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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2211700

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2211700

jeudi 8 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2211700
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantASSAOUCI MAKROUM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 août 2022 et le 1er septembre 2022, Mme F, représentée par Me Assaouci Makroum, avocate désignée d'office, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 août 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a décidé de son transfert aux autorités lettones responsables de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts de Seine de lui remettre un récépissé de demandeur d'asile en procédure normale dans le délai de quinze jours courant à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de mille cinq cents euros à verser à

Me Assaouci Makroum au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté en litige a été édicté par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière pour avoir méconnu le droit à l'information prescrit par les dispositions de l'article 4 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'elle ne comprend que le kazakh et le russe, le préfet devant apporter la preuve de ce que l'arrêté de transfert a été traduit et que les brochures d'information lui ont été remises dans leur intégralité ;

- il méconnait également l'article 5 du même règlement faute que la preuve soit rapportée de la réalisation, dans les conditions prévues par le même article, d'un entretien individuel à l'issue duquel est établi un compte-rendu comportant le nom, la qualité et la signature de l'agent qui l'a réalisé ;

- le préfet n'établit pas la réalité de la saisine des autorités lettonnes ;

- l'arrêté en litige méconnaît l'article 3 du règlement n°604/2013 précité ;

- il méconnaît également l'article 17 du même règlement ;

- son mari a sollicité l'asile France et s'est vu notifier un arrêté de transfert vers l'Espagne ;

- la séparation des membres d'une même famille n'est pas envisageable dans le cadre de la procédure de l'asile ;

- elle souffre d'allergies chroniques graves ;

- elle se sentait menacée dans son pays d'origine ;

- elle n'a reçu aucune aide depuis son arrivée en France ;

- l'arrêté en litige est entaché d'erreurs.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2022, le préfet des

Hauts-de-Seine confirme la décision et produit les pièces du dossier et communique les pièces du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;

- la directive 2013/32/UE du parlement et du conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n°603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (CE) n°1560/2003 du 2 septembre 2003 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme C conformément à l'article L. 572-5 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux des décisions de transfert.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 septembre 2022 :

- le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée,

- les observations de Me Assaouci Makroum, avocate désignée d'office, représentant Mme F, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que le préfet ne produit aucun relevé d'empreintes ni d'attestation d'interprétariat et aucune preuve n'est apportée quant à sa compréhension du russe ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante kazakh née le 5 novembre 1982, a introduit une demande d'asile en France le 8 juillet 2022. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation du fichier " Visabio " a révélé que l'intéressée était titulaire d'un visa en cours de validité délivré le 22 juin 2022 par les autorités consulaires lettones à Moscou. La demande de prise en charge adressée par le préfet des Hauts-de-Seine aux autorités lettones le 22 juillet 2022, a donné lieu à un accord explicite le 9 août 2022. Par l'arrêté du 22 août 2022, dont la requérante demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a décidé de transférer Mme F aux autorités lettones.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme F, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. A E, adjoint au chef du bureau de l'asile à la préfecture des Hauts-de-Seine, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet, consentie par un arrêté n°2022-057 du 1er juin 2022 du préfet des

Hauts-de-Seine, publié le lendemain au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. ". Il résulte de ces dispositions que, s'agissant d'un étranger ayant, dans les conditions posées par le règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013, présenté une demande d'asile dans un autre Etat membre et devant, en conséquence, faire l'objet d'une reprise en charge par cet Etat, doit être regardée comme suffisamment motivée la décision de transfert à fin de reprise en charge qui, après avoir visé le règlement, relève que le demandeur a antérieurement présenté une demande dans l'Etat en cause, une telle motivation faisant apparaître qu'il est fait application du b), c) ou d) du paragraphe 1 de l'article 18 ou du paragraphe 5 de l'article 20 dudit règlement.

6. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les textes applicables, notamment le règlement (UE) n°604/2013 relatif aux mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile. Il précise en outre que les données du fichier " Visabio " ont révélé que l'intéressée était en possession d'un visa en cours de validité délivré le 22 juin 2022 par les autorités consulaires lettones à Moscou et que les autorités lettonnes, saisies le 22 juillet 2022 d'une demande de reprise en charge de la requérante sur le fondement de l'article 12-2 du règlement (UE) n°604/2013, ont explicitement accepté cette demande le 9 août suivant. Par ailleurs, l'arrêté mentionne, d'une part, que l'intéressée ne relève d'aucune des clauses dérogatoires prévues par les articles 3-2 et 17 du règlement (UE) n°604/2013 et, d'autre part, que la mesure de transfert ne contrevient pas à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, Mme F étant présente avec ses trois enfants mais ne pouvant se prévaloir d'une vie privée et familiale stable en France et n'établissant pas être dans l'impossibilité de retourner en Lettonie. Ainsi, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5 () ".

8. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tous cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement et doit nécessairement être communiquée oralement au demandeur d'asile si celui-ci est analphabète. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les brochures dites " A " et " B ", intitulées " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de ma demande ' " et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", qui comprennent l'ensemble des informations devant être communiquées en vertu des dispositions précitées, ont été remises à Mme F le 8 juillet 2022, en langue russe, comprise par l'intéressée, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier, en particulier, du compte rendu d'entretien individuel que celle-ci a pu présenter ses observations et décrire sa situation. Tant la lecture de ce compte-rendu que la notification de la décision, qui ont été signées par la requérante, ont été intégralement effectuées en langue russe par la même interprète dont l'identité est mentionnée dans le compte-rendu d'entretien, et qui intervient pour le compte de l'association ISM interprétariat, association agréée. Il en ressort que le russe est une langue comprise par elle. En tout état de cause, et à supposer que Mme F ait rencontré des difficultés de compréhension, elle ne justifie pas en avoir informé à aucun moment les services de la préfecture, alors qu'elle disposait du temps nécessaire pour ce faire entre le 8 juillet 2022, date à laquelle lui ont été remises les brochures d'information et à laquelle a été réalisé l'entretien et le 22 août 2022, date de notification de l'arrêté en litige. Par ailleurs, si la requérante fait valoir que la production par le préfet de la seule première page de chacune des brochures ne permet pas de démontrer qu'elles lui auraient été remises dans leur intégralité, elle n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause les mentions portées sur ces documents, revêtus de l'indication de la date de remise et de sa signature, qui attestent de leur communication intégrale. Au demeurant, Mme F a certifié avoir reçu l'information sur les règlements communautaires et compris la procédure mise en œuvre au cours de l'entretien dont elle a bénéficié en préfecture, réalisé en présence d'un interprète en langue russe, lequel a été à même de lui exposer la teneur de ces documents. Dans ces conditions où il ressort des pièces du dossier que le russe est une langue comprise par l'intéressée qui a pu bénéficier des informations nécessaires avec l'assistance d'une interprète, la circonstance que le préfet des Hauts-de-Seine n'ait pas versé à la procédure une attestation de réalisation d'une prestation d'interprétariat ne suffit pas à remettre en cause ces constatations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".

11. Il ressort des pièces du dossier que Mme F a bénéficié d'un entretien individuel avec les services du préfet des Hauts-de-Seine, le 8 juillet 2022. Le résumé de cet entretien, versé au dossier par le préfet des Hauts-de-Seine et sur lequel est apposée la signature de Mme F, mentionne que l'entretien a été mené par un agent de la préfecture, qui l'a revêtu de ses initiales, ce qui est suffisant pour établir que l'entretien a été mené par une personne qualifiée au sens du droit national. Ce document comporte également le tampon de la préfecture des Hauts-de-Seine. Aucune disposition du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 n'implique d'ailleurs que cet agent mentionne son nom ou ses initiales sur le document résumant l'entretien, ni qu'il signe ce document. Enfin, cet entretien a été conduit en langue russe, langue que l'intéressée a déclaré comprendre, avec le concours d'un interprète dans cette langue, mandaté par l'association ISM interprétariat, organisme agréé. Il ne ressort donc pas des pièces du dossier que Mme F, qui a signé le compte-rendu de cet entretien individuel sans réserve, aurait été privé d'une garantie prévue par les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 21 du règlement n°604/2013 susvisé : " 1. L'État membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre État membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais et, en tout état de cause, dans un délai de trois mois à compter de la date de l'introduction de la demande au sens de l'article 20, paragraphe 2, requérir cet autre État membre aux fins de prise en charge du demandeur. / Nonobstant le premier alinéa, en cas de résultat positif ("hit") Eurodac avec des données enregistrées en vertu de l'article 14 du règlement (UE) n°603/2013, la requête est envoyée dans un délai de deux mois à compter de la réception de ce résultat positif en vertu de l'article 15, paragraphe 2, dudit règlement. / Si la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur n'est pas formulée dans les délais fixés par le premier et le deuxième alinéas, la responsabilité de l'examen de la demande de protection internationale incombe à l'État membre auprès duquel la demande a été introduite () ". Aux termes de l'article 22 du même règlement : " 1. L'État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur dans un délai de deux mois à compter de la réception de la requête. () " . Par ailleurs, il résulte des dispositions des articles 15, 18 et 19 du règlement (CE) de la Commission du 2 septembre 2003 susvisé que le réseau de communication " DubliNet " permet des échanges d'informations fiables entre les autorités nationales qui traitent les demandes d'asile et que les accusés de réception émis par un point d'accès national sont réputés faire foi de la transmission et de la date et de l'heure de réception de la requête ou de la réponse.

