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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2212103

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2212103

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2212103
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCAZIN MARCEAU AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 septembre 2022 et le 19 septembre 2022, Mme C B, représentée par Me Cabral, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 18 février 2022 confirmée par celle du 6 juillet 2022 prise sur recours gracieux, par lesquelles le président du conseil départemental du Val-d'Oise lui a retiré son agrément d'assistante maternelle ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental du Val-d'Oise de renouveler son agrément d'assistante maternelle dans le délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du département du Val-d'Oise la somme de 2 000 euros, à lui verser, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition de l'urgence est établie, dès lors que le retrait de son agrément d'assistante maternelle la prive des seuls revenus salariés du ménage alors que son compagnon est en congé parental depuis le 1er février 2021, qu'ils ont deux enfants ensemble et qu'il verse 320 euros mensuels au titre de la pension alimentaire pour ses quatre autres enfants ;

- il existe des moyens propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- le conseil départemental du Val-d'Oise n'établit pas avoir convoqué, au moins quinze jours avant sa tenue et dans le respect de la parité, les membres de la commission consultative paritaire départementale conformément aux dispositions de l'article R. 421-23 du code de l'action sociale et des familles ;

- le département, qui n'établit pas qu'elle a manqué de transparence avec le service de la P.M.I., n'aurait pu le lui reprocher sans jamais lui avoir adressé au préalable d'avertissement lui rappelant son obligation de déclaration ; en outre, cette situation, si elle était avérée, n'aurait duré que neuf mois, ce qui ne représente pas un manquement grave et répété à ses obligations déclaratives ;

- le département, qui ne lui a jamais adressé d'avertissement sur son obligation relative au respect des capacités d'accueil, ne peut soutenir qu'elle a dépassé ses capacités d'accueil dès lors qu'elle n'a jamais dépassé l'accueil simultané de quatre enfants, ce qui, par ailleurs, aurait été constaté lors des visites inopinées effectuées par les professionnelles de la P.M.I. ;

- le département se fonde sur une visite à domicile du 20 juillet 2020 et un rendez-vous avec une cadre de santé du 15 septembre 2020, pour lui reprocher le 18 février 2022 son supposé manque d'attention envers les enfants accueillis, alors que d'autres visites postérieures ne s'y réfèrent pas et que son agrément a été renouvelé le 5 septembre 2020 ; en outre, les parents des enfants accueillis attestent de ses qualités humaines et professionnelles ;

- le département prétend qu'elle aurait des relations tendues avec les familles dès lors que sept contrats auraient prématurément été rompus entre septembre 2015 et juillet 2020, alors que dans les faits certains contrats ont pris fin d'un commun accord, que d'autres avaient été conclus à titre occasionnel pour accueillir temporairement des jeunes enfants ; enfin, il ne saurait lui être reproché que dans quelques cas isolés, elle ait dû rappeler leurs obligations contractuelles à certains de ses employeurs.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2022, le département du Val-d'Oise, représenté par Me Cazin, demande au tribunal de rejeter la requête de Mme B et de mettre à la charge de celle-ci la somme de 2 000 euros au titre des frais liés au litige.

Il fait valoir que :

- la condition de l'urgence n'est pas remplie dès lors que Mme B n'établit pas être dépourvue d'un revenu de substitution ni que l'exécution de la décision attaquée la placerait dans une situation critique ;

- la décision de retrait d'agrément a été adoptée au terme d'une procédure régulière ; la circonstance que les membres de la commission consultative paritaire n'aient pas été informés, dans le délai de quinze jours, de la réunion de ladite commission n'est ni de nature à exercer une influence sur le sens de la décision prise, ni susceptible de priver l'intéressée d'une garantie ;

- il est fondé à lui retirer un agrément dès lors, d'une part, qu'elle a manqué à son obligation de déclaration des mineurs accueillis à son domicile ; un rappel à l'ordre, fondé sur ce motif, lui avait été adressé le 28 août 2019 ; d'autre part, Mme B a méconnu le nombre maximal d'enfants qu'elle était autorisée à accueillir et a accordé peu d'attention aux enfants accueillis au profit de ses propres enfants ; enfin A B a entretenu des relations tendues avec certaines familles.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2212104, enregistrée le 5 septembre 2022, par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Belhadj, conseiller, en application de l'article

L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 19 septembre 2022 à 15 heures.

