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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2211699

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2211699

jeudi 8 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2211699
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantASSAOUCI MAKROUM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 août 2022, M. C, représenté par Me Assaouci Makroum, avocate désignée d'office, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 août 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a décidé de son transfert aux autorités allemandes responsables de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui reconnaître le statut de réfugié.

Il soutient que :

- il est passé par l'Allemagne pour rejoindre la France ;

- ses empreintes ont été relevées en Allemagne où il a subi un interrogatoire au cours duquel il a informé les autorités de son souhait de se rendre en France compte tenu de son isolement en Allemagne ;

- en Allemagne son état psychologique s'est détérioré ;

- il a besoin du soutien psychologique de son cousin qui réside en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;

- la directive 2013/32/UE du parlement et du conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n°603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (CE) n°1560/2003 du 2 septembre 2003 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme D conformément à l'article L. 572-5 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux des décisions de transfert.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 septembre 2022 :

- le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée,

- les observations de Me Assaouci Makroum, avocate désignée d'office, représentant M. C qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que l'arrêté en litige méconnaît les articles 4 et 5 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 dès lors que les pages des brochures d'information ne sont pas numérotées et que le cousin du requérant est régulièrement présent en France ;

- les observations de M. C, assisté de M. B, interprète en langue turque, qui précise n'avoir présenté aucune demande d'asile en Allemagne ;

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant turc né le 18 mars 1990, a introduit une demande d'asile en France le 13 juillet 2022. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation du fichier " Eurodac " a révélé que l'intéressé avait sollicité l'asile auprès des autorités allemandes. La demande de prise en charge adressée aux autorités allemandes le 18 juillet 2022, a donné lieu à un accord explicite en date du 21 juillet 2022. Par l'arrêté du 12 août 2022, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a décidé de transférer M. C aux autorités allemandes.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5 () ".

3. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tous cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement et doit nécessairement être communiquée oralement au demandeur d'asile si celui-ci est analphabète. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

4. D'autre part, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".

5. M. C soutient à l'audience que l'absence de mention du nombre de pages des brochures d'information ne permet pas de s'assurer que l'intégralité des informations nécessaires lui ont été communiquées. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, particulièrement de l'attestation produite par le préfet de la réalisation, le 13 juillet 2022, d'une prestation d'interprétariat par l'association agréée ISM interprétariat, pour un homme de nationalité turque dont les éléments d'identification (date de naissance et numéro EURODAC) correspondent à ceux de M. C, que l'intéressé était assisté d'un interprète en langue turque lors de son entretien individuel, de telle sorte que l'ensemble des informations contenues dans les brochures d'information ont nécessairement été portées à sa connaissance par l'interprète lors de cet entretien. Au demeurant, il ressort du compte-rendu de cet entretien, mené le même jour et signé par le requérant, et au cours duquel les brochures lui ont été remises, que M. C a déclaré avoir compris la procédure engagée à son encontre. Par ailleurs, le préfet du Val-d'Oise produit une copie de la première page de chacune des brochures remises au requérant et dont elles portent la signature. De plus, M. C a disposé d'un délai raisonnable pour apprécier en toute connaissance de cause la portée des informations contenues dans ces brochures avant le 12 août 2022, date à laquelle le préfet du Val-d'Oise lui a notifié la décision de son transfert aux autorités allemandes. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à l'information et du droit à être entendu du demandeur d'asile garantis par les articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du

26 juin 2013 doit être écarté.

6. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". La faculté laissée par ces dispositions à chaque État membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile. Cette possibilité, qui s'exerce sous le contrôle du juge, lui est ouverte même en l'absence de raisons sérieuses de croire à l'existence de défaillances systémiques dans l'État membre responsable de l'examen de la demande d'asile, ainsi que cela résulte de l'arrêt C-578/16 PPU de la Cour de justice de l'Union européenne du 16 février 2017.

7. En faisant valoir que son état psychologique s'est détérioré en Allemagne où il n'envisageait pas de rester et qu'il souhaite s'installer en France où réside son cousin qui est en mesure de l'assister dans ses démarches pour obtenir le statut de réfugié, M. C doit être regardé comme soutenant que la décision qu'il conteste procède d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions et stipulations précitées, faute pour le préfet du

Val-d'Oise d'avoir pris en compte la présence de membres de sa famille en France ainsi que les conditions de son séjour en Allemagne et les répercussions négatives qu'il en est résulté sur son état psychologique. Toutefois, M. C n'établit par aucune pièce, ni les conditions de son séjour en Allemagne, qui sont évoquées de manière très peu circonstanciée, ni les raisons pour lesquelles le soutien moral et psychologique de sa famille lui serait nécessaire, particulièrement s'agissant de son cousin dont il n'allègue ni n'établit entretenir avec lui de relations particulièrement intenses et régulières. Dans ces conditions le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en s'abstenant de faire usage de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions citées au point précédent, le préfet du Val-d'Oise aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation ou aurait porté une atteinte disproportionnée au droit dont il dispose au respect de sa vie privée et familiale.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Assaouci Makroum et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 septembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé

C. D

La greffière,

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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