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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2211425

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2211425

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2211425
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre (J.U.)
Avocat requérantDEHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2022, M. B, représenté par Me Dehan, demande au tribunal d'annuler les décisions portant retrait de points sur son permis de conduire à la suite des infractions commises le 5 décembre 2009 (2 points), le 13 juillet 2013 à 12 heures 11 (3 points), le 13 juillet 2013 à 12 heures 13 (3 points), le 1er juillet 2016 (1 point), le 24 juillet 2016 (1 point), le 31 août 2016 (1 point), le 21 septembre 2016 (4 points), le 7 novembre 2016 (3 points), le 26 mars 2017 (1 point), le 24 juin 2017 (3 points), le 30 juin 2020 (3 points), le 27 janvier 2021 (1 point) et le 28 mars 2021 (3 points).

Il soutient que :

- il n'a pas reçu notification des décisions contestées ;

- il n'a pas reçu les informations prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité des infractions qui lui sont reprochées n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions dirigées contre les retraits de points consécutifs aux infractions commises les 5 décembre 2009, 13 juillet 2013, 1er juillet 2016, 24 juillet 2016, 31 août 2016, 21 septembre 2016, 7 novembre 2016, 26 mars 2017 et 28 mars 2021 sont irrecevables ;

- pour le surplus, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un courrier du 4 mai 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible, en cas d'annulation des décisions portant retraits de points sur le permis de conduire de M. B à la suite des infractions commises les 1er juillet 2016, le 24 juillet 2016, le 31 août 2016, le 21 septembre 2016 et le 7 novembre 2016, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de reconnaître à l'intéressé le bénéfice des points retirés à la suite desdites infractions, sous réserve qu'ils aient déjà été restitués, et, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer sa situation pour en tirer les conséquences sur son capital de points et son droit de conduire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Oriol, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Oriol, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler les décisions portant retrait de points sur son permis de conduire à la suite des infractions commises le 5 décembre 2009 (2 points), le 13 juillet 2013 à 12 heures 11 (3 points), le 13 juillet 2013 à 12 heures 13 (3 points), le 1er juillet 2016 (1 point), le 24 juillet 2016 (1 point), le 31 août 2016 (1 point), le 21 septembre 2016 (4 points), le 7 novembre 2016 (3 points), le 26 mars 2017 (1 point), le 24 juin 2017 (3 points), le 30 juin 2020 (3 points), le 27 janvier 2021 (1 point) et le 28 mars 2021 (3 points).

I-Sur la recevabilité des conclusions :

2. Il ressort du relevé intégral daté du 18 octobre 2022 produit en défense par le ministre de l'intérieur et des outre-mer que le permis de conduire de M. B a fait l'objet d'une annulation par jugement du tribunal de grande instance de Paris du 24 janvier 2013, devenu définitif le 28 décembre 2013, en raison d'une récidive de conduite en état alcoolique, constatée le 18 octobre 2011. M. B n'est donc plus recevable à contester devant le tribunal les infractions antérieures à cette annulation, en l'occurrence celles des 5 décembre 2009 et 13 juillet 2013 à 12 heures 11 et 12 heures 13. Il ressort par ailleurs du relevé intégral de M. B que l'infraction commise le 26 mars 2017 n'a pas donné lieu à un retrait de points, tandis que celle du 28 mars 2021 n'y figure pas. Les conclusions de M. B, dirigées contre ces deux décisions inexistantes sont donc irrecevables.

II-Sur les conclusions à fin d'annulation :

1-En ce qui concerne moyen tiré du défaut de notification des décisions " 48 " :

3. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. M. B ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que divers retraits de points ne lui auraient pas été notifiés.