Ont été entendues au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Courbet, greffière d'audience :

- le rapport de M. Belhadj, juge des référés ;

- les observations orales de Me Cabral, représentant Mme B, qui a confirmé ses conclusions, par les mêmes moyens ;

- les observations orales de Me Geismann, représentant du département du Val-d'Oise ;

- et les observations orales de Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B s'est vue délivrer par le président du conseil départemental du Val-d'Oise un agrément en date du 5 septembre 2015 valable jusqu'au 4 septembre 2020, l'autorisant à exercer des fonctions d'assistante maternelle lui permettant d'accueillir trois enfants. Le 18 septembre 2020, son agrément a été renouvelé pour la même durée, lui permettant d'accueillir quatre enfants. Par une décision du 18 février 2022, le président du conseil départemental du Val-d'Oise a retiré cet agrément au motif qu'elle a manqué de transparence avec le service de la P.M.I., qu'elle a dépassé ses capacités d'accueil autorisées sans déclaration préalable, qu'elle manquait d'attention envers les enfants accueillis et qu'elle entretenait des relations tendues avec les familles en cas de difficulté. Cette décision a été confirmée le 6 juillet 2022 en réponse au recours gracieux formé par l'intéressée. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de ces décisions.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation (), le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'article L. 522-1 du même code précise : " Le juge des référés statue aux termes d'une procédure contradictoire, écrite ou orale. () ". Enfin, en vertu du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il en va ainsi, alors même que cette décision n'aurait un objet ou des répercussions que purement financiers et que, en cas d'annulation, ses effets pourraient être effacés par une réparation pécuniaire.

4. Il résulte de l'instruction que la décision par laquelle le président du conseil départemental du Val d'Oise a retiré à Mme B son agrément d'assistante maternelle lui interdit d'exercer son activité professionnelle, ce qui prive son foyer d'une part importante de ses ressources alors même que son compagnon est en congé parental depuis le 1er février 2021. Il ne résulte pas de l'instruction que l'intérêt public qui s'attache à la protection des enfants accueillis au domicile de la requérante justifierait l'urgence qu'il y aurait à exécuter immédiatement la décision de retrait d'agrément. Dans ces conditions, cette dernière a pour effet de porter une atteinte grave et immédiate à la situation de Mme B. Par suite, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

5. Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. / () L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne () ". Aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil départemental peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié. / Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément ou de modification de son contenu doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés. () ". Aux termes de son article R. 421-26 : " Un manquement grave ou des manquements répétés aux obligations de déclaration et de notification prévues aux articles R. 421-38, R. 421-39, R. 421-40 et R. 421-41 ainsi que des dépassements du nombre d'enfants mentionnés dans l'agrément et ne répondant pas aux conditions prévues par l'article R. 421-17 peuvent justifier, après avertissement, un retrait d'agrément ".

6. Il résulte en l'espèce de l'instruction que si l'agrément de Mme B a été renouvelé en dernier lieu le 18 septembre 2020, un rappel à l'ordre lui avait été adressé le 28 août 2019, suite à un entretien avec une cadre de santé, quant au respect de ses obligations déclaratives s'agissant des mouvements d'enfants accueillis. Il résulte de l'instruction que plusieurs enfants ont été accueillis au domicile de Mme B en 2021 en dépit de toute déclaration auprès des services de la PMI. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées n'est pas propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

7. Aucun des autres moyens invoqués susvisés n'est davantage, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

8. La présente ordonnance n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par Mme B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département du Val d'Oise qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du département du Val d'Oise présentée au titre de ces mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du département du Val d'Oise tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B et au département du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 30 septembre 2022.

La juge des référés,

signé

J. Belhadj

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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