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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2211718

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2211718

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2211718
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantPAUL-AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 août 2022 et un mémoire enregistré le 9 septembre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 4 février 2022 par laquelle l'adjoint au maire de Goussainville (Val-d'Oise) a fait opposition à sa déclaration préalable n° DP95280 22 00011 pour l'implantation d'une station relais de téléphonie mobile sur un bâtiment situé 31, rue de la République à Goussainville, ensemble la décision par laquelle le maire de la commune de Goussainville a implicitement rejeté son recours gracieux formé le 17 mars 2022 dirigé contre cette décision ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au maire de la commune de Goussainville de lui délivrer une décision de non-opposition dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder à une nouvelle instruction de sa déclaration préalable dans le même délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Goussainville la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il existe un intérêt public à ce que le territoire national soit couvert par le réseau de téléphonie mobile de tous les opérateurs et que le territoire de la commune de Goussainville n'est à cet égard que partiellement couvert par le réseau Free Mobile, et notamment la partie du territoire sur laquelle la station relais en cause doit être implantée n'est pas couverte par ses réseaux, et alors que la société a pris des engagements envers l'Etat en termes de couverture et de qualité de service et se trouve de ce fait dans l'obligation de mettre en œuvre une gestion prévisionnelle à court ou très moyen terme de l'implantation de ses équipements, s'agissant notamment des réseaux 4 G, THD et surtout 5 G ;

- plusieurs moyens sont propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

. elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

. elle est insuffisamment motivée ;

. elle méconnaît les dispositions des articles R. 431-35 et R. 431-36 du code de l'urbanisme dès lors que le service instructeur n'a pas à vérifier la validité de l'attestation du pétitionnaire et exiger la production au soutien de son dossier de déclaration préalable une autorisation d'exécuter les travaux émanant du bailleur ou du gestionnaire du bâtiment servant d'assiette au projet, mais seulement si celui-ci remplit les conditions prévues à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme ;

. elle méconnaît les dispositions de l'article R. 423-22 de ce code dès lors qu'aucune demande de production d'une pièce ou d'un document complémentaire dans le délai d'un mois ne lui a été adressée, le dossier est donc réputé complet ;

. il n'est pas mentionné en quoi l'implantation du projet en zone UG du plan local d'urbanisme et en zone D du plan d'exposition au Bruit (PEB) justifie de l'opposition à sa demande d'autorisation préalable ;

. les dispositions de l'article UG1 ne visent pas les stations relais de radiotéléphonie mobile ;

. la commune ne produit pas la décision de non opposition mentionnée dans son courrier du 13 mai 2022 reçu le 17 mai 2022 ;

. il résulte de la décision du conseil d'Etat du 7 octobre 2016 Commune de Bordeaux n° 395211 qu'il est de l'office du juge des référés d'enjoindre à l'administration de délivrer une autorisation d'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2022, la commune de Goussainville, représentée par Me Paul, conclut à titre principal au non-lieu à statuer sur la requête et à titre subsidiaire au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SAS Free Mobile au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- il n'y pas lieu de statuer sur la requête dans la mesure où le recours de la société requérante a perdu son objet dès lors que par décision du 13 mai 2022 notifiée le 17 mai 2022, elle a autorisé les travaux objet de la déclaration préalable.

- la condition d'urgence n'est pas remplie, dès que l'arrêté contesté a été pris il y a plus de six mois ; que la société requérante n'établit pas que la décision en litige préjudicie de manière suffisamment grave à sa situation et que celle-ci bénéficie déjà de nombreux emplacements d'antennes relais sur le territoire de la commune ;

- aucun des moyens soulevés n'est propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée ;

- il n'appartient pas au juge des référés d'ordonner la délivrance d'une autorisation d'urbanisme.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2210584, enregistrée le 13 juillet 2022, par laquelle la SAS Free Mobile demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Le Griel vice-présidente, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 9 septembre 2022 à 10 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Dieng, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Le Griel, juge des référés ;

- les observations orales de Me Mirabel, substituant Me Martin, représentant la SAS Free Mobile, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens ; elle ajoute que la décision de non opposition mentionnée dans le courrier du 13 mai 2022 est une décision tacite de non opposition née le 12 février 2022 ;

- et les observations orales de Me Le Franc substituant Me Paul, représentant la commune de Goussainville, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens et il soutient en outre que le courrier du 13 mai 2022 faisant valoir la non opposition aux travaux ne présente aucun caractère définitif.

La clôture de l'instruction a été différée au 12 septembre à 12 heures.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) Free Mobile a déposé, le 12 janvier 2022, une déclaration préalable n° DP95280 22 00011 portant sur l'installation d'une station relais composée de six antennes et d'un faisceau hertzien sur un pylône existant sur la terrasse d'un immeuble situé 31, rue de la République à Goussainville (Val-d'Oise). Par décision du 4 février 2022, l'adjoint au maire délégué à l'urbanisme, à la voirie et aux transports de la commune de Goussainville a fait opposition à cette déclaration préalable. Par la présente requête, la SAS Free Mobile demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision, ensemble celle par laquelle le maire de la commune de Goussainville a implicitement rejeté son recours gracieux formé par courrier le 17 mars 2022.

Sur les conclusions à fin de suspension et d'injonction :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier, ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. En principe, eu égard, d'une part, à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile de cinquième génération (5 G), que la SAS Free Mobile a été autorisée à déployer le 12 novembre 2020 avec l'objectif d'en assurer l'accès à partir de 3 000 sites à compter du 31 décembre 2022 et de 10 500 sites trois ans plus tard, et, d'autre part, aux intérêts propres de la société, qui a pris vis-à-vis de l'Etat des engagements de couverture du territoire national non encore atteints, la condition d'urgence prévue par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est réputée remplie.

5. Toutefois, en l'espèce, si contrairement aux affirmations orales de la commune lors de l'audience, aucune décision tacite de non opposition n'apparaît être réputée née le 12 février 2022, compte tenu de l'édiction de la décision expresse d'opposition prise le 4 février 2022, en revanche, une décision expresse de non opposition a été édictée le 13 mai 2022. Il résulte en effet de l'instruction que le courrier du 13 mai 2022 notifié à la société requérante le 17 mai 2022, ayant pour objet " certificat de non opposition ", rappelant précisément " les références de la déclaration préalable en cause n° DP 95280 22 00011 ", la nature du projet concerné " la pose de 6 antennes et 1 faisceau hertzien sur un pylône existant sur la terrasse de l'immeuble " et rappelant les obligations du bénéficiaire notamment d'affichage de la déclaration préalable sur le terrain, la durée de validité de l'autorisation accordée, les droits des tiers, constitue une décision de non opposition à la déclaration préalable précitée et vaut implicitement mais nécessairement abrogation de la décision d'opposition du 4 février 2022. Dans ces conditions, et alors même qu'à la date de la présente ordonnance, cette décision du 13 mai 2022 ne présente pas un caractère définitif, la société requérante ne peut être regardée comme démontrant l'existence, à cette même date d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessitant ainsi de prononcer à bref délai une mesure provisoire.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner s'il existe un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, de rejeter les conclusions à fin de suspension et par voie de conséquence à fin d'injonction de la requête présentée par la société FREE Mobile.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par la société requérante, doivent, par suite, être rejetées. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, Il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de la commune de Goussainville présentée sur le fondement de ces mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la SAS FREE Mobile est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Goussainville tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Free Mobile et à la commune de Goussainville.

Fait à Cergy, le 16 septembre 2022.

La juge des référés,

signé

H. Le Griel

La République mande et ordonne au préfet des Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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