mardi 18 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2211902 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 août 2022 sous le n° 2211902, Mme A D, représentée par Me Lumbroso, demande au juge des référés,
1°) d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, portant sur les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge par le centre hospitalier René Dubos localisé à Cergy-Pontoise (95303) et par la clinique de l'Alma localisée à Paris (75007) sur la période du 7 janvier au 31 septembre 2021 ;
2°) d'enjoindre à l'expert désigné le dépôt d'un pré-rapport ;
3°) de mettre en cause l'office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) ;
4°) de mettre les frais d'expertise à sa charge ;
5°) de statuer sur les dépens.
Elle soutient que :
- après la détection d'un carcinome épidermique, elle bénéficié d'une maxillectomie supérieure droite et d'un curage du cervical droit le 3 mai 2021 au centre hospitalier René Dubos, puis de soins à la clinique de l'Alma ; néanmoins, ces prises en charge ont occasionné des complications physiques et une infection nosocomiale ; a posteriori, le diagnostic de carcinome a été invalidé ;
- un litige en responsabilité peut être retenu contre les établissements de santé qui ont diligenté les soins et assuré le suivi ;
- elle a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) de accidents médicaux qui s'est déclaré incompétente ;
- la mesure d'expertise sollicitée est utile car elle doit permettre de déterminer le régime de responsabilité et d'évaluer l'indemnisation des préjudices subis par le demandeur.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 septembre 2022, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM), représenté par Me Saidji, conclut :
1°) à sa mise hors de cause ;
2°) subsidiairement, à sa non opposition à la mesure d'expertise qui devra être complétée ;
3°) subsidiairement, aux protestations et réserves d'usage ;
4°) à ce qu'il soit statué sur les dépens.
Il fait valoir que :
- sur la base des seules pièces justificatives, le président de la CCI s'est déclaré incompétent ;
- les seuils de gravité prévus à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique et fondant sa compétente ne sont manifestement pas atteints ;
- si elle n'était pas mise hors de cause et que la mesure d'expertise est accordée, l'expert devra évaluer si les conditions légales de son intervention sont remplies.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2022, le centre hospitalier René Dubos représenté Me Boileau ne s'oppose pas à la mesure d'expertise, formule les protestations et réserves d'usage et conclut :
1°) à ce que la mission de l'expert soit complétée ;
2°) à ce qu'il soit enjoint à l'expert de déposer un pré-rapport ;
3°) à ce que les frais d'expertise soit mis à la charge de Mme D ;
4°) à la réserve des dépens.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2023, la clinique de l'Alma, représentée par Me Galpérine, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) subsidiairement, aux protestations et réserves d'usage ;
3°) à ce que les frais d'expertise soit mis à la charge de Mme D ;
4°) à ce qu'il soit statué sur les dépens.
Elle fait valoir que :
- la mesure d'expertise n'est pas utile en l'absence de la mise en cause des praticiens libéraux qui ont prodigué des soins à la demanderesse ;
- à défaut du rejet, la mission de l'expert doit être complétée.
La requête a été communiquée la caisse primaire d'assurance maladie des Deux-Sevres qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président du tribunal, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Aux termes de l'article R. 532-5 de ce code : " Les dispositions des articles R. 621-1 à R. 621-14, à l'exception du troisième alinéa de l'article R. 621-9, sont applicables aux référés mentionnés à l'article R. 532-1, sous réserve des dispositions du présent chapitre. () ".
2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de cette disposition doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. De même, le juge des référés ne peut faire droit à une demande d'expertise permettant d'évaluer un préjudice, en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, en l'absence manifeste de lien de causalité entre le préjudice à évaluer et un ouvrage public dépendant de cette personne.
3. L'expertise demandée par Mme D présente un caractère utile, et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur la participation de l'ONIAM aux opérations d'expertise :
4. L'office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) demande au juge des référés de le mettre hors de cause des opérations d'expertise. Cependant, en l'état de l'instruction, la participation de l'ONIAM aux opérations d'expertise, qui ne saurait préjuger de sa responsabilité, n'apparaît pas inutile. Il y a lieu, dès lors, de rejeter la demande de l'ONIAM tendant à sa mise hors de cause.
