du groupe auquel l'entreprise appartient. / Le reclassement du salarié s'effectue sur un emploi relevant de la même catégorie que celui qu'il occupe ou sur un emploi équivalent assorti d'une rémunération équivalente. A défaut, et sous réserve de l'accord exprès du salarié, le reclassement s'effectue sur un emploi d'une catégorie inférieure. / Les offres de reclassement proposées au salarié sont écrites et précises ".L'article D. 1233-2-1 du même code prévoit que : " I.- Pour l'application de l'article L. 1233-4, l'employeur adresse des offres de reclassement de manière personnalisée ou communique la liste des offres disponibles aux salariés, et le cas échéant l'actualisation de celle-ci, par tout moyen permettant de conférer date certaine. (). ".
8. Pour apprécier si l'employeur a satisfait à son obligation en matière de reclassement, l'autorité administrative doit s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qu'il a procédé à une recherche sérieuse des possibilités de reclassement du salarié, au sein de l'entreprise puis dans les entreprises du groupe auquel elle appartient, ce dernier étant entendu comme comportant les entreprises dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation permettent, en raison des relations qui existent avec elles, d'y effectuer la permutation de tout ou partie de son personnel. L'employeur doit s'efforcer de proposer au salarié des offres de reclassement écrites, précises et personnalisées, portant, si possible, sur un emploi équivalent. Le contexte d'une cessation d'activité de l'entreprise ne dispense pas l'employeur de l'obligation qui lui incombe de rechercher des offres personnalisées de reclassement pour le salarié au sein du groupe.
9. M. B soutient que son employeur a été déloyal dans la mise en œuvre du reclassement, qu'il n'a pas remis d'offres personnalisées correspondantes à son profil, son expérience et ses compétences, et que ses candidatures sur deux postes ont été rejetées. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la société BBDO Paris a diffusé, dès le 2 octobre 2020, une liste de tous les postes disponibles à l'ensemble des salariés. Au total, la société a diffusé sept listes comprenant cent-cinq postes internes au groupe, ainsi que des postes en dehors du groupe. Dix de ces postes ont été plus particulièrement signalé au requérant par la société BBDO comme susceptibles de faire l'objet d'un accompagnement spécifique. Les propositions de postes étaient fermes, écrites et précises. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la société BBDO Paris n'a pas satisfait sérieusement à son obligation de recherche de reclassement doit être écarté en toutes ses branches.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation des décisions contestées doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité.
Sur les frais liés au litige :
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme réclamée par la société BBDO Paris au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la société BBDO Paris au titre des frais liés à l'instance sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la société BBDO et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Bories, présidente,
M. Bourragué, premier conseiller,
Mme Goudenèche, conseillère,
Assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023
Le rapporteur,
signé
S. Bourragué La présidente,
signé
C. Bories La rapporteure,
M. C La présidente,
C. Van Muylder
La greffière,
signé
S. Nimax
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein-emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2211221
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026