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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2211348

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2211348

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2211348
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET RENAUD-ROUSTAN SCP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 juillet 2022 et 14 juillet 2023, le syndicat des copropriétaires du 26 rue d'Orléans agissant par son syndic le cabinet Immo de France Paris Ile-de-France, représenté par Me de Carné, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2021 par lequel le maire de la commune de Neuilly-sur-Seine a délivré à la SCCV Allée d'Orléans un permis de construire modificatif n° 092 051 18 00812 M01 portant modification de l'implantation du bâtiment sis 8 allée d'Orléans à Neuilly-sur-Seine sur les deux limites séparatives, des aménagements intérieurs et des modifications de façade, ensemble la décision du 27 mai 2022 par laquelle le maire de Neuilly-sur-Seine a rejeté son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Neuilly-sur-Seine et de la SCCV allée d'Orléans une somme de 3 000 euros chacune sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté du 9 décembre 2021 :

- le dossier de demande de permis modificatif est incomplet, l'attestation complémentaire relative à la qualité de pétitionnaire propriétaire de la parcelle cadastrée section A n°125, appartenant à la SCI du 8 allée d'Orléans, n'est pas jointe à ce dossier ;

- le dossier de demande de permis modificatif est incomplet, faute de faire apparaître l'emprise au sol de la construction modifiée en dépit de l'augmentation des surfaces planchers de 155,70 m2 selon l'arrêté du 9 décembre 2021 et 160,70 mètres carrés selon le rectificatif postérieur ;

- le dossier de demande de permis modificatif est incomplet faute de comporter l'accord des propriétaires du passage de la rue d'Orléans ;

- l'arrêté a été pris en méconnaissance de l'article UA 3.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Neuilly-sur-Seine, l'aggravation de la circulation sur le passage de la rue d'Orléans ne permet pas de satisfaire aux exigences de sécurité requises par l'article 3.1 de ce règlement ;

- il a été pris en méconnaissance des articles UA 3.3 et UA 3.4 du règlement du plan local d'urbanisme de Neuilly-sur-Seine :

*la voie d'accès à la construction projetée est une voie privée qui n'est pas ouverte à la circulation publique et il n'est pas indiqué où les véhicules pourront faire demi-tour ;

* la largeur minimale de la voie de desserte prescrite par le POS n'est pas atteinte sur toute la longueur de la voie ;

* le projet en l'état n'assure pas un accès suffisant à la voie publique pour une utilisation normale du fonds ;

* l'article du plan local d'urbanisme cité et la convention relative au passage privé n'est pas celle mentionnée en défense par la commune de Neuilly-sur-Seine et la société pétitionnaire.

- il a été pris en méconnaissance de l'article UA 7.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme de Neuilly-sur-Seine :

- il a été pris en méconnaissance des articles UA 7.7 et UA 8.2 du règlement du plan local d'urbanisme de Neuilly-sur-Seine :

- il a été pris en méconnaissance de l'article UA 10.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Neuilly-sur-Seine :

- les travaux autorisés par l'arrêté attaqué sont subordonnés au respect de la servitude non aedificandi existant dans la cour commune et dans les sous-sols sur lesquels le projet modifié porte et le projet ne pourra être conforme, à terme, aux nombres de place de stationnement requis pour son utilisation ;

En ce qui concerne la décision du 27 mai 2022 rejetant son recours gracieux :

- cette décision est dépourvue de motivation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2022, la commune de Neuilly-sur-Seine, représentée par Me Rivoire, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du syndicat des copropriétaires du 26 rue d'Orléans, la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, le syndicat des copropriétaires du 26 rue d'Orléans ne justifiant pas du respect des formalités de notification prescrites par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le syndicat des copropriétaires du 26 rue d'Orléans ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2022, la société civile de construction vente Allée d'Orléans, représentée par Me Renaud, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du syndicat des copropriétaires du 26 rue d'Orléans, la somme de 4 000 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que le permis modificatif attaqué, qui a été communiqué aux parties dans le cadre de l'instance portée devant le Conseil d'Etat en vue de contester le permis de construire initialement délivré le 4 mai 2018, aurait dû, en application de l'article L. 600-5-2 du code de l'urbanisme, être contesté dans le cadre de cette instance et non, par requête distincte, devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le syndicat des copropriétaires du 26 rue d'Orléans ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense distinct, enregistré le 12 juillet 2023, la société civile de construction vente Allée d'Orléans, représentée par Me Renaud, demande au tribunal :

- de condamner le syndicat des copropriétaires du 26 rue d'Orléans au paiement d'une somme de 1 304 457,38 euros (un million trois-cent-quatre mille quatre-cent-cinquante-sept euros et trente-huit centimes) sur le fondement des dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme ;

- de mettre à la charge du syndicat des copropriétaires du 26 rue d'Orléans, une somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le recours formé par le syndicat des copropriétaires du 26 rue d'Orléans à l'encontre de l'arrêté du 9 décembre 2021 témoigne d'un acharnement procédural caractérisé et qu'il a été mis en œuvre dans des conditions qui excèdent manifestement la défense des intérêts légitimes de ce syndicat ;

- le préjudice résultant de ce recours abusif s'élève à une somme de 1 304 457,38 euros (un million trois-cent-quatre mille quatre-cent-cinquante-sept euros et trente-huit centimes).

