vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2211821 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | KOBO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 août 2022 et le 4 décembre 2023, M. E C, représenté par Me Vrioni, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2022 par lequel le maire de Jouy-le-Moutier a délivré un permis de construire une maison individuelle sur un terrain sis 35 ter rue de Vauréal à Jouy-le-Moutier, ainsi que la décision du 8 juillet 2022 par laquelle le maire de Jouy-le-Moutier a rejeté son recours gracieux tendant au retrait de cet arrêté ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Jouy-le-Moutier la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le dossier de demande de permis de construire est incomplet dès lors que le plan masse et le plan de coupe ne permettent pas de vérifier le respect du retrait par rapport à la limite séparative nord-ouest ;
- l'arrêté de permis de construire méconnait l'article R. 431-32 du code de l'urbanisme ;
- il méconnait l'article UB 4.3 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors qu'aucun emplacement n'est prévu pour l'accueil de conteneurs de déchets ménagers ;
- il méconnait l'article UB 8-1 du règlement du plan local d'urbanisme.
La requête a été communiquée à la commune de Jouy-le-Moutier qui n'a pas produit de mémoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2023, et un second mémoire en défense enregistré 20 mars 2024 et non communiqué, la société Altimo Conseil, représentée par Me Guitton, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, à titre principal, que la requête est irrecevable, le requérant étant dépourvu d'un intérêt à agir et, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chaufaux,
- les conclusions de Mme Garona, rapporteure publique,
- et les observations de Me Guitton, représentant de la société Altimo Conseil.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté en date du 10 mars 2022, le maire de la commune de Jouy-le-Moutier a délivré à M. A et Mme F un permis de construire une maison individuelle, d'une superficie de 140,35 m2 de surface de plancher, sur un terrain sis 35 ter rue de Vauréal à Jouy-le-Moutier. Par un arrêté du 21 juin 2022, le maire de Jouy-le-Moutier leur a délivré un permis de construire modificatif visant à réduire la hauteur de la construction. Par un arrêté du 31 mars 2023, le maire de Jouy-le-Moutier a transféré le permis de construire du 10 mars 2022 et le permis de construire modificatif du 21 juin 2022 à la société Altimo Conseil. Par la présente requête, M. C demande au tribunal l'annulation de l'arrêté de permis de construire initial, ensemble la décision du maire de Jouy-le-Moutier en date du 8 juillet 2022 ayant rejeté son recours gracieux.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. / Le présent article n'est pas applicable aux décisions contestées par le pétitionnaire. ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. C est propriétaire d'un bien qui jouxte le terrain d'assiette du projet autorisé par l'arrêté attaqué et a, à ce titre, la qualité de voisin immédiat. Il fait valoir que le projet de maison individuelle qui s'implantera sur la limite séparative en mitoyenneté avec sa maison d'habitation comportera une avancée de la façade sur rue par rapport à sa propre maison de nature à créer un préjudice de vue. Dans ces conditions, il justifie d'un intérêt suffisant à contester le permis de construire litigieux eu égard à la localisation du projet de construction. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée par la société Altimo Conseil doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. () " et aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : () b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; () ".
6. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
7. Les pièces du dossier de demande de permis de construire initial, notamment le plan masse, le plan de coupe et le plan de division identifiant une emprise de servitude dite de cours communes d'une profondeur de trois mètres sur la parcelle AB 686 qui jouxte la parcelle sur laquelle s'implante le projet de construction, sont suffisantes pour apprécier la conformité du projet de construction aux règles relatives à l'implantation par rapport à la limite séparative nord-ouest. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire manque en fait et doit être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-32 du code de l'urbanisme : " Lorsque l'édification des constructions est subordonnée, pour l'application des dispositions relatives à l'urbanisme, à l'institution sur des terrains voisins d'une servitude dite de cours communes, la demande est accompagnée des contrats ou décisions judiciaires relatifs à l'institution de ces servitudes. ".
9. Il résulte de l'article R. 431-32 du code de l'urbanisme que, lorsque l'institution d'une servitude de cours communes est requise pour l'édification d'une construction, le permis de construire autorisant cette construction ne peut être délivré par l'autorité administrative sans qu'aient été fournis par le pétitionnaire, dans le cadre de sa demande, les documents justifiant de ce qu'une telle servitude sera instituée lors de l'édification de la construction projetée. Ces dispositions n'imposent pas que la servitude ait été établie et soit entrée en vigueur avant que le permis de construire ne soit délivré.
10. Il n'est pas contesté que le dossier de demande de permis de construire initial, comme le dossier de demande de permis de construire modificatif, ne comprennent aucun contrat ou décision judiciaire relatifs à l'institution d'une servitude de cours communes. Par ailleurs, le seul plan de division établi par un cabinet de géomètres-experts identifiant une servitude de cours communes sur la parcelle AB 686, à défaut de tout engagement des propriétaires de cette parcelle à conclure une convention instituant une telle servitude, est insuffisant pour justifier qu'une servitude de cours communes, qui en l'espèce est requise, sera instituée sur la parcelle AB 686 lors de l'édification de la construction projetée. Il s'ensuit que le requérant est fondé à soutenir que l'arrêté en litige méconnait les dispositions de l'article R. 431-32 du code de l'urbanisme.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article UB 4-3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Jouy-le-Moutier : " Pour toute construction principale nouvelle, un emplacement doit être prévu pour accueillir les conteneurs de déchets ménagers. ".
12. Si comme le soutient le requérant, le dossier de demande de permis de construire n'identifie pas l'emplacement prévu pour accueillir les conteneurs de déchets ménagers, cette omission est sans incidence sur la légalité de l'arrêté de permis de construire dès lors qu'il ressort du plan masse que la parcelle dispose d'espaces libres suffisants permettant d'accueillir un tel emplacement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UB 4-3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Jouy-le-Moutier doit être écarté.
13. En dernier lieu, l'article UB 8 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Jouy-le-Moutier réglemente l'implantation des constructions les unes par rapport aux autres sur une même propriété. Par suite, M. C ne peut utilement soutenir que le projet de construction ne respecte pas les règles de distance posées par ces dispositions avec les bâtiments implantés sur la parcelle AB 686, dès lors que ce projet s'implante sur une propriété distincte.
Sur la régularisation du vice identifié :
14. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. ".
15. Lorsqu'une autorisation d'urbanisme est entachée d'incompétence, qu'elle a été délivrée en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance de l'autorisation, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'une autorisation modificative dès lors que celle-ci est compétemment accordée pour le projet en cause, qu'elle assure le respect des règles de fond applicables à ce projet, répond aux exigences de forme ou a été précédée de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises.
16. Le vice mentionné au point 10, tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-32 du code de l'urbanisme, est susceptible d'être régularisé sans que cela implique d'apporter au projet en cause un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Il y a lieu, dès lors, d'annuler l'arrêté du 10 mars 2022 en tant seulement qu'il méconnait l'article R. 431-32 du code de l'urbanisme.
Sur les frais du litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Altimo Conseil demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Jouy-le-Moutier une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 10 mars 2022 du maire de la commune de Jouy-le-Moutier est annulé partiellement, au sens des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, en tant qu'il méconnait l'article R. 431-32 du code de l'urbanisme.
Article 2 : La commune de Jouy-le-Moutier versera à M. C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la société Altimo Conseil présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à la commune de Jouy-le-Moutier, à la société Altimo Conseil, à M. B A et à Mme D F.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Edert, présidente,
Mme Chaufaux, première conseillère,
Mme Beauvironnet, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.
La rapporteure,
signé
E. Chaufaux
La présidente,
signé
S. EdertLa greffière,
signé
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026