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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2212204

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2212204

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2212204
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantJASLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Jaslet, avocate, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision, en date du 31 août 2022, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a prononcé la cessation de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans ses droits à l'allocation pour demandeur d'asile à compter de l'interruption du versement de cette allocation, dans un délai de sept jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 200 euros à verser à son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que la décision contestée :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter préalablement à son intervention ses observations écrites dans un délai de quinze jours ;

- est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance des articles L. 551-9 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que des articles R. 551-23 et D. 551-16 du même code ;

- a été prise sur une procédure irrégulière tirée de la méconnaissance des articles L. 522 1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence d'entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité ;

- est entachée d'une erreur de fait ;

- méconnaît l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 décembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par M. B n'est fondé.

Par une décision en date du 15 mai 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, demandeur d'asile de nationalité gambienne, conteste la décision en date du 31 août 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a prononcé la cessation des conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret () ". Aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans un délai de quinze jours () ".

3. La décision contestée comporte l'énoncé des considérations de droit - notamment le visa de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile - et de fait - la circonstance que M. B n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités - qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit, par suite, être écarté.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge n'aurait pas, avant de prendre la décision contestée, procédé à un examen sérieux de la situation du requérant.

5. L'Office français de l'immigration et de l'intégration joint à son mémoire en défense la lettre intitulée " notification d'intention de cessation des conditions matérielles d'accueil " en date du 8 août 2022 adressée à M. B par sa directrice territoriale à Montrouge qui indique notamment que l'intéressé dispose d'un délai de quinze jours pour faire parvenir ses observations à la direction territoriale, dont l'adresse est précisée, et qu'à défaut la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil deviendra effective. L'Office produit également la lettre d'observations, en date du 16 août 2022, reçue le 23 août 2022, que le requérant lui a adressée en réponse à ce courrier. Les moyens tirés de la méconnaissance de la procédure contradictoire, prévue par les articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont rappelées au point 2, ne peuvent, ainsi, qu'être écartés.

6. Aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. ". Aux termes de l'article R. 551-23 du même code : " Les modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil sont précisées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration lors de l'offre de prise en charge dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. ". Enfin, l'article D. 551-16 du code mentionné ci-dessus dispose : " L'offre de prise en charge faite au demandeur d'asile en application de l'article L. 551-9 fait mention de la possibilité pour le demandeur d'asile de se voir refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou qu'il y soit mis fin dans les conditions prévues par les articles L. 551-15, L. 551-16 et D. 551-17 à R. 551-23. ".

7. Il ressort de l'examen du document versé au dossier par l'Office français de l'immigration et de l'intégration intitulé " offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil ", en date du 21 janvier 2022 et revêtu de la signature de M. B, que celui-ci y certifie " avoir été informé dans une langue (qu'il comprend) des conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil ". Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées ci-dessus ne peuvent, dès lors, qu'être écartés comme manquants en fait.

8. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". Enfin, l'article L. 522-3 du code précité dispose : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

9. L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est tenu par l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de procéder, dans les conditions prévues à l'article L. 522-2 du même code, à un entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité avec le demandeur d'asile qu'à l'occasion de l'enregistrement de la première demande d'asile de celui-ci. En défense, l'Office français de l'immigration et de l'intégration soutient que, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile, le 21 janvier 2022, M. B a pu bénéficier d'un entretien avec un agent formé spécifiquement et dans une langue qu'il comprend, en l'espèce l'anglais, au cours duquel sa situation a été évaluée et que cette évaluation n'a pas fait ressortir une vulnérabilité particulière puisque sur une échelle de 0 à 3 sa vulnérabilité a été évaluée à 1. L'Office français de l'immigration et de l'intégration soutient aussi que le requérant n'a pas fait état à cette occasion de " problème de santé particulier ". Par ailleurs et en tout état de cause, M. B a fait l'objet d'un réexamen de vulnérabilité le 22 août 2022. Il ressort de l'examen de la fiche d'évaluation de vulnérabilité versée au dossier par l'Office que le requérant a alors signalé des " problèmes aux yeux et au dos " et que M. B a demandé à cette occasion un avis " medzo ". Il résulte de cet avis, rendu par le médecin de l'Office le 5 septembre 2022 que la vulnérabilité du requérant s'établit au niveau 0 et que l'intéressé ne " semble pas relever d'une priorité pour un hébergement pour raisons de santé ". Enfin, le requérant, qui est né le 5 mai 1996, n'a joint à sa requête aucun document médical. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge n'aurait pas procédé, avant d'édicter la décision contestée, à l'évaluation de la vulnérabilité du requérant ne peut qu'être écarté.

10. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté devenu définitif, en date du 9 mars 2022, le préfet des Hauts-de-Seine en date du 9 mars 2022 a transféré M. B aux autorités slovènes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Il est établi par les éléments fournis en défense par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, notamment la lettre du gardien de la paix adressée au capitaine de police, chef du centre de rétention administratif du Mesnil-Amelot en date du 20 juillet 2022, que M. B devait être transféré vers la Slovénie le même jour, et qu'il devait prendre à l'aéroport de Roissy un vol pour Ljubljana (via Francfort) à 9 heures 25 mais qu'il a refusé d'embarquer. N'apportant aucun élément de nature à justifier ce refus, le requérant s'est donc intentionnellement soustrait aux exigences des autorités chargées de l'asile. Un tel refus pouvait justifier, sur le fondement du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont citées au point 2, une décision de cessation totale des conditions matérielles d'accueil.

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en édictant la décision contestée que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge ait commis une erreur d'appréciation.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête de M. B ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

14. Les dispositions législatives visées ci-dessus font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 8 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

Le rapporteur,

signé

K. KELFANI

La conseillère,

signé

M. LOUAZELLe greffier,

signé

D. HAUDE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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