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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2211866

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2211866

mardi 5 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2211866
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 août 2022 et 21 février 2023, M. B A, représenté par Me Gillet puis par Me Qnia demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a retiré son titre de séjour ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'insuffisance de motivation et n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation ;

- cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation professionnelle et familiale en France ;

- il est entaché d'erreur de droit au regard de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur d'appréciation ; en effet, les faits qui lui sont reprochés, dont la gravité doit être relativisée au vu du quantum de la peine qui lui a été infligée, ne caractérisent pas une menace pour l'ordre public eu égard à leur caractère isolé ainsi qu'à son parcours et à son insertion en France ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 octobre 2022 et 6 février 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Huon, président-rapporteur ;

- les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public,

- et les observations de Me Qnia, représentant M. A et les explications de ce dernier.

Une note en délibéré a été produite pour M. A le 4 décembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, de nationalité turque, conteste l'arrêté du 9 août 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a, pour un motif d'ordre public, procédé au retrait de carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 23 janvier 2024.

2. En premier lieu, la décision attaquée, prise au visa notamment de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne que M. A, incarcéré à la maison d'arrêt d'Osny depuis le 9 mars 2022, a été condamné par le tribunal correctionnel de Pontoise à une peine de deux ans et six mois d'emprisonnement pour violence aggravée par trois circonstances, suivie d'incapacité supérieure à huit jours et participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ou de destructions ou dégradations de biens. Elle en conclut qu'alors même que l'intéressé est marié à une compatriote en situation régulière et père de trois enfants nés en France, ces faits sont constitutifs d'une menace grave pour l'ordre public justifiant le retrait de son titre de séjour. Ainsi, cette décision, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée, peu importe à cet égard le bien-fondé des motifs retenus. Par ailleurs, contrairement à ce qui est soutenu, il ressort des termes de ladite décision que le préfet s'est livré à un examen particulier de la situation de M. A avant d'édicter la mesure litigieuse.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article R. 432-4 du même code : " () / 6° L'étranger titulaire d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle constitue une menace pour l'ordre public () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, par jugement du 9 mars 2022, M. A a été condamné à une peine de 3 ans d'emprisonnement, partiellement assortie d'un sursis probatoire de 6 mois pendant une durée de 3 ans ainsi qu'à une interdiction de porter une arme pour 5 ans pour avoir exercé des violences contre deux membres de sa famille ayant entraîné une incapacité de plus de huit jours. Si l'intéressé fait valoir qu'il s'agit d'une condamnation isolée et qu'en quatorze ans de présence en France, selon lui, dont cinq en situation régulière, il n'a jamais troublé l'ordre public, il convient de relever le caractère particulièrement violent de l'agression en cause en ce qu'elle s'est accompagnée de trois circonstances aggravantes pour avoir été commise avec l'usage ou sous la menace d'une arme, avec préméditation et par plusieurs personnes agissant en qualité d'auteur de complice. Du reste, M. A ne saurait, en invoquant un simple différend familial, relativiser la portée des faits ou de la peine prononcée, alors qu'aux termes de son jugement, le tribunal correctionnel a clairement entendu, au vu des circonstances de l'infraction, faire " une application rigoureuse de la loi pénale " en prononçant une peine d'emprisonnement ferme partiellement assortie d'un sursis probatoire. Par suite, en dépit de l'absence d'autres condamnations, c'est sans commettre d'erreur de droit ou d'erreur d'appréciation que le préfet a estimé, au regard de ces faits et, en particulier de leur caractère récent et de leur nature qui révèle une propension à la violence, que la présence en France de M. A constituait une menace pour l'ordre public au sens des dispositions précitées de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre de la décision en litige qui a pour seul objet de retirer le titre de séjour pluriannuel de l'intéressé et non de se prononcer sur la délivrance d'un titre de séjour en tant que parent d'enfant français. En tout état de cause, en vertu de L. 412-5 du même code, la circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance d'un titre sur ce fondement.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. M. B A se prévaut d'une résidence ancienne en France, de son intégration professionnelle et de la présence sur le territoire national de son épouse, en situation régulière, et de ses trois enfants. Toutefois, d'une part, alors que l'intéressé ne justifie pas, comme il l'allègue, d'une présence ininterrompue en France depuis 2008, il est constant qu'il n'a bénéficié d'un premier titre de séjour qu'en 2017. D'autre part, s'il fait valoir qu'il dispose d'un contrat de travail à durée indéterminée comme carreleur depuis le 10 février 2020, il n'apporte aucune précision sur ses conditions d'existence avant cette date, de sorte qu'il ne peut se prévaloir d'une insertion professionnelle stable et ancienne. Il ne justifie pas davantage d'une quelconque insertion sociale. Enfin, alors qu'il s'est marié en 2016 au consulat général de Turquie à Paris, il ne justifie d'aucune circonstance qui ferait sérieusement obstacle à ce qu'il poursuive sa vie familiale à l'étranger et, en particulier, en Turquie - pays, dont lui et son épouse sont tous deux ressortissants - accompagné de ses trois enfants, âgés de 6 ans, 4 ans et 3 mois et dont il n'est pas sérieusement allégué qu'ils ne pourraient s'adapter à un nouvel environnement. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas, au regard des circonstances rappelées au point 4, porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale par rapport au but d'ordre public poursuivi ni méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations précitées. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision contestée. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président,

M. Viain, premier conseiller,

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.

L'assesseur le plus ancien,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUON La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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