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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2211568

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2211568

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2211568
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantWEINBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 3 août 2022 et transmise au tribunal administratif de Cergy-Pontoise par une ordonnance du 22 août 2022, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés le 29 septembre 2022, M. A E, représenté par Me Weinberg, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 août 2022 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter

le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas

d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire

français pour une durée de trois ans en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux

fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui restituer son passeport ;

3°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " en tant qu'étranger malade au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou " salarié " au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 25 euros par jours de retard ;

4°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet de l'Essonne de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour, et ce, sous astreinte de 25 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision contestée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnait son droit à être entendu consacré à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il pouvait prétendre à une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation médicale au titre de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- la décision contestée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- la décision contestée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

S'agissant de la décision interdisant de retour sur le territoire français :

- la décision contestée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation au regard l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré, le 27 septembre 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Poyet, magistrat désigné ;

- les observations de Me Weinberg représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que le passeport de l'intéressé est en possession de la préfecture, que l'arrêté du préfet de l'Essonne ne prend pas en considération la situation professionnelle et médicale de M. E et que l'interdiction de retour sur le territoire français de trois ans est disproportionnée. Me Weinberg a également remis à l'audience le permis de conduire malgache de M. E traduit en français.

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant malgache né le 29 octobre 1982 est entré en France le 18 novembre 2017 selon ses déclarations. Par un arrêté, dont M. E demande l'annulation, le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant trois ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

2. En premier lieu, par un arrêté n°2022-PREF-DCPPAT-BCA-085 du 17 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Essonne, le préfet de ce département a donné délégation à Mme C D, cheffe du bureau de l'éloignement, à l'effet de signer, notamment, les décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, en vertu des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. En l'espèce, l'arrêté litigieux, qui n'a pas à reprendre l'ensemble des éléments de la situation de son destinataire, mentionne les considérations de fait et de droit sur lesquels il se fonde. La décision obligeant M. E à quitter le territoire français vise les dispositions de l'article L. 423-14 et suivants et L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquelles elle a été prise et fait référence aux stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'arrêté indique notamment que l'intéressé a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français, d'une assignation à résidence et que ces trois mesures n'ont pas été exécutées. Enfin, l'arrêté précise qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et que la décision ne contrevient pas à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet de l'Essonne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. E.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Ces stipulations s'adressent non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant. Il résulte toutefois de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

7. En l'espèce, il ressort du procès-verbal établi par les services de police le 2 août 2022 à la suite de son interpellation, que M. E a pu présenter ses observations et qu'il a accepté être entendu sans son avocat celui-ci n'ayant pas pu se déplacer. Il a pu, dans ce cadre, préciser les conditions de son arrivée en France, les conditions de son séjour, le travail qu'il exerçait et les démarches entreprises en vue de régulariser sa situation. Dans ces conditions, M. E n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige serait intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière pour méconnaitre l'article 41 de de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

8. En quatrième lieu, M. E soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il a entrepris des démarches pour régulariser sa situation et que son comportement ne constitue pas un trouble à l'ordre public. D'une part, s'il ressort des pièces du dossier qu'il a reçu une convocation pour l'enregistrement d'une demande d'asile le 13 mars 2018 il ne transmet pas d'attestation de demande d'asile prouvant l'enregistrement de sa demande d'asile. D'autre part, il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement et d'une assignation à résidence et que toutes ces mesures n'ont pas été exécutées. De plus, il a fait l'objet d'une interpellation le 2 août 2022 pour conduite d'un véhicule terrestre à moteur sans permis de conduire. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble de ces éléments, le préfet n'a pas commis d'erreur de fait en attestant que son comportement constitue un trouble à l'ordre public.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. E se prévaut d'une présence en France de quatre ans et demi et de son insertion professionnelle par la production de bulletins de salaires au titre de l'année 2018, 2019, 2020 et 2021. Toutefois, sa seule durée de présence n'est pas de nature à caractériser l'existence d'attaches d'une intensité particulière. Par ailleurs, l'intéressé est célibataire, sans enfant à charge et n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-cinq ans. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en adoptant à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français, le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences de la décision sur sa vie personnelle.

