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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2211414

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2211414

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2211414
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 12 et 30 aout 2022, M. B D, représenté par Me Ndiaye, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2022 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois suivant la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions contestées sont entachées d'un défaut de motivation en droit et en fait ;

- elles n'ont pas étés précédées d'un examen particulier de sa situation ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit, dès lors que M. D a déposé une demande tendant à la délivrance d'un certificat de résidence algérien, laquelle était en cours d'instruction au moment où ont été prises les décisions attaquées ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2022, le préfet le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête ;

Il fait valoir que :

- il y a lieu de de procéder à une substitution de base légale, en substituant les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à celles du 1° de l'article L. 611-1 du même code, initialement retenues ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 septembre 2022 :

- le rapport de M. A, qui précise qu'il est susceptible de procéder d'office à une substitution de base légale ;

- les observations de Me Ndiaye, pour M. D, présent ;

- le préfet de police de Paris n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant algérien né le 30 mai 1984 en Algérie, déclare être entré sur le territoire français le 27 décembre 2018. Par un arrêté du 31 juillet 2022, le préfet de police de Paris, sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

3. En second lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée, que le préfet de police de Paris a procédé à un examen particulier et complet de la situation de M. D. Par suite le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit être écarté.

4. En troisième lieu, M. D soutient que le préfet a commis une erreur de droit en édictant une décision d'éloignement à son encontre dès lors qu'au moment de son interpellation, il bénéficiait d'un droit au maintien sur le territoire français du fait du dépôt auprès des services de la sous-préfecture d'Argenteuil d'un dossier de délivrance de certificat de résidence algérien, dont l'instruction était encore en cours au moment de la décision litigieuse. Si M. D produit à l'instruction un courrier en provenance des services de la préfecture en date du 2 mai 2022 accusant réception d'une telle demande, ce document ne constitue pas un récépissé de demande de titre de séjour donnant le droit au requérant de se maintenir sur le territoire jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa demande de titre. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de police de Paris aurait commis une erreur de droit doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () ".

6. Le préfet de police a pris l'arrêté attaqué emportant obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que M. D ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français. Il ressort cependant des pièces du dossier que celui-ci disposait à la date de son entrée sur le territoire français d'un passeport comportant un visa du type C valable. Par suite, l'arrêté attaqué du 31 juillet 2022 ne pouvait être pris sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français à l'expiration de son visa sans effectuer les démarches nécessaires afin de régulariser sa situation, tel qu'une demande de titre de séjour. Dès lors, il est au nombre des étrangers visés par les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code précité, qui peuvent être substituées à celles du 1° du même l'article, dès lors que cette substitution de base légale ne prive l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut être accueilli.

9. En dernier lieu, M. D soutient être établi de manière effective sur le territoire français depuis 4 ans et avoir vu ses liens avec son pays d'origine se distendre avec le temps. A l'appui de son moyen, le requérant verse au dossier un contrat à durée indéterminée et temps complet en tant qu'ouvrier polyvalent pour la société " Batelec " ainsi que les fiches de paie afférentes, courant du 1er octobre 2019 au 1er juillet 2022, des relevés bancaires et des documents ayant traits à sa situation médicale. Ces pièces permettent à M. D de justifier de 42 mois de présence effective sur le territoire français a la date de la décision attaquée. Toutefois, le requérant n'apportant aucune précision supplémentaire ayant trait à sa situation personnelle sur le territoire français, ces éléments, à eux seuls, ne sont pas de nature à établir qu'en prenant la décision attaquée, le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ses décisions sur sa situation personnelle. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution au sens des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Les conclusions à fin d'injonction présentées par M. D doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. D demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

Le président,

signé

J-P. A

Le greffier,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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