Sur la dépôt d'un pré-rapport :
5. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions tendant à ce que l'expert établisse un pré-rapport communicable aux parties ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les réserves exprimées :
6. Il n'appartient pas au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions citées au point 1 de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions présentées en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'expertise et les dépens :
7. Aux termes de l'article R.761-4 du code de justice administrative : " La liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise () est faite par ordonnance du président de la juridiction, () ". Dès lors, il n'appartient pas au juge des référés de statuer sur les conclusions tendant à ce que les frais d'expertise soient mis à la charge Mme D ou de se prononcer sur les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B C, exerçant au 6, rue de Rome à Paris (75008) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :
- se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme D et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur lors de sa prise en charge par le centre hospitalier René Dubos et la clinique de l'Alma ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; recueillir les doléances ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme D ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;
- décrire les conditions dans lesquelles Mme D a été pris en charge par les services du centre hospitalier ; donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme D et aux symptômes qu'elle présentait ;
- dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir s'il a été procédé de façon complète à l'information de Mme D, c'est-à-dire si elle a été informée, avant l'acte de soins litigieux, de l'ensemble des risques fréquents et des risques graves, même rares, normalement prévisibles, qu'elle encourait en donnant son consentement à l'acte de soins en cause ; dans la négative, préciser si Mme D a subi une perte de chance, exprimée en pourcentage, de se soustraire au risque en refusant l'acte de soins si elle en avait connu tous les dangers ;
- de manière générale, réunir tous les éléments permettant de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de l'hospitalisation de Mme D ;
- donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté présente un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement imputable à l'établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale et son évolution ou avec toute autre cause étrangère à la prise en charge de Mme D par l'établissement ; indiquer si le dommage résulte d'un accident médical non fautif, d'une affection iatrogène ou d'une infection nosocomiale et, dans ce dernier cas, donner tous éléments permettant de déterminer si l'infection a une cause étrangère à la prise en charge par l'établissement ; dans le cas d'une pluralité de causes à l'origine du dommage, indiquer la part imputable à chacune d'elles ;
- dire si l'état de santé de Mme D est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ; dans l'hypothèse où l'état de santé de Mme D ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressée devra à nouveau être examinée ;
- dire si l'état de Mme D est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et, dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;
- décrire la nature et l'étendue des préjudices résultant de la prise en charge hospitalière de Mme D, non imputables à son état antérieur ni aux conséquences prévisibles de sa prise en charge médicale par le centre hospitalier René Dubos ou la clinique de l'Alma si celle-ci s'était déroulée normalement, en distinguant les préjudices patrimoniaux (en particulier, dépenses de santé déjà engagées et futures, frais liés au handicap, pertes de revenus, incidences professionnelle et scolaire du dommage, autres dépenses liées au dommage corporel) et les préjudices personnels (en particulier, déficit fonctionnel, souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément, préjudice sexuel, préjudice d'établissement) et, pour chaque poste de préjudice, les préjudices temporaires avant consolidation et les préjudices permanents après consolidation ;
- pour le cas où la responsabilité de l'établissement de santé ne serait pas retenue, préciser les préjudices directement imputables à un ou des actes de prévention, de diagnostic ou de soins exécutés dans l'établissement ayant eu pour Mme D des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci, en appréciant leur niveau de gravité au regard des critères fixés à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique (pourcentage et durée du déficit fonctionnel temporaire, inaptitude à exercer l'activité professionnelle, troubles particulièrement graves y compris d'ordre économique dans les conditions d'existence) ;
- de façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.
Article 2 : L'expertise aura lieu contradictoirement en présence de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM).
Article 3 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 4 : L'expert déposera son rapport au greffe. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.
Article 5 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D, au centre hospitalier René Dubos, à la clinique de l'Alma, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM), à la caisse primaire d'assurance maladie des Deux-Sevres et à M. C, expert.
Fait à Cergy, le 18 juillet 2023.
Le juge des référés,
Signé
F. BEAUFAŸS
La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026