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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2211358

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2211358

lundi 21 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2211358
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantLEROUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 12 août 2022 enregistrée le même jour au greffe du tribunal, la présidente du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal la requête présentée par M. C A.

Par cette requête enregistrée 18 juillet 2022, M. A, représenté par Me Leroux, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 17 mai 2022 par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de lui restituer son passeport

3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui restituer son passeport, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente, faute de délégation de signature régulièrement publiée ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense enregistrés les 11 août et 27 septembre 2022, le préfet de police de Paris, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision n° 97-389 DC du 22 avril 1997 du Conseil constitutionnel ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Weiswald ;

- et les observations de Me Leroux, représentant M. A.

Une note en délibéré, présentée pour M. A, a été enregistrée le 3 juillet 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant chinois né le 27 décembre 1957, entré en France en mai 2018 selon ses déclarations, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 31 août 2018, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 10 avril 2019. Par un arrêté du 31 mai 2019, le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. Mis en examen pour des faits de modification de l'état des lieux d'un crime ou d'un délit pour faire obstacle à la manifestation de la vérité au mois de décembre 2019, son passeport a été confisqué, dans le cadre de cette procédure, par l'autorité judiciaire avant d'être transmis aux services de la préfecture de police de Paris. Par un courrier du 25 avril 2022, il a sollicité la restitution de ce document, demande qui a été rejetée par une décision du préfet de police de Paris du 17 mai 2022. Par la présente requête, il demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". En vertu de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. En l'espèce, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. A ait effectué une demande d'aide juridictionnelle. Il n'y a donc pas lieu d'admettre l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. / Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu ".

5. Pour l'application et l'interprétation d'une loi, aussi bien les autorités administratives que le juge sont liés par les réserves d'interprétation énoncées par le Conseil constitutionnel statuant sur la conformité de cette loi à la Constitution. par sa décision n° 97-389 DC du 22 avril 1997, le Conseil constitutionnel a admis la conformité à la Constitution de cette disposition législative sous réserve que ce texte ait " pour but de garantir que l'étranger en situation irrégulière sera en possession du document permettant d'assurer son départ effectif du territoire national ", si bien que la retenue du passeport " ne doit être opérée que pour une durée strictement proportionnée aux besoins de l'autorité administrative, sous le contrôle du juge administratif ".

6. La circonstance que l'autorité administrative n'ait pas encore édicté une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger en situation irrégulière ne fait pas, par elle-même, obstacle à ce que celui-ci se voit retirer son passeport dans les conditions prévues à l'article L. 814-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, au regard tant de l'objet même d'une telle décision que des réserves émises par le Conseil constitutionnel, l'administration ne saurait légalement procéder à la rétention du passeport que pour la durée strictement nécessaire à l'accomplissement des diligences visant à permettre l'édiction d'une mesure d'éloignement et l'organisation du départ de l'intéressé. Il appartient, dès lors, au juge administratif, saisi de la légalité d'une décision de rétention de passeport, de contrôler que l'administration met effectivement en œuvre les diligences appropriées à cette fin.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de la décision attaquée du 17 mai 2022, que le préfet de police de Paris a refusé à la restitution du passeport de M. A au motif que l'intéressé, qui a fait l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français le 31 mai 2019 à laquelle il soustrait, séjourne irrégulièrement sur le territoire français. Toutefois, si aucune disposition législative ou réglementaire du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoit qu'une obligation de quitter le territoire français perde son caractère exécutoire à l'expiration du délai d'un an suivant son édiction, le passeport du requérant est retenu depuis le mois de décembre 2019 et il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les services préfectoraux aient depuis lors tenté d'exécuter l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 31 mai de la même année. Dans ces conditions, la retenue du passeport de M. A depuis près de deux ans et cinq mois, ne peut plus être regardée comme étant strictement proportionnée aux besoins de l'autorité administrative. Par suite, ce dernier est fondé à soutenir qu'en refusant de lui restituer ce document, le préfet de police de Paris a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 17 mai 2022 du préfet de police de Paris.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que l'autorité préfectorale restitue son passeport à M. A. Ainsi, et en l'absence d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait propres à la présente espèce invoqué par cette même autorité, il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre au préfet de police de Paris, de restituer à l'intéressé ce document dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : M. A n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 17 mai 2022 par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de restituer son passeport à M. A est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de Paris de restituer à M. A son passeport dans un délai de deux mois.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. B et Mme Weiswald, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 août 2023.

Le rapporteur,

signé

J.-B. Weiswald

Le président,

signé

R. FéralLa greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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