2-En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

4. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

a) S'agissant de l'infraction commise le 24 juin 2017 :

5. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral produit par le ministre que l'infraction commise par M. B le 24 juin 2017 a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur produit, s'agissant de cette infraction, le bordereau de situation de la trésorerie selon lequel M. B s'est acquitté du paiement de l'amende forfaitaire majorée de 375 euros en cause, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire. Le moyen tiré du défaut d'information s'agissant de l'infraction en cause doit par suite être écarté.

b) S'agissant de l'infraction commise le 30 juin 2020 :

6. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

7. Il résulte de l'instruction, notamment des pièces produites en défense par le ministre de l'intérieur, que l'infraction commise par M. B le 30 juin 2020 a été constatée au moyen d'un procès-verbal électronique, que l'intéressé a signé, qui fait apparaître sur l'écran présenté au contrevenant, depuis le 15 avril 2015, les informations complètes exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route et qui comporte en annexe la mention selon laquelle un retrait de trois points est prévu. Par suite, compte tenu de la date de commission de cette infraction, le ministre doit être regardé comme apportant la preuve que les informations requises ont été délivrées au contrevenant. Par conséquent, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure s'agissant de cette infraction, qui manque en fait, doit être écarté.

c) S'agissant de l'infraction commise le 27 janvier 2021 :

8. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral produit par le ministre que l'infraction commise par M. B le 27 janvier 2021 a été constatée par radar et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, dont il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé l'aurait réglée après avoir reçu les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Toutefois, il résulte du relevé d'information intégral en cause que M. B a bénéficié, à l'occasion d'une précédente infraction commise le 30 juin 2020, évoquée ci-dessus, de l'ensemble des informations légalement exigées. Dès lors, à supposer même qu'il n'ait pas reçu les informations lors de la constatation de l'infraction du 27 janvier 2021, M. B n'a pas été privé d'une garantie. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision ayant retiré un point de son permis de conduire à la suite de l'infraction en cause est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière. Le moyen tiré d'un défaut d'information doit donc être écarté.

d) S'agissant des infractions commises le 1er juillet 2016, le 24 juillet 2016, le 31 août 2016, le 21 septembre 2016 et le 7 novembre 2016 :

9. Alors qu'il relève que l'annulation définitive du permis de conduire de M. B est intervenue le 28 décembre 2013, le ministre se prévaut en défense de ce que toutes les infractions antérieures au 28 décembre 2016 ne peuvent plus être contestées devant le tribunal. Ce faisant, et au vu de ce qui a été dit au point 2 du présent jugement, il n'apporte aucun élément devant le tribunal de nature à justifier que pour les infractions commises les 1er juillet 2016, le 24 juillet 2016, le 31 août 2016, le 21 septembre 2016 et le 7 novembre 2016, qui ont donné à l'émission de titres exécutoires de l'amende forfaitaire majorée, M. B aurait reçu l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par conséquent, les décisions emportant retraits de points à la suite des infractions commises les 1er juillet 2016, le 24 juillet 2016, le 31 août 2016, le 21 septembre 2016 et le 7 novembre 2016 doivent être annulées.

3-En ce qui concerne la réalité des infractions :

10. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive (). Le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. ".

11. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral versé au dossier que les infractions restant en litige ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires de l'amende forfaitaire majorée, devenus définitifs. En l'absence de tout élément avancé par M. B de nature à mettre en doute l'exactitude de ces mentions, la réalité de ces infractions est, dès lors, établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de cet article ne peut qu'être écarté.

III-Sur les conclusions à fin d'injonction d'office :

12. Si l'annulation contentieuse d'une décision de retrait de points implique nécessairement que le ministre de l'intérieur reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose ce dernier doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n'avaient pu être prises en compte par l'administration aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre d'office au ministre de l'intérieur et des outre-mer de reconnaître à M. B le bénéfice des points irrégulièrement retirés de son permis de conduire à la suite des infractions commises les 1er juillet 2016, le 24 juillet 2016, le 31 août 2016, le 21 septembre 2016 et le 7 novembre 2016 et de réexaminer sa situation dans le sens des observations qui précèdent, en en tirant toutes les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé. Ce réexamen devra intervenir dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Les décisions portant retraits de points sur le permis de conduire de M. B à la suite des infractions commises les 1er juillet 2016, le 24 juillet 2016, le 31 août 2016, le 21 septembre 2016 et le 7 novembre 2016 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de reconnaître à M. B le bénéfice des points retirés à la suite des infractions commises les 1er juillet 2016, le 24 juillet 2016, le 31 août 2016, le 21 septembre 2016 et le 7 novembre 2016, sous réserve qu'ils aient déjà été restitués, et, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer sa situation pour en tirer les conséquences sur son capital de points et son droit de conduire.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.

La magistrate désignée,

Signé

C. ORIOL

La greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

2

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