Les mémoires présentés pour la commune de Neuilly-sur-Seine, et pour le syndicat des copropriétaires du 26 rue d'Orléans, respectivement enregistrés les 31 juillet 2023 et 2 août 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction fixée au 27 juillet 2023, n'ont pas été communiqués.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère rapporteure ,

- les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,

- les observations de Me de Carné de Carnavalet, représentant le syndicat des copropriétaires du 26 rue d'Orléans,

- et les observations de Me Santangelo, substituant Me Rivoire, représentant la commune de Neuilly-sur-Seine.

Considérant ce qui suit :

1. Le 4 juin 2018, la commune de Neuilly-sur-Seine avait délivré à la SCCV Allée d'Orléans un permis de construire n° 092051 1800812 un immeuble de bureaux et de six logements sis 8 allée d'Orléans à Neuilly-sur-Seine. Par un jugement n° 1810874 du 12 octobre 2020, le tribunal de Cergy-Pontoise a, en application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, annulé partiellement le permis de construire en tant qu'il méconnaissait les dispositions de l'article UA 7 du règlement du plan local d'urbanisme de Neuilly-sur-Seine. Le Conseil d'Etat, dans une décision du 17 mars 2022, a rejeté le pourvoi formé par le syndicat du 7 allée d'Orléans. Par un arrêté du 9 décembre 2021, le maire de Neuilly-sur-Seine a délivré un permis de construire modificatif à la SCCV Allée d'Orléans. Par la présente requête, le syndicat des copropriétaires du 26 rue d'Orléans demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 9 décembre 2021 ainsi que de la décision du 27 mai 2022 par laquelle le maire de Neuilly-sur-Seine a rejeté le recours gracieux qu'il a formé à l'encontre de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 décembre 2021 :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense par la SCCV Allée d'Orléans :

2. Aux termes de l'article L. 600-5-2 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Lorsqu'un permis modificatif, une décision modificative ou une mesure de régularisation intervient au cours d'une instance portant sur un recours dirigé contre le permis de construire, de démolir ou d'aménager initialement délivré ou contre la décision de non-opposition à déclaration préalable initialement obtenue et que ce permis modificatif, cette décision modificative ou cette mesure de régularisation ont été communiqués aux parties à cette instance, la légalité de cet acte ne peut être contestée par les parties que dans le cadre de cette même instance. ".

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et de la décision du Conseil d'Etat portant rejet du pourvoi incident de la requérante du 17 mars 2022 qu'une mesure de régularisation du permis initialement délivré à la SCCV Allée d'Orléans est intervenue au cours de l'instance portée devant le Conseil d'Etat, en vue de contester le jugement du 12 octobre 2020 rendu par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise. Il n'est pas contesté que ce permis de construire modificatif a été produit dans le cadre de cette instance, par la commune de Neuilly-sur-Seine, dans un mémoire en défense enregistré le 9 février 2022 au greffe du Conseil d'Etat. En outre, à la date d'enregistrement de la présente requête n° 2211348, le 28 juillet 2022, l'instance portant sur le permis initialement délivré à la SCCV Allée d'Orléans était close dès lors que le Conseil d'Etat avait rejeté le pourvoi en cassation du syndicat des copropriétaires du 26 rue d'Orléans contre le jugement précité du 12 octobre 2020, par une décision du 17 mars 2022. Dans ces conditions, les conclusions du syndicat des copropriétaires du 26 rue d'Orléans, tendant à l'annulation de l'arrêté du 9 décembre 2021 portant délivrance d'un permis de régularisation qui aurait dû être présentées par les parties dans le cadre de l'instance portée devant le Conseil d'Etat, sont irrecevables et la fin de non-recevoir opposée en défense par la société pétitionnaire doit être accueillie.

4. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions du syndicat des copropriétaires du 26 rue d'Orléans tendant à l'annulation de l'arrêté du 9 décembre 2021, ensemble la décision du 27 mai 2022 rejetant son recours gracieux sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions reconventionnelles formulées par la SCCV Allée d'Orléans sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme :

5. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. La demande peut être présentée pour la première fois en appel. ".

6. En l'espèce, par un mémoire distinct, la SCCV Allée d'Orléans a présenté des conclusions tendant à ce que le syndicat des copropriétaires du 26 rue d'Orléans lui verse des dommages et intérêts pour un montant global de 1 304 457,38 euros. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que le recours en cause a été mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du syndicat des copropriétaires du 26 rue d'Orléans. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par la SCCV Allée d'Orléans sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SCCV allée d'Orléans et de la commune de Neuilly-sur-Seine, qui ne sont pas les parties perdantes, les sommes que le syndicat des copropriétaires du 26 rue d'Orléans demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge du syndicat des copropriétaires du 26 rue d'Orléans une somme de 750 euros au titre des frais exposés par la commune de Neuilly-sur-Seine et non compris dans les dépens, et une somme de 750 euros au titre des frais exposés à la SCCV Allée d'Orléans et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du syndicat des copropriétaires du 26 rue d'Orléans est rejetée.

Article 2 : Le syndicat des copropriétaires du 26 rue d'Orléans versera une somme de 750 euros à la commune de Neuilly-sur-Seine et une somme de 750 euros à la SCCV Allée d'Orléans, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Les conclusions présentées par la SCCV Allée d'Orléans sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme sont rejetées.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires 26 rue d'Orléans, à la commune de Neuilly-sur-Seine ainsi qu'à la SCCV Allée d'Orléans.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

M. Baude, premier conseiller,

Mme Zaccaron Guérin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

La rapporteure,

C. Zaccaron Guérin La présidente,

S. Edert

La greffière,

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 22113482

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