13. Le préfet des Hauts-de-Seine produit la requête aux fins de prise en charge adressée le 22 juillet 2022 aux autorités lettonnes auquel est joint l'accusé de réception de cette dernière en date du même jour, ainsi que l'accord explicite en réponse à cette demande, adressé par ces autorités aux autorités françaises, en date du 9 août 2022. La circonstance que le relevé d'empreintes issu du système " visabio ", qui a fait apparaître que Mme F était détentrice d'un visa délivré par les autorités consulaires lettonnes, ne soit pas produit est sans incidence sur la régularité de la procédure dès lors que le visa est produit, ce qui atteste de la matérialité des faits à l'origine de la demande de prise en charge. Il en résulte que le préfet des Hauts-de-Seine établit la réalité et la régularité de la procédure de prise en charge qu'il a initiée conformément et dans les délais prescrits par le règlement n°604/2013 du 26 juin 2013. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de prise en charge de l'intéressée par les autorités lettonnes, doit ainsi être écarté.

14. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 : " () 2. () / Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable. () ".

15. Mme F fait valoir, sans aucune précision, que " il incombe aux autorités de l'État membre devant procéder au transfert et, le cas échéant, à ses juridictions, d'éliminer tout doute sérieux concernant l'impact du transfert sur l'état de santé de l'intéressé, en prenant les précautions nécessaires pour que son transfert ait lieu dans des conditions permettant de sauvegarder de manière appropriée et suffisante l'état de santé de cette personne ". Tout juste évoque-t-elle les allergies dont elle souffre et dont elle justifie par la production d'un compte-rendu de passage aux urgences en date du 8 août 2022 suite à une allergie à la consommation de chocolat, sans préciser les raisons pour lesquelles cette situation entacherait d'illégalité l'arrêté qu'elle conteste au regard des dispositions de l'article 3 du règlement n°604/2013 précité. Au demeurant, le compte-rendu médical qu'elle produit conclut à une réaction allergique urticarienne sans gravité nécessitant un traitement pendant seulement 7 jours. Dans ces conditions, la requérante ne met pas le juge en mesure d'apprécier la réalité et le bien-fondé du moyen qu'elle entend invoquer au regard des dispositions précitées. Par ailleurs, il est constant que les autorités lettonnes lui ont délivré un visa et ont accepté sa prise en charge sur le fondement de l'article 12-4 du règlement n°604/2013. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 3.2 du règlement (UE) n°604/2013, doit être écarté.

16. En dernier lieu, d'une part, aux termes du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". La faculté laissée par ces dispositions à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile. Cette possibilité, qui s'exerce sous le contrôle du juge, lui est ouverte même en l'absence de raisons sérieuses de croire à l'existence de défaillances systémiques dans l'État membre responsable de l'examen de la demande d'asile, ainsi que cela résulte de l'arrêt C-578/16 PPU de la Cour de justice de l'Union européenne du 16 février 2017.

17. D'autre part, aux termes de l'article de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sureté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

18. En soutenant que la procédure de demande d'asile ne peut aboutir à la séparation d'une famille, après avoir indiqué que son conjoint, M. D, a fait l'objet d'une décision de transfert vers l'Espagne, Mme F doit être regardée comme invoquant l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet des Hauts-de-Seine en s'abstenant de faire usage de la faculté discrétionnaire dont il dispose pour déroger aux règles de transfert. Cependant, il ne ressort d'aucune mention de l'arrêté en litige que Mme F ait indiqué aux services préfectoraux la présence en France et la situation administrative de son époux. Il ressort également des mentions de l'arrêté du préfet de police de Paris ordonnant le transfert aux autorités espagnoles de M. D, produit par la requérante, que ce dernier n'a apporté aucune précision quant à sa situation familiale. Il ne peut donc être reproché au préfet des

Hauts-de-Seine, qui n'était pas informé de la situation de M. D, d'avoir omis de la prendre en compte. Par ailleurs, si Mme F évoque avoir ressenti une " peur émotionnelle " dans son pays d'origine, elle n'en précise pas les raisons. En tout état de cause, le transfert de la requérante en Lettonie n'implique pas, par lui-même, un renvoi dans son pays d'origine et l'intéressée ne précise pas les raisons pour lesquelles les autorités lettones ne seraient pas en capacité de traiter sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Il suit de là que Mme F n'est pas fondée à soutenir qu'en s'abstenant de faire usage de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement n°604/2013, le préfet des Hauts-de-Seine aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation, ni qu'il aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces moyens doivent ainsi être écartés.

19. Enfin, l'allégation de Mme F selon laquelle elle n'aurait reçu aucune aide matérielle depuis son arrivée en France, au demeurant contredite par les pièces du dossier qui révèlent son hébergement dans une structure d'accueil pour demandeurs d'asile avec ses trois enfants, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté de transfert en litige.

20. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Mme F est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme F est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F, à Me Assaouci Makroum et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 septembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé

C. C

La greffière,

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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