11. En sixième lieu, il n'est pas établi que l'intéressé ait sollicité son admission au séjour. Par suite, l'intéressé ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen, qui est inopérant, doit être écarté.

12. En septième lieu, M. E ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inopérant à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire

13. En premier lieu, si M. E entend se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire à l'encontre de la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire, il n'invoque aucun autre moyen que ceux, précédemment écartés, qu'il a soulevés par voie d'action contre la décision prise à son encontre l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.

14. En deuxième lieu, la décision attaquée vise notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les motifs pour lesquels le risque que l'intéressé de se soustraire à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre doit être regardé comme étant établi. Elle indique également que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public en raison de son interpellation pour conduite d'un véhicule terrestre à moteur sans permis de conduire et de la non-exécution de ses deux précédentes obligations de quitter le territoire français et de son assignation à résidence. Ainsi, la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

15. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet de l'Essonne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. E.

16. M. E soutient que la décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de fait dès lors que, contrairement à ce que retient l'arrêté attaqué, il était, au moment où a été pris l'arrêté en litige, en possession d'un passeport en cours de validité. Toutefois il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour prendre la décision refusant à M. E le bénéfice d'un délai de départ volontaire, le préfet de l'Essonne s'est également fondé sur le fait qu'il s'était maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour, que par le passé il s'était soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement et à une mesure d'assignation à résidence. Ainsi, la circonstance selon laquelle, contrairement à ce que retient l'arrêté attaqué, M. E serait en possession d'un passeport est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

17. Il résulte de ce qui a été énoncé au point 10 que le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences de la décision sur sa vie personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

18. Si M. E entend se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, il n'invoque aucun autre moyen que ceux, précédemment écartés, qu'il a soulevés par voie d'action contre la décision prise à son encontre l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

19. En premier lieu, si M. E entend se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, il n'invoque aucun autre moyen que ceux, précédemment écartés, qu'il a soulevés par voie d'action contre la décision prise à son encontre l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.

20. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

21. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

22. En troisième lieu, l'arrêté attaqué qui vise les dispositions légales sur lesquels il se fonde, en particulier les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui précise la date de son entrée en France, mentionne les éléments de fait se rapportant à la situation personnelle de M. E, en retenant notamment la circonstance qu'il ne s'est pas conformé à deux précédentes mesures d'éloignement prononcées à son encontre en 2018 et 2021 ainsi qu'a une assignation à résidence en 2018 et en relevant l'absence d'attaches dont il pourrait se prévaloir comme de circonstances particulières susceptibles de faire obstacle au prononcé de l'interdiction de quitter le territoire français, laquelle est prononcée pour une durée de trois ans. Il mentionne ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde la décision interdisant à l'intéressé de retourner sur le territoire français tant dans son principe que dans sa durée, le préfet n'étant pas tenu de motiver cette décision au regard du critère tiré de la menace à l'ordre public dont il n'entendait pas faire application. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

23. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige énoncés ci-dessus, ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé avant son édiction. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen ne peut qu'être écarté.

24. En cinquième et dernier lieu, ainsi qu'il a été dit aux points 10 et 22, M. E ne justifie pas disposer d'attaches familiales durablement établies en France, qui a déjà fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement prononcées à son encontre en 2018 et 2021 ainsi qu'a une assignation à résidence en 2018, auxquelles il ne s'est pas conformé. Par suite, et pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés, le préfet de l'Essonne n'a commis aucune erreur de fait ou d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas davantage porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en prenant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français et en portant cette interdiction à trois ans. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.

25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. E tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Essonne du 2 août 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais du litige doivent également être rejetées. Enfin, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, il convient de rejeter la demande présentée par M. E, à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 202Le magistrat désigné,

signé

M. B La greffière,

signé

S. Hervé-Agbodjan

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°22115680

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